Ouvrage singulier, remarquablement bien écrit (et traduit) décrivant l'expédition, menée en 1871, par 2 frères (so british jusqu'à la caricature) pour retrouver la trace de leur frère Simon, parti évangéliser les populations indiennes du Nord Ouest du continent nord-américain en compagnie d'un prédicateur fou.
Il y a d'une part Addington, l'ainé, ancien capitaine autoritaire, attiré par l'aspect aventureux de l'entreprise et d'autre part son frère Charles, peintre sympathique, fermement décidé à retrouver la trace de son frère jumeau Simon...
Expédition hétéroclite s'il est en est, car, aux deux frères précédemment cités, sont associés différents personnages. Certains sont secondaires : un journaliste, chargé de relater les exploits d'Addington, deux conducteurs de chariot transportant la masse de vivres (notamment de nourriture et de boissons fines, destinées à agrémenter l'expédition !).
Certains, par contre, vont jouer un rôle majeur dans le roman :
- Lucy STOVEALL, symbole emblématique de toutes les femmes de colons partis tenter leur chance dans ces territoires vierges, qui participe à cette expédition dans le but de retrouver les assassins de sa jeune soeur Madge,
- Custis STAW, vétéran de la guerre de Sécession, parti rejoindre Lucy pour la protéger et la convaincre de refaire sa vie avec lui,
- Jerry POTTS, un sang-mêlé, croisement d'un colon écossais et d'une indienne Blackfoot, guide indispensable de l'expédition dans ces contrées hostiles, et témoin impuissant de la disparition des populations autochtones...
Que dire de plus, sinon qu'après avoir réussi à passer le cap des cent premières pages, introduisant les principaux personnages du roman, et assimilé que l'auteur cède la parole, au fil du récit, aux différents protagonistes de cette traversée épique en territoire indien, vous allez être happés par ce récit passionnant, écrit avec beaucoup d'humour et décrivant de façon très réussie (parfois à la manière d'un peintre) les grandes étendues du Far (Nord) West.
Pour montrer la force de l'écriture de l'auteur, je me bornerai à citer quelques phrases de la page 438 de l'édition de poche « Ceux des Blackfoot que les croûtes blanches (de la variole) ne tuent pas, le whisky s'en charge. En hiver, beaucoup tombent, ivres morts, et périssent gelés dans la neige. L'alcool les prive de tout sens commun, de sorte qu'ils ne distinguent plus le bien du mal. Les fils tuent les pères, les maris assassinent les femmes, les frères massacrent les frères. Le métis se rend compte de tout cela quand il n'a pas bu, mais c'est aussi la raison pour laquelle il boit. Il aime le soleil que le whisky met dans son ventre de même que le bonheur qu'il met dans sa tête. Quand il boit, il est grand, il sent ses jambes arquées se redresser et le propulser aussi haut que n'importe quel homme blanc »...
Pour ma part, je n'hésiterai pas à parler de chef d'oeuvre, conforté en cela par la remarquable préface d'Annie PROULX, un écrivain qui s'y connait en matière de grands espaces, puis qu'elle est l'auteure de «
Brokeback Mountain», sorti il y a quelques années, avec succès, au cinéma.