Ce livre est stupéfiant.
Versé dans mes études sur les questions monétaires, je me méfiais "instinctivement" d'un auteur (cf. interview sur youtube) qui déclarait, non sans une solide argumentation, que nous citoyens français, étions les victimes d'une servitude imposée depuis 1973 par des représentants d'une classe riche. Le propos n'est pourtant pas marxisant; du tout. Aucun lien. Il est celui émanant d'une analyse remarquable de la création monétaire, du système monétaire par lequel notre économie se finance et au-dessus de tout, par lequel l'Etat, c'est-à-dire nous, se finance.
Je croyais, tant était abyssale mon inculture, que l'Etat jusqu'au traité de Maastricht (article 104, et acté dans le Traité de Lisbonne) avait conservé le droit de battre monnaie. Que nenni !
L'Etat, depuis 1973, a délégué la création monétaire aux agents privés (les banques) contre rémunération d'un intérêt !
Fabuleuse histoire. L'Etat pour financer les projets, la croissance, crée de la dette. Car contrairement aux idées reçues, ce sont les crédits qui permettent les dépôts et non l'inverse.
Explication (p. 40) :
"Ce sont bien les crédits qui font les dépôts : il faut bien qu'il y ait eu création préalable de monnaie pour que les bénéficiaires puissent payer leurs fournisseurs ou créanciers avec celle-ci, lesquels déposeront les versements reçus sur leurs comptes courants, à partir desquels ils pourront constituer une épargne, qui pourra éventuellement être prêtée."
Les banques créent donc de la monnaie depuis 1973 pour le compte de l'Etat contre rémunération d'un intérêt !!! Sans plus de fondement. L'Etat emprunte auprès d'agents privés l'argent qu'il a besoin pour financer son développement et celui de l'économie !
"Aujourd'hui, "argent" = "dette". Il ne peut y en avoir sans dette équivalente. Que le citoyen ne le sache pas, c'est normal dans la mesure où on ne le lui dit pas, mais que les dirigeants de l'Europe l'ignorent ou fassent semblant de l'ignorer, laisse planer un doute bien préoccupant, soit sur leurs compétences, doit sur leur honnêteté."
Le résultat est accablant ! [lisez plusieurs fois le passage qui suit, et prenez part au débat politique contre ces venimeux qui veulent intégrer l'équilibre budgétaire dans notre Constitution / cela va au-delà, qui veulent "réduire le train de vie de l'Etat" en supprimant des postes de fonctionnaires, d'enseignants, de médecins, d'infirmières etc.]
"Au total, entre le début de 1980 et la fin de 2006, nous avons payé 1.142 milliards d'euros d'intérêts. La dette, quant à elle, a augmenté de 913 milliards d'euros. Pendant ces vingt-six ans, si nous n'avions pas eu à emprunter ces 913 milliards sur les marchés monétaires, c'est-à-dire si nous avions pu créer notre monnaie, faire exactement ce qu'ont le droit de faire les banques privées, si nous n'avions pas abandonné au profit des banques notre droit de seigneuriage, c'es-à-dire le bénéfice, sous forme d'intérêts, de la création monétaire, la dette de 229 milliards d'euros début 1980 serait inexistante aujourd'hui".
Relisez ce passage 5 fois au moins.
Le développement de cet exposé est construit par des honnêtes hommes, économistes, sérieux, pédagogues. Un ignorant de la matière comprend l'exposé, clair, sans faille. Je suis sidéré.
Les intérêts de la dette représentent peu ou prou l'intégralité du produit de l'impôt sur les revenus (près de 50 milliards d'euros) !
Il enrichit les plus riches.
Maurice Allais, cité dans l'ouvrage, comme d'autres économistes prestigieux, prix Nobel en Sciences économiques en 1988 écrit :
"Dans son essence la création de monnaie ex-nihilo actuelle par le système bancaire est identique ... à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents."
Les auteurs proposent toute une série de solutions simples à mettre en oeuvre, qui repasse par le droit de l'Etat à battre sa propre monnaie (ils rappellent que la BCE crée par an 10% de monnaie supplémentaire ! sans inflation sur les prix / à méditer).
"Les difficultés financières de l'Etat ne viennent pas du tout de son incurie, mais de sa pauvreté artificiellement programmée à travers une système bancaire inique, un privilège de type féodal discrètement consenti aux banques privées - le droit de créer la monnaie et de prélever un intérêt sur cette monnaie neuve, et l'obligation pour l'Etat de s'endetter auprès des acteurs privés pour financer les besoins publics - système bancaire qui met le pays en coupe réglée, sans aucun espoir de jamais rembourser une dette sans fin puisque la création monétaire est rançonnée."
"La construction européenne permet de verrouiller ce sabordage monétaire au plus haut niveau : européen et constitutionnel."
Lisez je vous en prie cet ouvrage. Commentez-le, questionnons nos représentants politiques sur ce sujet très grave, ayant directement prise sur la démocratie, sur le bonheur de notre peuple.
Je n'ai jamais, dans mes plus de 1.700 commentaires, adopté un ton aussi impérieux.
Amicalement,
Latour