Walter Benn Michaels nous livre ici, à la manière du regretté Christopher Lasch, une des réflexions les plus brillantes sur les valeurs de nos sociétés contemporaines.
Universitaire américain, grand connaisseur de la France, et doué d'une ironie et d'un sens de l'auto-dérision rafraîchissants, il expose ici, avec brio, la façon dont la gauche - ou supposée telle (celle de Libé, des bobos, des gauchos et des caciques pseudos réalistes du parti socialiste) - s'est laissée aller au piège de la diversité, diversité raciale, sexuelle et autre..., alibi commode pour l'abandon de toute pensée sociale réformiste réelle...
Etablir des quotas pour les "minorités visibles" - selon le subtil vocable utilisé dans la France d'aujourdhui - dans les universités ou à la télévision, peut contribuer à donner bonne conscience aux élites blanches qui dominent les sociétés occidentales, pour autant, cela ne change guère la vie des millions de personnes blanches, noires, hispaniques, qui n'iront jamais à Harvard (ou à Sciences-Po), qui ne présenteront jamais de Talk Show sur une télé quelconque, ou qui ne joueront jamais au golf...
Qu'une minorité de riches multi-ethniques puisse contrôler l'essentiel de la richesse peut sans doute nous laisser croire que nous avons vaincu le racisme, le sexisme et les différentes formes de discriminations mais qu'est-ce que cela change à une société où la grande pauvreté touche un nombre toujours croissant d'hommes... ?
Constat amère sur une gauche qui croit que les combats ne sont plus sociaux mais exclusivement sociétaux et qui, faute d'imagination, a fini par percevoir l'inégalité sociale, comme un fait naturel...