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Commentaires client les plus utiles
10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Si Dieu existe, alors j'espère qu'il a une bonne excuse,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un enfant de Dieu (Poche)
De Lester Ballard, le personnage principal de ce roman, Cormac McCarthy nous dit que c'est "Un enfant de Dieu sans doute comme vous et moi".
Mais un enfant qu'on n'aimerait ni être, ni avoir ! Le visage en couverture de ce livre (dans la version poche que je possède) n'est pas sans rappeler celui des jeunes tueurs de "L'Orange Mécanique", tels que les a immortalisés Stanley Kubrick. Ces deux histoires sont très différentes, mais les agissements de leurs protagonistes ont en commun de plonger le lecteur dans un fort sentiment de malaise. L'action se déroule dans l'État du Tennessee, USA, avant le milieu des années 1960. Lester Ballard se fait déposséder de sa ferme. Il a 27 ans (son épicier regrettera que pendant tout ce temps de vie, il n'ait pas réussi à mettre plus que quelques dollars de côté, pour régler l'ardoise). Socialement et professionnellement : (quasiment) rien. Sans argent, sans relations, et maintenant sans toit, sa situation risque fort de ne pas s'améliorer... Lester n'est ni un comique, ni un grand penseur. Il ne s'exprime pas plus que nécessaire, et ce sont, je crois, les moments où l'émotion jaillit de lui en un langage inarticulé qui nous en apprennent le plus sur son état (il arrivera, plusieurs fois, qu'il s'effraie lui-même de l'écho de sa propre voix). Ses actes, comme vous le découvrirez, parlent pour lui et traduisent le troublant délitement de son équilibre mental. Difficile d'émettre un avis TRES enthousiaste envers ce livre. Et pourtant je le trouve franchement très bien écrit ! La raison : tout est d'une désespérante noirceur, les personnages comme les faits décrits. A sa lecture, pas moyen d'esquisser le début d'une ébauche de sourire. Je ne suis pas mécontent d'avoir lu ce roman, mais je suis encore plus heureux ou soulagé d'en être sorti. Un peu ce qu'on ressent face à "Un pour la route" d'Harold Pinter (au théâtre), ou "Eraserhead" de David Lynch (au cinéma). On peut en dire que ce sont des œuvres réussies,...mais désagréables. On n'a pas envie d'y revenir. Une fois suffira. Vous voilà avisés... Choisissez le moment qui vous conviendra pour le lire, et peut-être lui attribuerez-vous cinq étoiles. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
L'homme sauvage,
Par Goldeneyes (Paris) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un enfant de Dieu (Poche)
C'est qui ?
Troisième roman de l'écrivain Texan bénéficiant depuis sa Trilogie des Confins d'un succès et d'une reconnaissance - tant critique que littéraire - croissante, et dont la notoriété s'affirme incontestablement depuis la parution de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (en cours d'adaptation à l'écran par les frères Coen) et plus récemment, de the Road (La route), accueillie par un enthousiasme unanime, Un Enfant de Dieu, très court roman de moins de deux cent pages, écrit en 1969 et publié en 1973, permet de retourner aux racines (du Mal) de l'écrivain... C'est quoi ? Inspiré d'un fait divers, le roman nous narre la lente mais inéluctable déchéance de Lester Ballard, jeune homme de vingt-neuf ans, délaissé de tous, livré à lui-même depuis le suicide de son père, vivant dans une cabane abandonnée en pleine forêt, dans une vétusté et un dénuement totales auxquels seule une solitude hermétique semble faire écho. De "l'homme social", Lester, par une succession d'étapes, par un glissements progressifs sur la pente de la folie, régresse au stade de "l'homme sauvage", puis de "l'homme animal", jusqu'à devenir "l'incarnation du Mal" : un tueur en série abattant froidement ses victimes pour les violer une fois le meurtre consommé... Descente dans le puit noir, humide et frémissant de l'âme humaine qui perd ses dernières bribes d'humanité. La figure du Mal comme préoccupation centrale de cet Enfant de Dieu. Une notion du Mal chère à l'écrivain, puisqu'elle se retrouvera dans tout le reste de son aeuvre, comme un fil conducteur, comme une charpente sous-tendant l'édifice. Plus qu'une préoccupation, une obsession (mais j'y reviendrais par la suite, dans mes prochaines kros). C'est fait comment ? Fantastique. Assourdissant. Inimitable. Ce sont les mots qui viennent à l'esprit lorsqu'on se laisse sombrer dans l'univers de McCarthy. Un enfant de Dieu brille pourtant par sa concision : cent soixante-dix pages au total. Mais sa lecture n'en demeure pas moins une expérience qu'on n'oubli pas... Pourquoi ? A l'aune de ma maigre expérience, j'avancerai une réponse : parce que McCarthy ne se satisfait pas de cette étiquette "d'écrivain majeur" - parfaitement méritée cela va de soit... - qu'on lui colle. McCarthy est aussi - et peut-être avant tout - un homme. Un vrai. Il connaît l'odeur du sang. Il connaît le rythme pulsant du caeur qui palpite dans la poitrine de l'homme qui, de chasseur, est devenu proie ; il connaît l'odeur âcre de sa sueur qui glisse lentement sur son épiderme frémissant. McCarthy connaît les mécanismes de l'âme humaine : ses travers les plus pervers, comme ses espoirs les plus touchants. Et il sait les activer de sa plume... Il sait les mettre en mots avec une acuité, une pertinence, une force d'impact rare, qui saisit le lecteur autant qu'elle l'ébranle. Si McCarthy connaît l'Homme, il connaît aussi la Nature : l'exhalaison sauvage de l'écorce des arbres gorgés de sève, l'immensité sans fin des étendues rupestres où le regard se perd, le grondement tumultueux du torrent ondulant sous les flèches incisives d'un soleil de cuir. C'est au sein de ce décor primitif - pour ne pas dire originel - que ses personnages évoluent. Et Lester Ballard, dans cet Enfant de Dieu, n'échappe pas à la règle... C'est écrit comment ? Première assertion ici justifiée : "McCarthy fait parti des quatre plus grands écrivains américains contemporains" dixit Harold Bloom, critique américain. C'est indiscutable. On bénira au passage le travail de Guillemette Bellestre qui nous sert une traduction française nous permettant de profiter pleinement du style si âpre, si rude, si caractéristique de l'écrivain. Du style ? Oui. Vous avez bien lu. Du style. Notion qui a tendance à se perdre de nos jours au profit d'une uniformité morose de la prose, mais qui pourtant, chez certains écrivains, conserve encore toute sa valeur, toute sa saveur. McCarthy est de ceux-là. Pour définir son style, deux mots pourraient suffire : prose de la concision. Car ici, voyez-vous, pas de superflu. Pas de périphrases à tiroirs, pas de conjonctions à rallonges. Exit les amphigouris et compagnie... Non. McCarthy utilise le strict minimum. Le nécessaire vital. Aller à l'essentiel. Frapper peu, mais frapper là où ça fait mal : ses mots sont des cartouches, et ses phrases, des coups de fouet. Les unes comme les autres claquent dans l'air sec et percutent le lecteur entre deux respirations sans lui laisser le temps de reprendre son souffle : "Elle était allongée par terre mais n'était pas morte. Elle bougeait. Elle avait l'air de vouloir essayer de se relever. Un mince ruisseau de sang coulait sur le linoléum jaune et disparaissait, noir, absorbé par le bois du parquet. Ballard étreignit son fusil et la regarda. Crève donc, sale conne, dit-il. Et elle mourut."(P103) "Debout dans le renfoncement de la porte, il cligne des yeux. Derrière lui, il y a une corde qui pend du grenier. Sa mâchoire hérissée de quelques poils se noue et se dénoue comme s'il mastiquait quelque chose, mais il ne mastique pas. Ses yeux son presque fermés face au soleil et à travers les minces paupières veinées de bleu on devine les globes qui bougent, regardent. Un homme en costume bleu qui fait des gestes à l'arrière du camion. Un stand de limonade qu'on est en train de monter."(P10) Une densité du rythme prosodique qui se retrouve aussi dans la mise en forme textuelle puisque aucun balisage, aucune démarcation - guillemets ou tirets - n'en sépare les passages narratifs des phases de dialogues : le tout est imbriqué en un seul bloc massif, presque étouffant. On s'attaque à la prose de McCarthy comme un bûcheron s'attaquerait à une bûche ou à un tronc : au début, on s'y heurte, on s'y cogne, mais une fois passée la douleur, c'est tout un univers craquant qui s'ouvre à notre imaginaire. Cette densité textuelle sert évidemment la narration, puisque sa rudesse apparente est à l'image de l'état d'esprit de Lester Ballard, le personnage principal qu'elle met en scène. En réalité, cette densité textuelle se révèle à l'image de l'aeuvre toute entière de l'écrivain en cela qu'elle se pose comme l'incarnation formelle de sa perception "triviale" et "sauvage" du monde. McCarthy, un grand écrivain ? Sans l'ombre d'un doute... Et la profondeur dans tout ça ? Ce qui achève finalement le lecteur, c'est bien cela. Car si la syntaxe se veut rustique, si le style identifiable entre tous est délibérément épuré, il n'en sert pas moins un récit riche et profond... Un exemple : le traitement de la Nature vierge et sauvage auquel procède ici McCarthy et qui n'est pas sans rappeler la vision développée par Giono dans sa trilogie de Pan (bien qu'évoluant dans un contexte totalement différent, certains parallèles pourraient d'ailleurs être tracés entre Panturle de Regain et Lester Ballard de cet Enfant de Dieu) : chez les deux écrivains, la nature n'est pas un simple décor vide qu'arpentent les personnages. Elle est une entité à part entière, presque dotée de vie... Je viens seulement de m'en apercevoir, mais à la limite, dans Un Enfant de Dieu, la nature - humanisée, personnifiée - s'impose presque comme plus "humaine" que les héros - systématiquement animalisés - qu'elle abrite... Paradoxe à creuser. Il y a aussi ce questionnement sur l'origine du Mal, et le traitement totalement impartial que l'écrivain en fait... Et il y a encore beaucoup, beaucoup d'autres choses... Et alors ? Ouvrir un roman de McCarthy, c'est prendre un ticket pour un voyage dont on est quasiment sûr de sortir ébranlé ; c'est s'enivrer des senteurs de sueur, de poudre, d'écorces et de sang mêlées, ces odeurs âpres et fortes qui vous collent à la peau longtemps après que vous en ayez été imprégné. Un Enfant de Dieu est une parfaite introduction à l'aeuvre unique de cet écrivain qu'il faut à tout prix connaître. Une fois que vous y aurez goûté, vous risquez fort de ne plus en démordre... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
La folie meurtrière d'un laissé pour compte,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un enfant de Dieu (Broché)
Voici un court roman, adapté au personnage décrit par Cormac Mc Carthy mais si Dieu est invoqué dans le titre, il n'intervient pas dans le raisonnement de Lester BALLARD.
Cet être est bien fait de chair et de sang comme vous et moi, mais c'est davantage son instinct d'animal prédateur qu'on évoque dans ces lignes que sa ressemblance au commun des humains. Et d'ailleurs pouvait-il en être autrement ? A neuf ans il a vu son père pendu dans la grange de sa ferme, ferme dont on le dessaisira alors qu'il est parvenu à lâge adulte parce qu'il n'a pas pu s'acquitter de dettes anciennes envers la société bien organisée des hommes, société dont il ne comprend rien aux règles puisqu'il n'avait ni l'aptitude, ni la volonté ni les moyens d'aller à l'école. Par contre il à compris ce que l'on pouvait faire avec un fusil et celui-ci sera son compagnon de tous les instants; il s'en servira pour tuer et pas seulement les volatiles, mais des hommes et des femmes, sans sommation, en position de faiblesse et pour ces dernières en abuser afin de satisfaire ses instincts d'animal frustré. Quant au style employé par l'auteur, il est toujours aussi haché, saucissoné, il est parfois difficile de faire le lien avec des évènements extérieurs qui apparaissent, sur le coup, comme autant de digressions alors qu'ils concourent à l'expression de l'ensemble. Bref Cormac Mc Carthy a un style, le sien, et il est inimitable. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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