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34 internautes sur 36 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
"Never let me go", 17 janvier 2008
Le roman, par le biais de sa narratrice Kathy, nous invite aux côtés de ces élèves pensionnaires dont elle faisait partie. Alors qu'elle est sur le point de quitter ses fonctions d' « accompagnante » pour rentrer dans la catégorie des « donneurs », elle retrace avec précision toute son enfance puis son adolescence passées dans ces centres en compagnie de ses amis Ruth et Tommy.
Quelle est donc cette institution où les élèves sont pensionnaires à demeure et qui sont assujettis, dans un avenir incontournable, au processus des dons ? Plus les années passent, et plus les élèves entreprennent de s'interroger et de se poser des questions sur eux-mêmes. Lentement, au fil de leurs interrogations ils découvrent, entre autres, qu'aucun d'eux ne pourra avoir d'enfants (une des premières clés dans la compréhension du roman).
Ainsi, perçoivent-ils au fil du temps que leurs vies sont toutes tracées et leur avenir déterminé à l'avance. De toute évidence ils ne sont pas comme les gens normaux.
Comme je n'aurais pas souhaité le savoir à l'avance, je ne dévoilerai pas davantage l'intrigue. La pénétration de cet univers se fait lentement par cet assemblage d'éléments successifs fournis par les ressentis de la narratrice. Les phases de compréhension sont tout à la fois dérangeantes et envoûtantes. Bien que le fondement de la narration soit dévoilé dès le premier quart du livre, l'envoûtement se poursuit malgré tout jusqu'à la dernière page. J'ai, pour ma part, été complètement fascinée par ce livre et il était bien difficile de m'en détacher. Pourtant, à y regarder de plus près, on ne peut pas dire qu'il regorge de rebondissements mais le mystère est sous-jacent et entretenu magistralement par cette écriture limpide, précise, dans une langue riche et dense chère à l'auteur.
Contrairement à bien des romans de ce genre où il est question de société alternative d'apparence harmonieuse, voire idyllique, engendrant malgré tout son lot d'insurgés, ici il n'est absolument pas question ni de rébellion ni d'opposition de la part de quelques-uns des membres. La vie suit un cours paisible, on pourrait même dire normalement, où l'implicite ne mène aucunement à un procès éthique. L'atmosphère n'en est que plus inquiétante.
Une fiction qui aborde d'une manière bien subtile une éventuelle évolution de l'humanité en proie à ses propres progrès scientifiques.
Très fort pour qui aime un tant soit peu ce genre de littérature parfois déstabilisant au c½ur d'un univers parallèle.
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53 internautes sur 70 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
un livre marquant, 10 février 2006
<i>Never Let Me Go</i>, c’est une chanson d’une <i>chanteuse</i> imaginaire, mélange de Julie London et Dee Dee Bridgewater, une <i>torch song</i> qu’une petite fille anglaise écoute sans rien y comprendre en serrant son oreiller contre elle dans l’école où elle est pensionnaire. Une femme française passe dans le couloir, l’aperçoit et fond en larmes. Les livres de Kazuo Ishiguro n’ont pas l’habitude de laisser indifférent, et le plus récent ne fait pas exception. Son écriture semble être le meilleur exemple actuel d’un idéal artistique d’élégance définie comme le rapport outils/effet le plus élevé possible. Un vocabulaire très restreint, des phrases simples, un style banal, neutre, sans cachet “littéraire”, mimant la parole, pour un résultat bouleversant. Non pas qu’il n’y ait pas de métier chez Ishiguro, bien au contraire. Comme souvent, son livre se présente comme une énigme à résoudre, une énigme mise en place de main de maître. Une jeune femme, la narratrice, raconte son quotidien et sa jeunesse dans un pensionnat. Rien de plus ordinaire, rien de moins titillant, et pourtant il s’en dégage immédiatement une atmosphère énigmatique difficile à expliquer et qui pousse le lecteur à dévorer ce livre. Puis on met le doigt sur ce qui crée cette impression : en fait l’énigme est moins créée par ce qui est écrit que par ce qui ne l’est pas. Il n’est jamais question de famille, il n’est jamais question du monde extérieur à l’école de Katherine mais uniquement d’école, de camarades et de professeurs. La curiosité n’est pas satisfaite pour autant. La narratrice n’a jamais recours à de gros effets de suspense : elle annonce parfois la révélation d’un élément essentiel de son histoire, mais elle ne la retarde jamais. Et pourtant on n’a toujours pas l’impression de ne pas comprendre cette histoire, alors même qu’il n’y a rien d’étrange dedans. Quelle est cette école, qui sont ces élèves et ces adultes ? On finira par le savoir, mais je préfère ne rien dévoiler de plus, si ce n’est que l’émotion ne retombe jamais, alors qu’il n’y a aucun coup de théâtre et que la narratrice ne se départit jamais d’un ton factuel, presque détaché. Au contraire, ce ton ne fait qu’exacerber la tension. En effet, les personnages ne se révoltant jamais contre le sort qui leur a été assigné, le lecteur n’en est que plus révolté. Ishiguro le met face ainsi à sa responsabilité de se révolter si la situation décrite devenait un jour réelle. C’est que ce roman a une dimension philosophique évidente. Il nous pose maintes questions, dont celle-ci n’est pas la moindre : vaut-il mieux avoir conscience de sa mortalité plutôt que de vivre dans l’illusion, ou bien vivre sa vie ne suppose-t-il pas d’ignorer la mort ?
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Une belle introspection, 9 mars 2008
Il se dégage de la lecture de cette fiction un sentiment d'immersion, de plongée dans l'univers des quelques personnages. En effet, on suit la vie et le récit de l'enfance de l'héroïne, qui va par là nous faire partager ses relations avec certains de ses contemporains.
Le cadre particulier dans lequel se déroule la majorité du roman va créer une atmosphère particulière, ce qui va entraîner des relations exacerbées entre les élèves de ces lieux.
C'est en effet là le thème majeur de ce roman : le souvenir, l'enfance, la nostalgie, et l'influence qu'aura cette période sur la construction de l'adulte, mais encore une fois, la construction dans un univers particulier digne d'un orphelinat, d'un hôpital ou d'une enfance difficile, où plane un mystère...
On se laisse aller allègrement dans cette lecture, dont on veut rapidement connaître le dénouement. Elle ouvre aussi sur une introspection et une réflexion personnelle, ce qui est fort appréciable.
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