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21 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
L'oppression démocratique, 13 février 2005
Jean-Chritophe Rufin est entré en littérature grâce à ses essais consacrés aux rapports nord-sud et aux questions humanitaires. Puis, avec «L'Abyssin», il se lance dans l'aventure romanesque en 1997. «Les Causes perdues» lui vaudront le prix Interallié en 1999 alors que «Rouge Brésil» obtiendra le Goncourt en 2001. Je viens de terminer son dernier roman, «Globalia», publié début 2004. Pour la première fois, Jean-Christophe Rufin ne situe pas son roman dans le passé, mais dans le futur. Globalia est un monde où les nations ont disparu. Sa devise : «Liberté, Sécurité, Prospérité». Un monde sous cloche, les zones sécurisées étant protégées par de vastes coupoles, à peine visibles, qui permettent aux canons à beaux temps de maintenir un ciel bleu et sans nuage en permanence. En dehors de Globalia subsistent les non-zones. Elles sont censées êtes inhabitées. Baïkal et Kate, les deux personnages principaux du roman, sont jeunes. Ce qui est un handicap dans ce monde où la vieillesse (les personnes de grand avenir) est valorisée. Baïkal est un idéaliste. Il parvient à convaincre Kate qu'en passant dans les non-zones, ils atteindraient la liberté. Le couple tente donc le passage, mais se fait prendre. Pour maintenir la population de Globalia sous pression et pour justifier les bombardements des non-zones, les dirigeants ont besoin d'un ennemi. «Dans une société de liberté, c'est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l'ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d'une société équilibrée. Cet ennemi là, nous ne l'avons plus». Ron Altman, dont le pouvoir est très grand en Globalia (la fin du roman expliquera pourquoi et comment) décide de faire de Baïkal l'ennemi dont il manque cruellement. Le lecteur assiste dès lors au périple de Baïkal dans les non-zones pendant que Kate et un journaliste en disgrâce, Puig Pujols, enquêtent au sein de l'association Walden afin de connaître la genèse de Globalia et de trouver le moyen de rejoindre Baïkal. J'ai aimé ce roman bien emmené pour la place qu'il laisse au lecteur. Dans cette Globalia où tout est parfaitement organisé pour le bonheur, l'oppression démocratique qu'annonçait déjà Tocqueville dans «La Démocratie en Amérique» est à son comble. Le monde de Globalia n'est pas très éloigné de l'occident d'aujourd'hui. «Acquérir était un droit, mais posséder était contraire au nécessaire renouvellement des productions. C'est pourquoi la fin des objets était élaborée avec autant de soin que le produit lui-même et contenue en lui.» Globalia procède à l'inverse des dictatures du 20e siècle. La démocratie poussée à l'extrême nécessite de nombreuses élections et «on vote pour n'importe quoi». Du coup, seule une infime minorité des citoyens exprime encore son avis. Pareil pour les livres et l'écrit : «Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. A l'extrême, si vous les interdisez, ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c'est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience. En Globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l'infini.» «Globalia» est un livre à lire ou à relire. Il oblige le lecteur à s'interroger sur la démocratie, le droit à l'information, la manipulation des médias. Et le fin du livre offre une scène digne des conseils d'administration des plus grandes multinationales. A la différence que dans ce cas-là, l'entreprise, c'est le monde.
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14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Anticipation Clairvoyante, 12 août 2004
On plonge facilement dans l'univers de Globalia qui constitue une vision contemporaine du futur.Jean-Christophe Rufin nous dépeint l'évolution probable des sociétés occidentales en se basant sur leurs défauts présents poussés à leur paroxysme. Globalia, c'est l'union des pays du G7+1 en une mega nation qui avec le temps devient une dictature douce se disant démocratie universelle... La Protection sociale fait d'ailleurs penser à la Stasi de l'ex RDA. Les politiques sont devenus des pantins ; une poignée de vieillards, les grands dirigeant des principaux trusts, ont le pouvoir et la connaissance du passé. Pour le quidam de base, le temps se résume au présent ou au futur proche. L'élimination du passé et donc de l'histoire renforce la cohésion nationale et élimine les velléités de vengeance déclencheur des nombreux conflits actuels. Le terrorisme est devenu une "arme stratégique" qui sert d'ennemi nationale, d'épouvantail mais qui en même temps favorise le sentiment d'appartenance à la société globalienne. Mais le terrorisme est-il le réel ennemi ? Le temps nous dira si la vision de l'avenir de Jean-Christophe Rufin est digne de celle d'Orwell dans 1984. Aujourd'hui nous sommes encore nombreux à être des Baïkal, des Kate ou des Puig mais qu'en sera-t-il pour les générations futures ? Quoi qu'il en soit, la lecture de ce livre est un plaisir qui nous laisse un sentiment doux-amer de vérité quant à l'évolution de notre société et laisse cette question en suspens : Avons-nous déjà franchi les premiers pas vers Globalia ?
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
L'avenir pas si lointain, 21 mars 2004
Par Un client
Rufin, goncourt en 2001, nous a sorti là un roman qui change quelque peu de ses précédents écrits, ce qui ne l'a pas empêché d'entrer très vite en tête des classements des ventes, certains comparant son livre à celui de Orwell, 1984. Quant à moi, j'y ai revu la vieille série télé "L'age de cristal", pour ceux qui s'en souviennent... Globalia est en effet la société idéale, la paix règne sous ces villes sous coupoles, il y fait toujours (artificiellement) beau, les gens vivent plus que centenaires grâce à la chirurgie et aux organes neufs des clones, l'alcool a disparu, le tabac fait partie des sports à risques, les livres n'existent plus au profit du summum technologique, la liberté semble totale. Pourtant, Baïkal, le héros, n'en peut plus de cet univers qui a poussé le bonheur jusqu'à la dictature. Il veut fuir, partir loin, là-bas, dans ce que l'on nomme les non-zones, ces terres en-dehors de Globalia, ces lieux non-protégés où vivent des peuplades primitives. Sous l'impulsion d'un des maitres de Globalia, il va se retrouver au coeur d'un complot énorme visant apparemment à la perte de la société modèle, tandis que la femme de sa vie, Kate, va tout tenter pour le rejoindre dans sa lutte... Voilà à peu près comment résumer les 500 pages de ce roman qui se dévore aisément et qui est plutôt bon, véritable diatribe de notre société actuelle dans ce qu'elle a de manipulatrice, et de son devenir.
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