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14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Peut-on encore être après avoir été ?, 26 novembre 2006
David est prof de littérature à l'université. Adepte de la libération sexuelle qui a pris toutes ses marques lors de sa jeunesse, il en est devenu un fervent pratiquant. Rien de plus facile de s'y adonner en usant de cette forme de pouvoir qu'il exerce auprès de ses étudiantes. Il sait tout à fait profiter de sa situation sociale pour glaner ses multiples conquêtes et satisfaire ainsi sa libido.
À plus de 60 ans, il rencontre Consuela, étudiante cubaine de 24 ans. Obsessionnellement subjugué par les seins superbes et magnifiques de la jeune fille, il entretient avec elle une liaison fougueuse, à l'instar des précédentes, mais celle-ci va vite s'avérer dévastatrice à bien des égards.
Après une certaine domination facile grâce à sa situation de prof émérite mais aussi à l'expérience de son âge, les rôles semblent petit à petit s'inverser faisant jaillir ses propres faiblesses. Sans pour autant que ce soit intentionnel, Consuela, par sa jeunesse et ses promesses d'avenir, prend plus ou moins le dessus non sans déstabiliser radicalement la trajectoire que s'était tracée ce sexagénaire lubrique. Lui, au seuil de la vieillesse, perd lentement de sa liberté, de sa magnificence, victime justement de sa propre absence d'avenir qu'il perçoit tout à coup. Alors que jusque-là, il n'a jamais été entravé par le doute, David découvre pourtant de nouveaux sentiments ravageurs comme la jalousie et la dévotion. Perdant ainsi de son indépendance, il prend conscience de son âge ce qui le fait sombrer dans la dilection. Il lui faudra d'ailleurs plus de trois années pour se consoler un tant soit peu du départ de Consuela. Trois longues années en état de manque, sans répit.
Pourtant l'appétit de David n'est en rien misogyne car le corps des femmes est sublimé. Il serait plutôt un égoïste exacerbé par cette quête d'indépendance et de liberté, bien illusoire au final. Un croqueur de vie qui n'a de cesse de vouloir assouvir ses pulsions jusqu'au moment où il se rend compte que cette tendance est dans une phase irréversiblement descendante.
Ce livre, assez court (ce qui est rare chez l'auteur), est un monologue que le narrateur adresse à un personnage en filigrane dans le récit. Il lui explique les tourments de cette relation qui remonte à plus de huit ans, déjà, répondant semble-t-il aux questions implicites posées par cet ami.
Un roman cru et sombre qui souligne qu'il est certainement « impossible de s'accommoder d'une vie désexuée ». Tacitement, il remet toutefois en cause les préceptes fondateurs de la révolution sexuelle, cette lutte tronquée qui a failli à ses espoirs de liberté et ne « mène nulle part », surtout dans le temps.
Un récit qui n'apporte certes pas de solutions mais quelques réflexions sur la fuite du temps. Et comme à l'accoutumée, l'auteur en profite pour égratigner au passage l'Amérique puritaine qui n'a de cesse de vouloir éloigner sa jeunesse du sexe (entre autres).
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Incisif, 14 février 2006
Roth, au travers de ses bests sellers (pastorale américaine, la tâche) m'apparaissait surtout doué pour les grandes fresques romanesques, avec des disgressions parfois "longuettes" et un sens aigu du détail, du contexte (voir comment il décrit l'industrie du gant, dans la pastorale américaine !)et faisant une place conséquente à la profonde introspection de ses personnages. J'ai été surpris (agréablement) de voir qu'ici, le narrateur se place dans la tête de son personnage, arbore le style direct du "Je te raconte une histoire". Et c'est très différent. Vivant, percutant, incisif. On dirait du Nothomb, pour ceux qui connaissent. Des phrases d'une efficacité remarquable. L'histoire, elle, est toute simple mais admirablement traitée, avec une immédiateté et une fraicheur qui font mouche. Evidemment les bien pensants vont s'émouvoir de sa liberté de ton, et du propos : une sommité universitaire sexagénaire qui couche avec des ex-élèves ! Mais Roth n'en est pas à sa première salve sur le puritanisme ambiant !
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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le meilleur de Philip Roth, 2 septembre 2004
Dans la pure lignée de ''La Tache'', ce nouveau roman de Philip Roth est envoûtant, dramatique et d'une intensité émotionnelle peu commune en littérature. Mettant en scène David Kepesh, le professeur et critique littéraire alter ego de Roth, ''La bête qui meurt'' est un bouquin étonnant et très pertinent sur notre époque, en plus de présenter, comme Roth nous avait habitué depuis assez longtemps, la dérive sexuelle de personnages en quête de leur propre identité. Réflexion sur la vie, la mort, l'amour et l'humain, assurément le meilleur roman de l'écrivain, favori du Prix Nobel de Littérature 2004. Magnifique.
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