Les rock-critics sont à la bonne ces derniers temps. Même Le Monde et le soporifique Magazine littéraire leur consacrent suppléments ou numéros spéciaux. Ça tombe bien puisque cest aussi lannée de laméricain Greil Marcus (Rolling Stone, Creem), éminent représentant de cette race décrivains et dintellos qui défroquèrent pour peindre et analyser lhistoire Rock.
Deux de ses ouvrages sont enfin traduits,
Mystery Train et
La République invisible. Deux manières pour celui qui dressa dans le génial
Lipstick Traces le portrait de laventure Punk, de composer une historiographie de lAmérique à travers ses mythes électriques, en passant de Presley à Sly Stone, Randy Newman, Bob Dylan, et autres héros, restés dans lombre, tel lincroyable Harmonica Frank. Toute la saveur du travail de Greil Marcus réside dans sa capacité - éminemment subjective - à provoquer des rapprochements, des connexions, inattendues, entre les héros du rock et Melville, Twain
Si les Sex Pistols sont à ses yeux lincarnation du situationnisme ou encore du dadaïsme, Elvis, dans un geste «lincolnien», apparaît comme le premier trait dunion, miraculeusement posé, entre le Sud fiévreux, dingue, et le Nord protestant. La démonstration est plus dure à avaler dans
La République invisible, où Marcus se consacre à Dylan et lenregistrement de son album mythique
Basement Tapes - un texte obscur, plein dexcavations, presque un ouvrage de «cinéphile».
Esprit patient et tenace, Greil Marcus ne suit pas les éclats de voix et les razzias lyriques de son congénère anglais Nik Cohn, il creuse des sillons, cherchant les origines de son pays dans des aventures et des visages sans lendemain. Ses fresques, aussi savantes soient-elles, ne versent pas pour autant dans la langueur universitaire et conservent toujours un parfum dirréalité et de fantasme, donirisme, comme ce fameux
Mystery Train, chanté par Elvis et qui, sous la plume de Marcus, devient un symbole quasi nietzschéen : «Une métaphore du destin et du désir». --
Stéphane Malterre
En 1965, au Festival de Newport, la spectaculaire conversion électrique de Dylan provoque des réactions d'une rare violence et les insultes fusent. Deux ans plus tard, dans le plus grand secret, Dylan enregistre ce qui deviendra les mythiques "Basement Tapes", mélange subtil et réjouissant de Folk et de parodie de musique populaire américaine. Pour Greil Marcus et pour d'innombrables fans, le culte voué à ces bandes qui n'ont été commercialisées qu'en 1975, tient à leur immanence, à leur lien souterrain avec la tradition orale, et au reflet d'une Amérique clandestine.