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68 internautes sur 68 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Ici, les âmes sont passées du gris au noir..., 16 septembre 2007
Ce qui devait arriver arriva : les habitants du village ont collectivement fait payer à «l'Anderer» (l'autre) son crime ultime, celui d'être différent et Brodeck n'y est pour rien comme il tient à bien le souligner d'emblée. Pourtant, c'est lui qui est chargé par le village de rédiger un rapport sur l'événement inéluctable («l'Ereigniës») qui vient de se produire sous prétexte qu'il a fait quelques études et sait par conséquent le mieux écrire de tous. Lui qui souhaitait fermement pouvoir «ligoter sa mémoire» à tout jamais, il va devoir au contraire libérer celle de tout un village et retracer l'inracontable et les circonstances qui ont amené bon nombre de villageois à un tel acte collectif. Et Brodeck a bien du mal à se cantonner à retranscrire uniquement ce qui lui a été demandé et exhume par ailleurs bien des horreurs étouffées de toute cette communauté.
Autant dans un des précédents ouvrages de l'auteur, les âmes sombraient dans la grisaille, ici elles virent plutôt au noirâtre mêlant la barbarie de l'Histoire (la grande) à la sauvagerie de l'histoire (plus petite) de tout un village. Alors que la narration se situe dans une contrée indéfinie, l'époque pourrait l'être tout autant s'il ny avait tous ces éléments si éloquents de notre mémoire collective dont chacun perçoit clairement, page après page, l'ombre de plus en plus oppressante. En tout cas, l'action se passe sans équivoque le long d'une frontière germanique, comme le dialecte en témoigne (il me plaît même à penser quil pourrait sagir de l'Est de la France tellement meurtri par son passé), au lendemain d'une terrible guerre de domination et d'avilissemennt implacables, tyranniques planifiée par le pays voisin.
Et Brodeck, victime de cette tyrannie et pourtant revenu de là où on ne revient pas, a connu l'ignominie de l'intérieur bien qu'ayant échappé à son propre anéantissement (ce «Ich bin nichts», je ne suis rien, infligé par le pouvoir) en devenant le «Chien Brodeck» du camp.
« les gardes s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck mais Chien Brodeck.»
Dans ce livre, les horreurs de l'Histoire sont implicites et lui donnent, par cette volonté de ne pas les nommer, un caractère universel extrêmement sombre et difficilement supportable car sans doute bien proche d'une certaine nature humaine.
L'auteur exploite avec une remarquable perspicacité comment la peur est capable de transformer les hommes qui, sous son emprise diabolique, sont enclins aux plus abjectes cruautés en sombrant dans la pire déraison.
«L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande plus qu'à se propager.»
Ce livre sombre et suffocant est un gros, un très gros coup de c½ur et nul doute qu'on entendra largement parler de lui (enfin je l'espère).
M. Claudel, je vous admire !
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13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
A lire absolument..., 25 octobre 2007
Voilà bien longtemps que je n'avais pas lu un ouvrage aussi fort... Pour moi, c'est une révélation. L'écriture est sublime, l'histoire prenante, les personnages émouvants. Une histoire qui nous emmène loin et qui ne nous lache pas. C'est aussi une belle description de la nature humaine avec ce qu'elle a de plus beau et aussi...ce qu'elle a de plus laid.
Merci M. Claudel, il y a longtemps que je n'avais pas eu un tel plaisir de lire.
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20 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un choc, 15 janvier 2008
Oui, un choc.
Ce livre, j'avais lu les commentaires des lecteurs et je me réservais de le lire tranquillement, quand j'en aurais le temps et serais sûr de ne pas être dérangé. Mais je ne m'attendais pas à ce coup de poing, à cette émotion, cette tension qui me rappelait la lecture des Bienveillantes, à ma gorge nouée souvent ; et en même temps à ce bonheur de lire.
Je suis généralement un lecteur rapide, mais là j'ai vécu plus de dix heures avec Brodeck, dix heures pleines, pratiquement sans interruption, sans même manger, relisant une phrase, une autre, reprenant le récit, revenant sur un passage que je voulais retrouver.
Le sujet, je n'en parlerai pas, d'autres - nombreux - l'ont fait ici même avant moi. La façon dont Philippe Claudel l'aborde, le "traite", suffirait à elle seule à faire de ce livre un très grand livre. Mais la langue est si belle, si pure, si achevée sous une apparente simplicité que j'en ai savouré chaque phrase, chaque page.
Un critique littéraire écrivait il y a quelques mois que les parents et les enseignants qui voudraient convaincre leurs grands enfants ou leurs élèves du bonheur que peut procurer la lecture d'un roman devaient leur conseiller la lecture de celui-ci. Il avait raison : le Rapport de Brodeck est une formidable leçon, à la fois de français, d'humanité et - aussi - d'histoire.
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