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Non contente de rafler le prix d'interprétation à Cannes pour sa prestation dans
Dancer In The Dark du Danois Lars von Trier, Björk s'offre le luxe d'une bande originale aussi remarquable. Pour ce grand mélodrame social, l'Islandaise a fouillé dans ses souvenirs de spectatrice: les arrangements lyriques et amples évoquent des maîtres du genre comme Maurice Jarre ou Antoine Duhamel. Mais
Dancer In The Dark est avant tout une comédie musicale. Donc, Bjork chante : elle murmure et cajole puis éructe et fait la folle, elle s'amuse avec des samples de machines sur "Cvalda", elle émeut jusqu'aux larmes sur le duo ferroviaire "I've Seen It All". On pense parfois aux plages les plus tristes des
Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, pas seulement à cause de Catherine Deneuve présente dans les deux films, mais pour cette façon d'oser le pathos et de se jouer des genres. Il faudra bien finir par trouver une appellation pour ces comédies musicales qui sont tout sauf des comédies.
--Hubert Deshouse
Compact
B.O. Il aura fallu un an à Lars Von Trier pour, non seulement, convaincre la chanteuse dincarner Selma, le premier rôle de
Dancer In The Dark, mais aussi de composer cette bande originale. Élaborées au fil du tournage, ces scènes alternent lambiance froide et industrielle dune symphonie orchestrée par un collage sonore, le duo avec Thom Yorke (peut-être le titre le moins réussi) ou ces comptines menées dune candeur atypique, envoûtante. On parle dinspiration proche de Ravel, Wagner, dun exotisme hors du commun. Cest vrai. La chanteuse, quant à elle, voit ici une bouffée doxygène, une uvre néanmoins abstraite : "Jai fait trois albums personnels et dune certaine manière, égoïstes. Alors simmerger totalement dans les joies et les peines de quelquun dautre était très libérateur." Et ce, pour notre plus grand plaisir.