Commentaires client les plus utiles
|
|
20 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Maudit Renoir, 8 décembre 2006
En 1939, les spectateurs qui se rendirent au cinéma voir le dernier Renoir, ne s'attendaient certainement à une telle charge, tantôt truculente, tantôt virlulente. Alors que le pays est inquiet de ce qui se passe outre-Rhin, que le bon peuple n'a le choix que de s'en remettre à ses élites. Et voilà le spectacle qu'en donne Renoir ! Une bande de joyeux drilles, insouciants, snobinards, qui se réunissent dans une propriétaire en Sologne, pour une partie de chasse. Sous le vaudeville, la comédie, se trame des drames beaucoups plus sombres. Tromperies, trahisons, duperies, la palette des sentiments et des caractères décrits par Renoir à de quoi inquiéter. Le film fut évidemment un échec, le metteur en scène fut trainé dans la boue, et "La règle du jeu" mise au rebut pendant 20 ans. Les jeunes loups de la Nouvelle vague, cinéastes en rupture eux aussi, firent du film de Renoir leur étendard, et l'imposèrent aux yeux de tous comme le chef d'oeuvre qu'il est.
Renoir y déploie son immense savoir-faire, en dirigeant sa troupe d'acteurs dans des plans séquences d'une maîtrise absolue pour l'époque. Les déplacements des acteurs s'harmonisent aux mouvements de caméra, dans une valse nonchalente. Toutes les scènes de l'appartement, au début, sont placées sous ce signe de la fluidité, de la futilité. Le cynisme pointe le bout de son nez lorsque les protagonistes rejoignent La Colinnière. Deux mondes s'y croisent, s'entrechoquent : à l'étage les maîtres, au sous-sol les domestiques. Et les comportements des premiers n'a rien à envier aux seconds. Renoir les renvoit dos à dos. Cette idée figurait déjà dans "La Grande Illusion" avec les soldats prolo et les officiers aristo). La partie de chasse, cruelle, réaliste, annonce le drame. Le vaudeville vire à la tragédie. Le marquis voit le monde et les hommes comme un théatre de marionnettes, et c'est bien ainsi que Renoir l'observe aussi. La charge est vraiment féroce.
"La règle du jeu" est aussi un festival d'acteurs, de répliques savoureuses (Carette est son "quoi j'ai pas d'mère moi ?"). C'est un ton, ce ton que l'on ne retrouve que chez Renoir, où tout semble simple, facile, limpide. Il y a évidemment derrière tout cela un travail technique énorme, sur la profondeur de champs notamment (la scène du couloir, où chacun se souhaite bonne nuit) et de direction d'acteurs au millimètre. Robert Altman s'en est inspiré pour son "Ghosford Park" lui qui aimait aussi ces films chorale, fluide, où le vitriol pointait sous la légèreté. "La règle du jeu" est un des films les plus importants qui soit, et qui dépasse le cadre du cinéma français. C'est un des plus grands films jamais réalisé.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
|
|
|
|
|
|
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Chasse à courre, 23 septembre 2009
Un film chorale mythique qui résume tout ; pas seulement la haute bourgeoisie d'avant-guerre, pas seulement le morcellement de la France en castes psychosociales, mais la condition humaine dans son ensemble : théâtre, jeu de miroirs, jeu de dupes, jeu de massacre, chasse à courre où un innocent doit toujours être sacrifié pour que la farandole des vains Dieux de L'Olympe se poursuive.
La perfection transpire de partout : pas un acteur (Marcel Dalio, Nora Gregor, Jean Renoir, Roland Toutain) qui ne fasse une performance, pas un personnage qui ne soit négligé, pas un plan qui ne soit magnifié, pas une parcelle du scénario qui ne soit la pièce d'un puzzle totalement jouissif, atrocement lucide. Trop lucide sans doute : le public de 1939 n'était pas prêt pour un reflet si violent et si pessimiste de sa glorieuse patrie. Il faudra attendre vingt ans, avec l'arrivée de la nouvelle vague, pour que ce marivaudage sanglant soit enfin compris, admiré, porté en étendard.
Truffaut disait qu'il faudrait retourner voir ce film adamantin tous les soirs pour voir s'il s'y passe la même chose. A l'ère du magnétoscope numérique, on peut le faire indéfiniment depuis son canapé. Pourquoi se priver ?
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
|
|
|
|
|
|
16 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un film dont on ne sort pas indemne, 17 janvier 2005
Renoir peint ici le tableau d'une société en pleine décomposition. Toutes les règles de la bourgeoisie d'avant-guerre sont ici triturées et décortiquées dans tous les sens jusqu'à leurs limites. Les dialogues sont d'une finesse rare, le jeu de Renoir et Dalio succulents, le scénario ficelé comme une une paupiette de veau. Tout dans ce film est à prendre et à déguster: les plans, les sons, les arrières-plans... Plus on le voit, plus on l'aime!
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
|
|
|
|
|
|
Commentaires client les plus récents
|