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Facilité, virtuosité, imagination, talent ; créativité, longévité, expérience, ambition... La presse commence à manquer de qualificatifs pour Dream Theater : cela fait maintenant plus de dix ans que le groupe survole les débats du metal progressif. Il repousse une fois encore ses propres limites, avec
Six Degrees Of Inner Turbulence. Il était pourtant difficile de relever le défi, tant
Metropolis Part 2: Scenes From A Memory avait placé la barre très haut. Il fallait éviter les redites. Jordan Rudess (claviers), fraîchement arrivé lors de l'enregistrement de l'album précédent a, semble-t-il, redynamisé, débridé l'imagination du groupe. Désormais, au moins, on est prévenu, chaque nouvel album est un terrain à défricher sur lequel les Américains laissent libre recours à une créativité libérée de toute limite technique, affranchie de quelconques contingences mercantiles. Sans frein, ces stakhanovistes virtuoses assènent sur ce double album plus de notes, de riffs, de breaks que la plupart des groupes en… une carrière. Voici la quintessence du metal progressif actuel : des atmosphères violentes (voir le "Glass Prison" d'ouverture) sombres ou planantes ("Disappear") disséminées aux quatre coins de chaque plage, dédales d'inspirations multicolores, de performances musicales, bruitages ou courtes respirations. De ci, de là, quelques maladresses ou fautes de goûts les rendront finalement plus "humains", comme le son un peu "Bontempi" de l'ouverture et du final du deuxième disque, pièce de plus de quarante minute justement intitulée "Six Degrees Of Inner Turbulence".
Les schémas traditionnels ne s'appliquent pas à Dream Theater qui échappe à toute grille de lecture conventionnelle. S'approprier cet album sera par conséquent une aventure personnelle qui réclamera du temps. L'auditeur est poliment convié à s'investir pour partir à la découverte de titres comme autant de territoires à explorer. On peut certes déplorer le côté un peu trop élitiste de cette démarche, mais c'est aussi ce qui en fait la force : les amateurs de musique pré-digérée ou de mélodies racoleuses passeront leur chemin.
--Julien Capraro