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Certains n'oublieront jamais l'égérie des Stones et la cultissime star du Swinging London qu'elle fut, pas plus que sa vie romanesque à souhait, d'autres risquent fort de découvrir avec cet album une grande dame, chanteuse plus que convaincante depuis ses débuts, et surtout reconnue depuis le succès de
Broken English. Marianne Faithfull aime prendre des risques, ce qu'elle fit du milieu des années 80 à la fin des 90's, en interprétant Kurt Weill sur un disque où figure toute l'intelligentsia (
Lost In The Stars), s'insinuant dans le théâtre musical de Michael Mantler ou réalisant avec Angelo Badalamenti le génial
A Secret Life. Toutefois moins téméraire,
Kissin Time se présente comme un retour en fanfare à la case pop, peaufiné sur mesure par quelques rock stars qui ne se sont pas fait prier pour être de la partie. Au point que le casting prend des allures de All Stars : Billy Corgan de Smashing Pumpkins, Beck, Jarvis Cocker de Pulp, Etienne Daho et Damon Albarn de Pulp réunis – excusez du peu ! Chacun d'entre eux apporte sa touche, qui des mélodies imparables, un autre sa voix de crooner aux accents folk et ses rythmiques princières, ou encore, plus loin, des sons électroniques qui ramènent pratiquement à l'époque glorieuse de Depeche Mode ! C'est le sans faute au palmarès duquel les mentions spéciales vont à "Sex With Stranger" (Beck) et, cerise sur le gâteau, "Song For Nico", dédié à la chanteuse du Velvet et arrangé par Dave Stewart. Sombre et crépusculaire, hanté par une voix cassée par la vie, ce morceau renvoie au meilleur de
A Secret Life. Autobiographique (tout au moins en partie), intimiste ou parfois roublard : une réussite totale.
--Hervé Comte
Compact
Rock. Beck, Dave Stewart, Blur, Pulp, Etienne Daho et Billy Corgan : telle est la liste partielle des artistes ayant collaboré avec Marianne Faithfull sur ce nouvel album. Ce rassemblement hétéroclite comportait plusieurs risques dont le premier était celui de voir la chanteuse verser dans une certaine forme d'opportunisme musical. Connaissant l'itinéraire de la vocaliste, cela apparaissait peu probable ; aussi, c'était surtout un autre danger qui pouvait paraître plus préoccupant. N'allait-elle pas diluer sa spécificité et ce qui fait sa force dans des combinaisons hasardeuses ou mal ajustées ? L'électro-funk de Beck sur "Sex With Strangers" surprend ainsi, aussi bien par sa tonalité musicale que pour le phrasé froid et distancié de son interprète. Il s'agit alors de prendre en compte la thématique du morceau (le sexe anonyme) pour comprendre en quoi il y a adéquation entre fond et forme. Dans l'ensemble il en est de même sur la plupart des morceaux puisque Corgan ou Dave Stewart semble s'être coulés dans le moule introspectif suggéré par la chanteuse. Seule exception, le "Sliding Through Life On Charm" composé par Jarvis Cocker et directement inspiré par l'autobiographie de Marianne Faithfull. Il est paradoxal que ce soit sur ce titre, le plus personnel sans doute, que la patte musicale d'un autre soit la plus prononcée. Kissin Time tient donc assez bien la route, il juxtapose professionnalisme sans sacrifier à l'émotion et diversification sans souffrir de son hétérogénéité.