Pourquoi donc plus de 40 ans après leur réalisation ces
Barbouzes fonctionnent-ils toujours aussi brillamment ? Bien évidemment, la lecture du générique appelle la comparaison avec leurs cousins
Tontons flingueurs et apporte quelques clés de réponse. D'abord, des dialogues mitonnés aux petits oignons – avec des répliques comme "Un barbu, c'est un barbu ; trois barbus, c'est des barbouzes." ; "Si la pluie continue, les fraisiers seront en retard... mais les grenouilles seront en avance !" ; "On courtise, on séduit, on enlève, et en cas d'urgence, on épouse", inutile de préparer ses mouchoirs ! – par un maître queux, Michel Audiard, flanqué d'Albert Simonin. Ensuite, pour les servir : la fine fleur du cinéma français, déjà rôdée par les
Tontons. À savoir Lino Ventura, – Francis Lagneau, "un garçon subtil", surnommé entre autres Petit Marquis, Chérubin, Falbala, également connu sous les sobriquets de Requiem, Bazooka, Belle Châtaigne ; Bernard Blier – Eusebio Cafarelli, dit Le Chanoine, onctueux, retors, obséquieux ; Francis Blanche – Boris Vassiliev, "un esthète turbulent", spécialiste des explosifs, cruel et matois. Rejoints ici par Charles Millot – Hans Muller, dit le Bon Docteur, discret, qui manie avec dextérité le couteau – Mireille Darc – Amaranthe, une veuve pas si éplorée – et les inénarrables Noël Roquevert et Robert Dalban, ils sont loin d'engendrer la mélancolie ! Enfin, sous la houlette de Georges Lautner, cette désopilante parodie des films d'espionnage rassemble tous les poncifs du genre : micros dans toutes les salles, couloirs secrets, des personnages qui apparaissent et disparaissent, des déguisements, des silencieux, des espions et contre-espions à gogo... Si on peut leur préférer leurs ancêtres
Tontons flingueurs – baisse de rythme, incohérences dans le scénario, prologue un tantinet longuet – ces
Barbouzes demeurent un sommet du comique made in France, une sorte de traité de géopolitique revu et corrigé par Audiard et consorts ! --
Sylvain Lefort