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35 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Des avantages de l’habitat en milieu pavillonnaire, 9 décembre 2003
Après Répulsion (1965) et Rosemary’s baby (1968), Le Locataire (1976) forme le troisième volet (et le chef d’œuvre) de la trilogie paranoïaque de Polanski. L’histoire est simple : un immigré polonais emménage dans l’appartement d’une jeune femme qui vient de se suicider avant de s’imaginer (de se rendre compte ?) que ses voisins complotent pour qu’il suive le même destin. La scène se passe à Paris, dans un Paris admirablement ressenti : des défilés d’immeubles hausmaniens blafards, des cafés gris et tristes, des grands boulevards sans néons, une ville rude, sans pitié et peuplée, à l’image de l’inoubliable concierge campée par Shelley Winters, de personnages mesquins et hostiles. « Il se passe des choses étranges dans mon immeuble » déclare le locataire dans une admirable litote. Bruits sourds, perturbants et inexpliqués, couleurs qui tirent sur le marron, l’ocre ou le verdâtre, cuisine sinistre qui se dégrade en taudis, jeu sur les distances et les profondeurs de champ dans un appartement dont les couloirs et pièces grandissent ou rapetissent au gré de la folie de son occupant, cadrages de plus en plus obliques sur le visage tourmenté de Polanski : tout concourt à plonger le spectateur dans une sensation de mal-être pendant que s’élabore patiemment le basculement progressif du personnage dans un Grand Enfermement paranoïaque. Au terme d’un plan séquence génial où l’ensemble de l’immeuble se rue à sa fenêtre pour assister au suicide annoncé du locataire, Polanski accentue encore l’étrangeté en parant les balcons de teintures or et rouge qui évoquent une scène d’opéra, en incorporant au thème musical des bruits de fosses d’orchestre et, par l’usage de l’accéléré, transforme ses protagonistes en caricatures haineuses dignes des fantasmagories de James Ensor : tous venus aux premières loges pour assister à leur victoire sur l’équilibre mental du petit immigré. Ce DVD zone 1 comprend une version française et une version anglaise sous-titrée en français. Les puristes pourraient préférer la seconde (Polanski, Adjani, Winters parlent anglais dans leurs scènes, après tout) mais le film est tellement ancré dans son contexte parisien qu’on y perd, je trouve.
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Etrange, inquiétant, marquant, l'un des meilleurs Polanski, 31 octobre 2009
Le Locataire est très particulier, à s'inscrire en droite lignée dans le genre de l'Etrange, peu populaire à notre époque où le pragmatisme a tendance à trop envahir la culture. Polanski a réalisé ici une oeuvre marginale, inquiétante, que n'auraient sans doute pas renié Allan Poe ou Kafka.
Et pourtant, il doit s'agir du meilleur film de Roman Polanski à ce jour. L'un de ses meilleurs en tout cas, c'est une évidence.
L'ambiance décalée et le malaise s'installent dès les premiers plans, où Polanski reprend l'appartement d'une jeune femme qui s'est jetée par la fenêtre mais qui n'est même pas encore décédée! Jeune homme influençable, on le devine complètement déstabilisé par cette idée et le film jouera tout du long sur cette ambiguité entre la paranoïa maladive et le fantastique pur. Une réussite totale pour un exercice délicat!
Le Locataire comporte ainsi son lot de séquences marquantes, qui n'ont absolument rien à envier aux films censés être calibrés pour flanquer le trouillomètre à zéro, comme cette fille bandée sur son lit d'hôpital qui se met à hurler sous ses bandages, ces silhouettes immobiles aperçues de la fenêtre du personnage principal. On est mal à l'aise et en même temps captivés par l'atmosphère dégagée, étouffante.
Le décalage est aussi extrêmement bien restitué, entre les nuits angoissantes de Polanski dans son appartement, et sa bande de joyeux lurons le jour qui incarnent un retour à la réalité rassurant, même si l'implacable étau continue de se resserrer sur le personnage de Polanski.
On saluera à ce sujet la quantité d'acteurs connus présents dans le film (l'impérial Bernard Fresson, l'impayable Romain Bouteille, Isabelle Adjani, Claude Piéplu...) et autres seconds couteaux aux gueules hallucinantes, qu'on retrouve dans bon nombre de productions françaises des années 60 à 80.
Le Locataire est donc avant tout un film d'ambiance, parfaitement maîtrisé, qui procure un effet d'envoûtement total, quand bien même il peut rester abstrait à plus d'un titre. Etrange et déstabilisant, il ne laisse pas indifférent, et reste proprement inoubliable. Peut-être le plus personnel de Polanski?
On ne peut en tout cas que se désoler qu'une oeuvre aussi marquante ne puisse bénéficier d'une édition DVD française, alors que l'ambiance est tout-à-fait parisienne, dans ce Locataire.
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