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5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Une des meilleures versions, 22 janvier 2009
La réussite de cette version de Lohengrin, à l'acoustique si particulière, démontre que la version encensée par nombre de critiques et exacte contemporaine - celle de Kempe de 1962 - accuse des défauts nuisant à la force de l'oeuvre. Tout d'abord, quand nous comparons l'approche sonore des deux versions, à travers le son si artificiel et plat de la version Kempe à celui, riche et vivant, de la version nous intéressant, il est incontestable de remarquer que l'acoustique de Bayreuth permet une profondeur, une richesse de détail et de climat, ainsi qu'une cohésion certaine que la version studio, au son très spacialisé (bien plus que chez Decca), n'arrive désespérément pas à atteindre.
Suppléant cela, la baguette de Sawallisch - peut-être le chef wagnérien le plus sous-estimé - apporte à l'oeuvre une netteté de direction ainsi qu'une richesse de couleur que Kempe, à certain moment un peu laconique n'a su, pour sa part, suffisamment exploiter, pourtant aidé par la musicalité sans pareille du Philharmonique de Vienne.
Sawallisch a quant à lui l'orchestre du Festspiele dans la fosse ainsi que la légendaire justesse des choeurs de Wilhelm Pitz.
Thomas (Lohengrin), dont l'emprunte vocale ne semble pas très affirmée, n'apporte pas à l'ensemble une présence tellement remarquée, passant même presque inaperçu. Et le plus déroutant, c'est que l'on arrive pas à déceler, chez lui, de défaut flagrant (ses aigus restent tout de même peu assurés) nous rebutant au point de passer son interprétation à la trappe. Non, chez lui, règne plutôt une fadeur lancinante dans laquelle nous n'arrivons désespérément pas à déceler la moindre consonance héroïque. Dans la version studio de Kempe de 62, l'approche de Thomas reste la même, dramatiquement banale.
Silja, dans le rôle d'Elsa, se veut vocalement plus souple que dans le Tannhäuser de 1962, dirigé également par Sawallisch, plus fine également, n'usant inutilement pas de cette puissance extraordinaire, qui peut la rendre, dans cette autre version, un peu fatiguante. Ici, c'est plein de psychologie qu'elle aborde le rôle qui est le sien, amputant volontairement sa puissance habituelle au détriment d'une compréhension accrue de qu'elle interprète.
Vinay se révèle être également une agréable surprise. L'ayant laissé volontairement au sein du rôle de Siegmund dans la version de Krauss de 53 - d'une fadeur rarement égalée - je retrouve un Vinay au timbre mûr, profond et à la diction excellente, habitant le rôle de Teleramund avec une sorte de parure faussement héroïque, collant parfaitement bien avec la psychologie du personnage et la couleur de son timbre, agréablement bonifié avec l'âge.
Varnay, dans le rôle d'Ortrud, ressemble un peu à la Nilsson des dernières années, c'est à dire que la tessiture n'est plus la même, plus grasse et moins envolée, et un vibrato important apporte une lourdeur supplémentaire, collant cependant assez bien avec la véritable nature d'Ortrud. Mais là où Nilsson avait gardé des aigus envolés d'une irrésistible souplesse ainsi que de fascinants graves semblants sortir d'outre-tombe (par exemple, lors de l'impressionnant Crépuscule de la version Böhm de 66), Varnay semble, vocalement, irrémédiablement usée, n'ayant plus cette modalité extraordinairement souple aux aigus osés et décomplexés ou cette impression déroutante que sous ces aspects puissants et vindicatifs une incroyable douceur semblait l'habiter (son duo avec Hotter, lors du dernier acte de la Walkyrie dirigée par Krauss en ai la parfaite illustration), ce qui l'a rendait tout sauf banale. Ce qu'elle partage également avec la Nilsson des dernières années est cette apparente froideur d'interprétation, cette façon d'aborder un rôle à la lumière d'une habitude routinière et répétitive, ne faisant suffisamment pas dégager la quintessence même de ces divers rôles, ou pour chacun d'entre eux la psychologie à aborder n'est pas la même.
Crass en roi de Germanie se révèle être excellent. Les quatre nobles brabançons également, connaissant la qualité des interprètes, essentiellement Stolze (l'inusable Mime de chez Kna 57 et 58, Solti, Kempe, et Loge chez Karajan) et Kelemen (l'éphémère Alberich de chez Karajan).
Pour conclure, cette version de 1962 se révèle être vocalement assez homogène, mais vaut surtout pour la vitalité de la baguette de Sawallisch ainsi que pour l'acoustique sans pareille du Festspiele.
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