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40 internautes sur 42 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le plus beau Wilder, 19 juillet 2006
Dans la villa de Norma Desmond, gloire oubliée du cinéma muet, le temps est suspendu. Norma vit dans un univers qu'elle veut clos, où tout se répète à l'infini, un univers de gestes ritualisés (les parties de cartes avec les « figures de cire », la projection de films muets -Queen Kelly- cent fois vus), une totalité retrécie, une réalité atrophiée mais qu'elle contrôle entièrement, où rien ne peut ni ne doit lui échapper. L'absence de poignées à toutes les portes de la demeure, au-delà de l'explication pratique donnée par Von Stroheim, symbolise ce désir de contrôle de l'ensemble de l'espace qu'elle s'est assigné. L'extérieur est aboli. En reprenant une catégorisation deleuzienne, le hors champ, c'est le reste du monde.
Mais, il n'existe pas de monde parfaitement clos. L'irruption de William Holden, scénariste fauché harcelé par les huissiers, en est la preuve. Deux univers entrent en collision, deux ensembles se découvrent une intersection, par hasard : Un pneu crevé, le désir d'échapper à ses poursuivants, la dissimulation de sa voiture dans le garage d'une propriété qu'il croit abandonnée et le jeune scénariste pénètre dans le royaume suranné d'une Salomé au parfum de naphtaline.
La faille se manifeste. Norma travaille depuis des années à un script affligeant, qu'elle soumet à son jeune visiteur. Sans être vraiment malhonnête (à la fin, il refusera de garder les cadeaux qu'il a reçus), Holden en profite pour se faire engager et payer par Norma pour l'aider à corriger son scénario. Il éprouve une sorte de compassion malsaine pour cette vieille actrice pathétique, névrosée et suicidaire ; par un mélange d'intérêt et de pitié (la pitié dangereuse de Zweig), il devient son amant ; mais plus que son amant, il devient sa créature, sa marionnette ; il se laisse avaler par cet univers immobile et figé, où le temps ne passe pas. La nuit, il s'évade pour retrouver le monde des vivants. D'ailleurs, dans tout le film, on ne ressent le passage du temps que lorsque William Holden sort de la propriété de Norma. Ce bonheur factice s'écroule lorsque de Mille refuse le script de Norma et lorsque Holden décide de la quitter. Elle abat son amant qu'on retrouve flottant dans la piscine (« Ce pauvre jeune homme qui avait toujours rêvé d'avoir une piscine »).
La narration est parfaite, les dialogues brillants, l'ironie à fleur de peau, les acteurs au sommet (Gloria Swanson en Charlot est un grand moment, Von Stroheim tel qu'en lui-même, Holden dans son premier vraiment grand rôle), le noir et blanc magnifiquement suggestif et contrasté. Le plus beau et le plus noir des films de Wilder, avec Fedora.
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25 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Très profond, 5 septembre 2004
Par Un client
Ce film est un documentaire de premier ordre sur Hollywood... mais il y en a une foule d'autres qui rendent le même service. Ce qui fait sa rare valeur est donc encore à chercher ailleurs. Il s'agit à mon sens de la remarquable mise en valeur du narcissisme de Norma Desmond, qui doit être d'ailleurs la chose du monde la mieux partagée chez les acteurs ; et voilà pourquoi ce thème ne vieillit pas. Gloria Swanson rend d'une manière magistrale ce trait de caractère, et elle est d'autant plus touchante que la carrière du personnage qu'elle incarne a une grande ressemblance avec la sienne propre.
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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Hollywood, monde des illusions et du mensonge, 13 octobre 2009
Un scénariste en manque d'idées se retrouve un jour, par hasard, dans une villa qui lui semble abandonnée. Elle est en fait habitée par une ancienne star du cinéma muet et son curieux majordome. Cette star rêve d'un grand retour au cinéma, après trente ans de silence. Elle a écrit un scénario, mauvais, où elle se donne le premier rôle (celui d'une jeune femme), et le scénariste saisit l'occasion de le corriger pour renflouer son compte en banque.
Sunset boulevard est un film dur et cruel, et encore, malheureusement, d'actualité. L'humain ne compte pas. Tout le monde profite de tout le monde avec cynisme. D'abord ce scénariste, qui demande une avance à son agent, et ce dernier qui lui répond :"Non non, on écrit mieux le ventre vide. Vous vous êtes habitué à un certain confort, ça détruit le talent". En somme, crève de faim si cela te permet de pondre de bons scénarii. Charmant...
Puis vient l'actrice muette, ridicule et grotesque, triste à mourir. Cette fois, c'est le scénariste qui profite d'elle... et elle, parce qu'elle est riche, qui se sert de lui. Le piège se referme. Voilà trente ans qu'elle se berce d'illusions, aidée par son majordome qui lui écrit des lettres de fans, et bientôt par Cecil B. DeMille, à qui elle propose son scénario. Sa villa est remplie de photos d'elle, elle regarde inlassablement ses vieux films.
La vérité n'est nulle part. On reste dans le monde du faux, on prend un certain plaisir à se balader dans les décors en plâtre... Bientôt, l'illusion d'un véritable retour possible se fait plus forte, et la névrose n'est pas loin. Plus que jamais cette star souhaite un retour éclatant à ce qui n'est pas la vie.
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