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13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Unplugged, 4 janvier 2006
Et si ce machin, à la pochette austère et blafarde, était le meilleur disque de Springsteen ? Entre deux déferlantes électriques (« The River » et « Born in the USA »), Springsteen, seul avec sa guitare et son harmonica, se prend en même temps pour Dylan et Neil Young, et nous livre un disque de folk-rock plein d’histoires tristes et désabusées de l’Amérique profonde, celles des petites gens. Ceux qui ne voyaient en Springsteen que le Boss, maître des cérémonies électriques de son E Street Band, oublient qu’à la base, c’est un conteur d’histoires et qu’il est autant influencé par les folk-singers que par les pionniers rock’n’roll. Il nous livre là des merveilles : la ballade « Mansion on the hill », le rock’n’roll minimaliste de « Johnny 99 », « State Trooper » (son électricité discrète et menaçante, son phrasé proche de l’Alan Vega de Suicide), la rythmée « Open all night » que Mark Knopfler de Dire Straits a dû écouter avant d’écrire « Walk of life », … Avant la mode lancée par MTV, Springsteen faisait de l’ « Unplugged », et rien n’est à jeter de ces quarante minutes magiques.
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9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
10 CHANSONS SUR UN 4 PISTES ET 5 ETOILES, 23 juillet 2007
C'est vrai que NEBRASKA est considéré comme le meilleur album de Springsteen, celui que les fans (et les autres) adulent. Sans doute parce que l'ambiance du disque, cette musique folk acoustique, permet de mettre les textes en avant. Parmi les admirateurs de Springsteen, un certain nombre - aller savoir pourquoi ? - ont toujours préféré le chanteur à textes, que le rocker endiablé. Alors que le personnage se compose de ces deux facettes (Dylan + Elvis comme il le dit lui même !).
Et bien NEBRASKA aurait pu être un grand disque de rock. Car ce que l'on entend, ce sont des documents de travail, une cassette enregistrée sur un magnéto 4 pistes qui sert à Springsteen pour expliquer ces nouveaux morceaux aux musiciens du E Street Band. Il a toujours procédé comme cela, jusqu'au jour où Jon Laudau (ami et producteur) lui a suggéré de sortir cet enregistrement tel quel, sans retouche. Depuis, sur scène, Springsteen interprète "Atlantic City" dans une version très rock, tel qu'elle devait l'être à l'origine. Comme la chanson "Born in the USA" qui avait été composée à l'origine pour figurer sur NEBRASKA.
Voilà l'histoire de ce disque, où on entend Springsteen jouer de la guitare et chanter sur une piste, et rajouter un choeur ou de l'harmonica sur les autres. On entend aussi sa chaise grincer sur le parquet de sa cuisine, écoutez bien ! C'est un magnifique album, violent, noir, désespéré, où on croise des meurtriers, des violeurs, et tous les laissers pour compte de l'Amérique. C'est un disque en hommage à Woody Guthrie, Dylan, Johnny Cash ou Pete Seeger. Parmi les titres proposés, "Johnny 99" est une des plus poignantes, comme "Reason to believe" ou "Atlantic City" qui me touche particulièrement. Sur la version vinyle, les textes étaient imprimés en anglais et traduits en français... merci de l'intention, c'est une démarche rare.
Quelques années plus tard, Springsteen sortira THE GHOST OF TOM JOAD, considéré par les mêmes comme son second meilleur album ! Puis DEVIL & DUST (nettement moins bon). Aucun de ces deux albums n'a la rugosité ni la densité tragique de NEBRASKA.
PS : Sean Penn s'est inspiré de la chanson " Highway patrolman" pour réaliser son premier film, avec Tim Robbins.
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
It's so cold in Nebraska, 1 août 2009
C'est l'album de Springsteen que je préfère . Je ne dis pas le meilleur car cela ne veut rien dire , mais celui que j'ai le plus écouté , le plus aimé aussi . Ils sont rares les albums qui vous accompagnent longtemps , toute une vie . De celui - ci , je connais tous les recoins , toutes les paroles , tous les soupirs , les silences , les cris , tous les accords : je peux le chanter encore maintenant en entier , je peux le jouer aussi , j'y pense encore souvent et il n'est jamais vraiment sorti de mes rêves . Il fait partie de ma vie .
Si vous pensez que des grands mots comme pureté , intégrité , honnêteté sont des critères valables pour évaluer le travail d'un artiste , alors vous aimerez ce disque sans artifices , cru , aride , terriblement sincère et profond .
Arrivé dans le début des années 80 à un sommet de gloire qu'il n'a peut - être pas tant désiré que cela , Bruce Springsteen décide de faire un break et de tracer la route seul pour partir à la rencontre d'un pays qui l'a fait Boss mais qu'il ne connaît pas vraiment . De l'Amérique , il n'a vu que des films et entendu des chansons . De ce paysage grandiose et violent , il n'a vu que les bords . Passant d'un océan l'autre , le jeune Bruce a arpenté les plages et les jetées , bu et chanté dans les bars , écumé les scènes et les stades en s'aveuglant aux grandeurs et aux lumières des villes debout . Dans ce parcours initiatique sans surprises , pour ainsi dire linéaire , il a pu puiser l'énergie nécessaire à son rock , une forfanterie bon enfant , un jeu de scène festif et mélodramatique plein de cette fougue insouciante et parfois puérile tout droit héritée du rock and roll de son enfance et des bluettes des groupes de filles des années 60 , qu'il écoutait à la radio le soir dans son lit . Atteignant en 82 un âge christique , il lui faut désormais prendre conscience de sa responsabilité , de son âge d'homme , se frotter à la réalité des vies de ses héros , des fantômes de ceux dont il n'a fait que galvauder les désirs romantiques à jamais enfouis dans la fausseté du « rêve américain » , cette « belle idée » ( comme dit Gabin dans La Belle Equipe ) mais qui n'a pas su satisfaire toutes les espérances .
Dans Nebraska , Springsteen raconte des histoires au lieu de les brailler , il jette au brasier des illusions perdues la pacotille des héros flamboyants de sa jeunesse parfois bohème pour se colleter avec la réalité des classes rurales et urbaines du pays profond en pleine déréliction . le plus souvent , ces histoires toutes simples , il les chante avec une voix très douce , naturelle , dénuée d'emphase , une sorte de murmure en voix off qui ressasse son hébétude ( un peu à la manière d'un Norman Bates , en plein déni , à la fin de Psychose ) parfois échantillonnée de hurlements lugubres ( « State Trooper » ) comme ceux que pousse Alan Vega dans le premier album de son groupe Suicide .
Les personnages de Springsteen , comme dans « Highway Patrolman » ( reprise par Johnny Cash ) ne se déparent jamais de leur sacerdoce buté : ils ont un truc à faire alors ils le font , que ce soit au nom du Bien ( Joe Roberts , le patrolman ) ou du Mal ( ce jeune chien fou de Franky Roberts , le frère de Joe ) et sans toujours en percevoir les conséquences , jusqu'à ce qu'une certaine idée de la frontière vienne leur rappeler que l'Amérique , ou l'homme américain , n'a pas tous les droits , et qu'être au service de l'état et d'une certaine morale ne dispense pas d'avoir une conscience individuelle . La chanson , avec ce personnage qui en s'émancipant des lois redonne une chance à l'idée de fraternité , est magnifique .
Springsteen ne fait pas des héros de ces gars qui , pris au piège du rêve américain en lambeaux , ne comprennent pas tout ( « Atlantic City » ) ces désoeuvrés qui , dans « Nebraska » , la chanson qui ouvre l'album , s'amusent à tuer pour se donner l'illusion de vivre , puis regrettent non pas leur folie meurtrière de tueurs nés ( à la Gun Crazy ) , mais qu'on ait mis un terme au jeu . Il donne la parole à ceux qui , autant victimes que bourreaux , tuent la rage au caeur ( « Johnny 99 » elle aussi reprise par Cash ) et s'indignent qu'on les laisse pourrir en prison 98 et un an au lieu de les éliminer , comme ils savent faire là - bas , de manière radicale , dans un dernier éclat de foudre . Enfin , il fait de ses personnages des balises pour sa conscience ( et la nôtre , peut - être ) , des pare fous . Parler d'eux , de leur vie ou de leurs actes terribles ou banals ( « Open All Night » ) c'est comme nommer le monde qui l'entoure pour mieux le comprendre . Une dernière tentative pour vainement le mettre à distance par le biais de la rêverie nostalgique ( « Mansion On The Hill » , « Used Cars » , incroyablement justes et touchantes , et surtout « My Father's House » ) renvoie le narrateur au constat douloureux du temps qui passe , des choses qui changent , des gens que l'on croyait indispensables et qui finissent malgré tout par disparaître de nos vies ...
Le retour à la réalité est donc terrible qui ne propose qu'une alternative : soit la fuite en avant , évoquée en fil rouge tout au long de ce voyage mortifiant ( que Springsteen résume ici dans « State Trooper » ) avec la possibilité de la folie meurtrière si on vous arrête , ou quand on ne vous arrête pas ... soit , dans « Reason To Believe » qui clôt cet album magistral , non pas la promesse d'une vie meilleure , mais une interrogation sur le bien fondé de continuer sans toutefois la certitude de parvenir à une humanité apaisée .
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