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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Un des trop rares films sur le génocide arménien, 22 mai 2008
Depuis le Congrès de Berlin de 1878, le ''problème arménien'' est l'un des points les plus épineux de la ''question d'Orient''. Face au revendications grandissantes de ce petit peuple, l'Empire ottoman déclenche les massacres hamidiens en 1894-1895 (200000 victimes), puis les massacres de Cilicie en 1909 (30000 victimes). En 1914, l'Empire ottoman entre en guerre aux côtés de l'Allemagne, et décide de profiter de l'occasion pour résoudre définitivement le ''problème arménien''. Les ministres Talaat Pacha et Enver Pacha mettent secrètement au point un plan d'extermination présenté comme un transfert de la population arménienne, accusée de collaborer avec l'ennemi russe.
D'avril 1915 à juillet 1916, celle-ci est déportée vers le désert syrien, et ceux qui n'ont pas été abattus en route par les soldats ou les bandes kurdes finissent par y mourir de soif. Ce premier génocide du XXème siècle fera 1500000 victimes, soit les deux tiers des Arméniens.
De nos jours ; un producteur canadien d'origine arménienne, Edward Saroyan, réalise un film sur le génocide et le siège de Van par les Turcs, basé sur le récit de l'Américain Clarence Ussher. Lors du tournage, une partie de la production découvre cette page sombre de l'histoire.
Une conférencière, Ani, retrace l'histoire du peintre Arshile Gorki, rescapé du génocide et émigré aux Etats-Unis, et tente d'oublier la sienne.
Son fils Raffi, à la recherche autant de ses racines que de lui-même, revient de Turquie avec des images devant servir au film de Saroyan, et se fait tracasser à la douane par un agent particulièrement scrupuleux.
Une jeune femme, Celia, cherche à attribuer à Ani la responsabilité de la mort de son père, et tente de brouiller son amant Raffi avec sa mère, avant de se faire arrêter par un agent de sécurité, homosexuel et fils du douanier, pour avoir lacéré une toile de Gorki.
L'ami de l'agent, un acteur interprétant le sinistre Cevdet Bey dans le film de Saroyan, se moque bien de l'histoire et ne mesure pas ce dont souffrent Saroyan et Raffi.
Seule l'histoire de l'Arménie servira de lien entre ces personnages issus de milieux différents.
''Ararat''est l'histoire de ces personnes étrangères les unes aux autres et de leur quête, individuelle ou collective, de reconnaissance, de réconciliation, d'identité personnelle, sexuelle et culturelle...
A travers d'incessants flash-back, le film est une suite d'interrogations : pourquoi la disparition d'un être cher, pourquoi le rejet de l'homosexualité, pourquoi la haine de la différence, pourquoi le génocide ?
Le réalisateur Atom Egoyan expose avec profondeur les souffrances et les passions des personnages et les fait se confronter aussi bien dans leurs vies individuelles que dans leurs rôles dans le film de Saroyan. On y voit de quelle manière ils s'impliquent dans ceux-ci en fonction de leurs antécédents personnels ou collectifs, de quelle manière les descendants des victimes interpellent les descendants des bourreaux...
Le film s'achève de manière émouvante par des liens renoués, annonciateurs d'une nouvelle humanité.
Par ce film, Egoyan interpelle sur la folie humaine, le négationnisme et ses conséquences sur les générations d'aujourd'hui.
Cependant, malgré cette riche réflexion, le film ne développe pas assez le contexte historique du génocide selon moi, excepté lors du passage en douane où il devient plus que longuet : le douanier pose tant de questions que Raffi finit par lui déballer l'histoire de l'Arménie pratiquement depuis les origines. Ce côté très didactique peut agacer, mais il faut savoir que ''Ararat'' est le premier film ayant comme sujet principal le génocide arménien, quasiment inconnu de la grande majorité des non-Arméniens.
Le film met en scène un excellent casting. Arsinée Khanjian, épouse d'Egoyan, incarne très bien Ani en femme meurtrie. Elias Koteas (''La ligne rouge'') est aussi bon dans le rôle d'Ali que l'excellent Simon Abkarian (''Aram'', ''Le voyage en Arménie'') dans celui de Gorki. Quant à Christopher Plummer, on ne pouvait imaginer mieux dans le rôle du douanier sosie de Donald Rumsfeld. Petit bémol (mais mes propos n'engagent que moi) pour Charles Aznavour pas très convainquant en Edward Saroyan. Enfin, quoique je n'aie pas trouvé le personnage de Raffi particulièrement attachant, bravo au débutant David Alpay.
Le film est encore rehaussé par la musique qui se prête parfaitement aux circonstances, grave et magnifique à grands renforts de duduk, l'instrument national de l'Arménie...
Malgré un début un peu fastidieux et quelques scènes un peu trop intellos et ampoulées, ''Ararat'' reste un excellent film intelligent, captivant et chargé d'émotion... Il ne fait pas dans la facilité, étant plutôt complexe à l'image de l'identité que recherchent les protagonistes.
C'est un film riche de réflexions : le traitement du sujet est rare dans un contexte de pressions politiques de la Turquie, qui nie toujours le génocide et a dénigré le film avant le premier tour de manivelle.
L'intention est donc louable et mérite qu'on s'y attarde car peu de réalisateurs s'y sont attelés, excepté (à ma connaissance) Henri Verneuil dans ''Mayrig''. Bref, une référence en la matière.
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16 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
un beau film sensible et émouvant, 18 septembre 2003
Par Un client
à travers l'âme torturée du grand peintre américain, d'origine arménienne, Arshile GORKI,Atom Egoyan explore les propres déchirements de son âme et nous livre une histoire passionnante de bout en bout. Les comédiens sont excellents, la musique belle et grave.
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