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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Bruckner : le Wagner de la symphonie ?, 22 octobre 2005
Selon une comparaison un peu facile, et convenue, Anton Bruckner serait à la symphonie ce que Wagner fut à l'opéra. C'est un peu rapide et réducteur. Certes, Bruckner écrivit sa 3e symphonie en hommage à Wagner. Son style n'en reste pas moins très personnel. D'un autre côté, Wagner ne doit pas être limité aux déchainements héroïques de la Tétralogie : sa petite pièce, Siegfried Idyll, est une merveille de paix et de douceur. Très vite, elle fut arrangée pour grand orchestre. Ce sont ces deux oeuvres qui sont réunies sur ce disque, ainsi consacré à Wagner et à son influence musicale. Mais ces versions sont signées Hans Knappertsbusch, chef surtout connu pour ses interprétations fameuses de Wagner, moins pour celles de Bruckner. Si l'on commence par Wagner, Knappertsbusch dirige un Siegfried Idyll pour grand orchestre avec art et subtilité : les solos ressortent toujours avec justesse, et l'orchestre ne semble jamais massif. On retrouve là un grand chef wagnérien, souple et puissant tout à la fois, faisant ressortir la tendresse profonde, l'intimité conjugale de ce cadeau de Richard pour Cosima à l'occasion de la naissance de leur enfant. La richesse des timbres, le velouté des nuances ajoutent au charme de cette partition envoûtante. En regard, la 3e symphonie de Bruckner semble bien peu wagnérienne, et très brucknérienne au contraire, sauf dans le magnifique adagio. La comparaison avec le Siegfried Idyll semble montrer que c'est dans le traitement orchestral que Bruckner a voulu s'approcher de Wagner, en particulier dans l'importance accordée aux bois et plus généralement aux vents. Car, pour le reste, on retrouve les marques d'une belle et grande symphonie de Bruckner : un premier mouvement puissant et inquiétant, lent et inexorable ; un adagio déchirant, digne des grandes symphonies à venir (la 6e ou la 7e par exemple, sans parler de l'incomparable adagio de la 9e), et qui sonne le plus comme un morceau de Wagner ; un scherzo haletant, et un final en forme d'apothéose. On ne peut donc que déplorer deux petites faiblesses. Une limite technique, le mono d'époque, un peu sourd, qui étouffe le Philharmonique de Vienne. Et une limite stylistique, quoiqu'on ne puisse en faire le reproche au chef : l'édition « révisée » de la symphonie correspond à une symphonie tronquée. Mais d'autres, comme Furtwängler ou Jochum, ont aussi utilisé les éditions révisées des symphonies de Bruckner. On pourra donc surtout voir dans ce disque un témoignage historique de l'art brucknérien au milieu du XXe siècle à Vienne sous la baguette d'un chef wagnérien, célèbre et passé à la postérité comme tel.
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