|
|
10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
FILM EMBLEMATIQUE DU REALISME POETIQUE, 16 février 2009
QUAI DES BRUMES (1938) est la deuxième collaboration de Marcel Carné (à la caméra) et de Jacques Prévert (au scénario). Ce fut un immense succès, qui installa définitivement Jean Gabin au panthéon de stars. C'est d'ailleurs Gabin qui est à l'origine du projet.
Gabin joue le rôle de Jean, un déserteur, qui arrive au Havre pour quitter le pays. La nuit précédant son départ, il fait la connaissance de Nelly (Michèle Morgan) qui se cache de son tuteur (Michel Simon). En la prenant sous sa protection, Jean se met à dos Lucien (Pierre Brasseur) une petite frappe locale...
QUAI DES BRUMES appartient à un genre typiquement français, le réalisme poétique. A partir de personnages bien réels, généralement issus du monde ouvrier, et d'intrigues souvent criminelles, Marcel Carné propose un traitement poétique, par le choix des décors, d'une lumière, par la prose de Prévert, échappant ainsi à une réalité sociale codifiée, pour mieux la restituer, toucher à l'universel et créer sa propre mythologie. La baraque de Panama, improbable, repaire de paumés, isolé sur le port, en est un bon exemple.
Dans ce film, il n'y a pas de psychologie, les personnages sont des archétypes. Gabin est le héros-vagabond emblématique (suivi par un chien errant, clin d'oeil à Chaplin ? autre vagabond confronté à un monde violent), Morgan interprète le type même de la femme troublante, Michel Simon incarne le mal, Pierre Brasseur résume à lui tout seul les lâches et les truands de seconde zone. Au travers d'une intrigue, qui au final a peu d'importance, on assiste à des rencontres, des confrontations. Comme chez Panama, ou Gabin croise un peintre suicidaire, dont il récupérera les vêtements sans le savoir, la rencontre entre Michel Simon et la bande à Brasseur, et bien sûr les errances de Gabin / Morgan à la fête foraine, couronnée par la fameuse réplique "t'as d'beaux yeux, tu sais" - "embrasses-moi"...
QUAI DES BRUMES est un film profondément pessimiste. Pas de justice, pas de bonheur (ou si court) mais des exilés, des suicidaires, des pervers, des voyous, et pour tous, peu ou pas d'avenir du tout. Des baraques branlantes, des rues sans vie, de la brume, du vent, pas de soleil... Je ne dirai rien de la fin, bien sûr... Le film fut interdit sous le gouvernement Vichy. Trop défaitiste.
Personnellement, je préfère les charges caustiques d'un Renoir, ou la noirceur d'un Duvivier. Du duo Carné/Prévert, je préfère LES ENFANTS DU PARADIS, ou DROLE DE DRAME. Néanmoins, QUAI DES BRUMES est un incontournable du cinéma français, un festival d'acteur (Gabin à table, découpant son saucisson en yeutant Morgan...) et une vision de l'humanité, à quelques mois de la guerre, qui en dit long sur l'état d'esprit de l'époque.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
|
|
|
|