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36 internautes sur 39 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
La rédemption par l'Amour, 29 novembre 2006
Le message qui émane de la merveille de Murnau est presque dérangeant d'intemporalité. Comme si l'Aurore n'avait pas été faite pour le cinéma, mais le cinéma pour l'Aurore. Le réalisateur de Nosferatu créé ici un monde en soi. Une inspiration réelle qui dépasse le réel, un hymne à l'Amour où le vérisme impudique n'aurait plus cours. Car c'est de poésie dont nous nous faisons les présents laudateurs. Classicisme affirmé, le film débute entre autre par cet exergue "... ce film raconte une histoire qui nous concerne tous ... entre un homme et une femme ... la vie est parfois amère, mais elle est parfois douce ..." et tente d'apporter une réponse à la question existentielle posée à la même époque par Hermann Hesse "où se trouve le vrai bonheur ? L'Amour terrestre peut-il être autre chose qu'une illusion ?"
Un homme pris dans les rets d'une vie rurale, simple et bien ordonnée, veut fuir sa condition routinière en croyant que l'Amour réside dans l'encanaillement que lui propose sa maîtresse, symbole de la ville moderne au rythme effréné et aux promesses de voluptés insoupçonnées. Sur les conseils de sa démoniaque intrigante, il projette alors de se débarrasser de sa régulière. Le regard épouvanté de celle-ci, lui renvoie l'image du monstre qu'il devient en tentant de la supprimer lors d'un bel après-midi de canotage. Une prise de conscience qui va suffire à lui faire renoncer à son funeste dessein. Après ce premier revirement psychologique, on s'interroge sur la manière dont le film peut continuer. Tout comme sa femme on se demande si cet homme qui s'est démasqué, assassin avoué, ne veut pas la récupérer pour mieux achever son plan ultérieurement. Elle ne pourra jamais lui pardonner, c'est impossible, comment pourrait-elle alors qu'elle a vu dans ses yeux cette lueur de démence criminelle ? Les mots ne suffisent pas à la rassurer. Une collation dans un café non plus. Les fleurs non plus. C'est la foi qui y parviendra. Les deux protagonistes s'invitent au débotté à un mariage qui a lieu de l'autre côté de la rue. Les mots du prêtre sur la fidélité promise vont droit au coeur de l'homme, pleurant et comprenant alors le sens définitif de sa vie en même temps que l'amour profond qu'il a toujours nourri pour sa compagne, cet amour qu'il était prêt à tuer de ses propres mains. Plein de repentir et implorant le pardon, il s'écroule sur les genoux de sa femme. Symbole de grâce séraphique, le personnage de Janet Gaynor lui délivre alors le baiser le plus tendrement miséricordieux de toute l'histoire du cinéma. Difficile de retenir ses larmes. En un geste d'Amour pur, un élan de mansuétude divine, mains ceignant la tête de son aimé comme un diadème de sainte confiance, elle comprend la douleur qui l'étreint, la souffrance dans laquelle il s'est lui-même placé et lui accorde l'absolution comme une mère à son enfant. Donner une seconde chance procède du plus bel amour qui soit ... Le reste est un enchantement et la construction du film, dont la trame est la redécouverte de l'Amour qui unit les deux personnages, est exemplaire. La réalisation au service de cette poésie est juste stupéfiante de précision. Murnau sait donner l'intonation requise à sa caméra, à ses effets, mettre en lumière au propre comme au figuré l'élément souhaité. Le dvd restitue à la perfection les trouvailles techniques remarquables de l'auteur (les réminiscences, en surimpression, des baisers de la maîtresse "vamp" à la Theda Bara, comme le diable qui vient bousculer la bonne conscience de l'homme simple et distiller le doute en lui ; la blancheur liliale qui illumine la femme pure, les ténèbres qui entourent la succube ; la variété des angles et des mouvements de caméra ...)
Un film inclassable, hors du commun, dont le visionnage doit être à tout prix complété par celui de "la Nuit du Chasseur" de Charles Laughton (1955), qui lui rend un si subtil hommage (la religion, l'eau comme lieu de transition entre la vie et la mort, à l'instar du Styx grec, les scènes de nocturnes comme les tableaux éponymes de Whistler, l'amour désintéressé, la recherche du bien et de la vérité, l'enfance présente en chacun de nous ...)
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15 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Murnau en pein midi, 10 décembre 2003
Je ne suis pas sûr que comme le disait Truffaut que ce soit le plus beau film du monde, d'autres méritent également ce qualificatif (La nuit du chasseur, Citizen Kane...) mais c'est une des plus belles étoiles du cinéma muet. Aprés avoir dans "le dernier des hommes en 1924 et avec Emil Jennings" (odyssée d'un vieux portier d'hotel déchu) ,introduit la caméra subjective dans le cinéma, Friedrich Wiihelm Murnau réalise en 1927 une des apogées du film muet qui vit ses derniers instants. Cette allégorie de l'amour pur face à la ville corruptrice réinvente le drame d'amour romantique. Une caméra mobile, des lumières psychologiques , une ville oppressante face à la douce nature, une pureté immense dans l'analyse des entiments et surtout une figure féminime digne de l'éternel féminin (l'immense Janet Gaynor). L'approche du metteur en scène est toute de tendressse et de poésie En fait oui ce film venu de la nuit des temps est un immense poéme lyrique. retrouver une copie si bien restaurée, un film si prenant et beau justifie le DVD qui peut être autre chose que la compilation de films insipides et guerriers. Le DVD a une mission aussi de cinémathéque
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11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Une perle toujours aussi avant-gardiste, 18 décembre 2003
Une sorte de genre de merveille comme dirait l'autre... D'une beauté redoutable ce premier film américain de Murnau n'a pas pris une ride, ce qui pas loin de 80 ans après sa sortie est un bel exploit. La mise en scène avant-gardiste, le scénario intemporel (le mari, la femme, la maitresse, etc.), le jeu des acteurs tout en retenu (un exploit du temps du muet où surjouer était trop souvent de mise), une partition musicale bouleversante, bref même à la 5463ème vision l'effet coup de poing est toujours garanti. Vivement la 5464ème ! En prime, un superbe boulot d'édition DVD avec bonus et un fac-similé du numéro de L'Avant-Scène de 1974 consacré à cet "Aurore".
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