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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le maître de l'absurde clinique, 9 décembre 2008
Premier film cinéma de Haneke, Le "septième continent" préfigure déjà ses grands thèmes axés sur la force visuelle, la déchéance lente dans une cellule familiale de gentils petits bourgeois. Là, ils finissent par péter les plombs, et même si cela est sagement préparé - la répétition de chaque geste pousse à l'aliénation - je trouve qu'il manque la fièvre nécessaire pour bien comprendre l'ensemble ; certes, le style clinique ajoute au côté "réel" du film, mais Haneke est trop arrêté sur les détails, à mon goût, ce qui fait que, même si son montage est bon, certaines coupes auraient été nécessaires, je pense, pour en ajouter d'autres plus utiles, plus fortes. Trop longuet pour un final décevant. Cela reste tout de même un grand film.
Sorti en 1993, Benny's video est le deuxième métrage de Michael Haneke - si l'on excepte ses métrages destinés à la télévision - où il est question d'un très jeune ado, Benny, attiré par la violence sans trop savoir pourquoi.
Chef-d'oeuvre de l'absurde clinique, Benny's video prouve que Mickael Haneke est un maître du cinéma tout court.
Interdit en France aux moins de 16 ans, le film commence par une scène très crue où l'on suit avec une caméra à l'épaule le destin d'un porc qui va se faire tuer.
Cette scène est la symbolique de ce qui va suivre, telle une annonce morbide. Ce destin qui n'est jamais présenté comme tel, repose sur un regard glaçant porté sur une famille bourgeoise autrichienne. On retrouve ainsi l'acteur qui jouera dans le fameux Funny Games de 1997, Ulrich Mühe, aux traits lisses, au regard presque bovin, et animé d'une étincelle quelque peu frénétique, ce qui rend son personnage attachant. La mère est jouée par Angela Winkler, elle aussi incompréhensible pour la mamma italienne qui ne peut absolument pas voir ce film car elle en arracherait l'écran devant une telle passivité maternelle. Femme de théâtre, il s'agit d'une grande actrice qui a suivi les directives de Haneke à la lettre. Mais, plus que tout, ce film ne serait pas ce qu'il est sans l'interprétation magique de Arno Frisch, déjà vu aussi dans Funny Games et qui joue Benny ici, ce fils de 14 ans qui voue une fascination morbide pour la violence. C'est ainsi lui qui a filmé la scène du cochon qu'il ne manque pas de revoir au ralenti au moment de l'impact. Le spectateur suit cette longue dégradation déjà présente dès le début du film, mais il n'y a aucune progression ici dans la déchéance. On est comme on est et on le restera ainsi : les visages sont les mêmes, les réactions ne changeront jamais, même devant l'horreur absolue, si absolue qu'elle ne peut être qu'absurde.
Comme un chirurgien, Haneke dissèque les impuretés de cette famille bourgeoise (père qui bosse à Intercom et mère qui bosse dans une boîte renommée), pour comprendre la raison - question que se posera le spectateur tout le long du métrage - la raison du geste, la raison sur la violence.
Niveau réalisation, c'est assez époustouflant la façon dont Haneke réussit à mêler diverses caméras, tantôt caméra à l'épaule pour mimer un moment amateur, tantôt caméra toujours bien placée comme il faut, surtout lors des moments glaçants (la scène du meurtre est une leçon de maître).
On reconnaît aussi le style de Haneke : plan fixe faussement interminable, presque voyeur, surtout pour un tel sujet. Aucune volonté de dramatiser, d'enrober, d'harmoniser l'ensemble d'une scène horrible. C'est là, et ça y reste. Et, enfin, le grand polémiste de l'absurde réel (et non réaliste) qui fait de nous de véritables témoins.
Même s'ils sont diamétralement opposés, Benny's video est à mettre à côté de Videodrome de Cronenberg, parce qu'ils offrent au mieux peut-être un regard sur le voyeurisme même. Un regard glacé et glaçant. Les relations entre le père et le fils sont absolument remarquables de frisson tant on se dit qu'ils ne se connaissent pas ; et pourtant son père lui dit "je t'aime" devant le silence monacal de son fils. Mais la magie de ce métrage est de prouver que les porcs, les vrais porcs, ce sont ces parents, responsables d'une éducation peut-être pas assez nerveuse pour éviter ce genre de drame. Oui, Haneke légitime UNE certaine violence dans le cocon familial pour éviter la vraie violence, celle que l'on voit ici, dans ce faux film. Il tacle littéralement les enfants gâtés et les parents mous. C'est indéniable. Voilà pourquoi, d'après moi, il s'agit d'un film subrepticement réactionnaire et conservateur.
La caméra est immorale, elle tue ; filmer quelqu'un en train de faire ses besoins n'a alors plus aucune raison d'être pour Benny qui devient comme l'objet qu'il tient, totalement aliéné, lisse, glacé, artificiel ; le final est le sommet de l'absurde que même Kafka n'aurait pas écrit !
Jamais racoleur sur son sujet, toujours subtil et à la fois fin et glaçant, il s'agit d'un pur bijou de l'absurde clinique. Un frisson proprement indémontable. Haneke est un grand.
Filmer tue.
Dans le même genre de "anatomie d'un massacre", 71 Fragments d'une chronologie du hasard est à mettre à côté de Elephant.
Le style de Haneke sauve ce film de toute sécheresse narrative. 71 plans pour arriver peu à peu à l'inévitable - je préfère le style de Gus Van Sant pour cette approche.
Il n'en reste que le métrage de Haneke reste intéressant d'un point de vue stylistique - un film que l'on peut étudier dans les écoles de cinéma parce qu'il renferme de nombreux symboles sur la déshumanisation de l'individu, la question du déterminisme, du hasard, du quotidien vraiment vomitif (Haneke arrive toujours à me provoquer la nausée quand un de ses personnages ouvre un frigo ou mange, ou regarde la télévision...). Haneke est fort dans cette reconstitution de l'univers citadin petit bourgeois où aucune transcendance n'est possible, où les rapports humains sont mécaniques. Par exemple, un couple décide de se débarrasser d'une fille qu'il voulait adopter pour préférer un jeune immigré clandestin qui ne parle pas l'autrichien et qui a dû voler pour survivre jusqu'à se rendre à la police pour médiatiser ses actes. Un film vraiment dur dans son arrêt d'un massacre qui n'est ici que façade pour révéler un malaise vraiment profond où l'absurde pue le vertige.
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