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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Chef-d'oeuvre de Kazan beaucoup trop méconnu, 15 février 2009
Elia Kazan a, on le sait, eu deux ou trois carrières. Après son témoignage auprès de la commission des activités anti-américaines présidée par McCarthy, il a de plus en plus nourri son cinéma de sa culpabilité, tout en refusant de s'excuser pour un acte qu'il refusait de voir comme ignoble. En fait, plus que de culpabilité, ce sont les extraordinaires tensions et clivage présents au sein de cet homme révolté, à la fois sûr de lui et conscient de ses propres contradictions, qui ont de plus en plus été les catalyseurs de ses films dans les années 60 et 70. Ceux-ci sont sans conteste les plus beaux de son oeuvre, et sans doute parmi les plus beaux de tout le cinéma américain. Dans l'ordre: On the Waterfront / Sur les quais, Splendor in the Grass / La Fièvre dans le sang, Wild River / Le Fleuve sauvage, America, America et L'arrangement. Sans compter Un Homme dans la foule et Viva Zapata, deux très beaux films eux aussi. Ce qui relie ces films, c'est sans doute cette tension que j'ai déjà notée et qui se retrouve dans le sujet et la forme même du film. Le couronnement de cette oeuvre et de ce questionnement de plus en plus virulent, c'est L'Arrangement, ce film magnifique d'impudeur et en même temps si loin des ornières de ce qu'on appelle aujourd'hui l'autofiction. Car Kazan passe toujours par le récit, les personnages, la transposition fictionnelle pour parler de lui, de ce qui l'anime et de ce qui le remue. Ce grand névrosé est aussi un lyrique, et c'est dans le dyptique que forment La Fièvre dans le sang et le Fleuve sauvage que cela est le plus évident, même si cela se voit aussi évidemment dans les autres films, en particulier America, America et L'Arrangement. Dans La Fièvre dans le sang, les amours des deux tourtereaux à qui tout devrait réussir, joués par Natalie Wood et Warren Beatty, deviennent impossibles à cause de névroses individuelles qui sont intimement liées aux névroses sociales. Les névroses, en particulier sexuelles, sont toujours envisagées sous l'angle social, la Dépression succédant à la dépense des années 20, les conventions et l'hypocrisie accompagnant ce mouvement inéluctable qui menace d'écraser les individus. Pourtant, ce film traversé de tensions fortes se termine sur une des scènes les plus apaisées de tout le cinéma de Kazan, une des plus bouleversantes aussi. Le Fleuve sauvage, qui se passe lui pendant la Dépression, est tout entier lyrique et apaisé comme cette dernière scène de La Fièvre dans le sang, quand bien même il serait lui aussi consacré à montrer des affrontements, individuels et collectifs (voir synopsis). Le jeu de Montgomery Clift, qui n'était déjà plus le jeune premier qu'il était quelques années auparavant et qui était déjà souffrant, accentue la façon qu'a Kazan d'envisager les conflits, bien réels et pourtant en partie désamorcés. A vrai dire, on ne peut pas ne pas penser à Tchekhov en voyant Le Fleuve sauvage, et en particulier à la Cerisaie, beaucoup plus qu'on ne pense aux dramaturges américains, comme Tennessee Williams, adapté à plusieurs reprises par Kazan auparavant. Proximité du récit, mais aussi cruauté et mélancolie, souvent en mineur. Le Fleuve sauvage peut presque être vu comme une adaptation de La Cerisaie, si ce n'est bien sûr que la propriétaire du lieu n'est en l'espèce absolument pas une riche désargentée, la pauvreté rongeant les habitants de l'île qui doit être évacuée. En revanche, la mélancolie qui se dégage de la fin du film et qui a trait à la disparition d'un monde, est elle très semblable. Il s'agit d'un film magnifique, comme toujours restitué par Carlotta dans une copie de grande qualité, même si le scope ne peut que perdre de sa portée sur un écran de télévision. Ce film n'étant que peu souvent réédité, il faut néanmoins profiter de l'édition en dvd pour le découvrir. C'est sans doute un des films les plus apaisés de Kazan, un des plus beaux aussi, à voir absolument après La Fièvre dans le sang, et à poursuivre par les deux films plus apparemment personnels mentionnés plus haut. Les voir tous les quatre permet de mieux connaître Kazan, auteur majeur qui ne peut être réduit à un seul acte de sa vie, mais dont on peut comprendre à quel point il a rendu son cinéma meilleur, le nourrissant de tensions qu'il a peu à peu réussi à canaliser, leur donnant une forme fictionnelle magnifique.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
UN TRES BEAU FILM, DONT ON SORT CHANGE, 17 août 2009
Le Fleuve Sauvage (Wild River) est un des plus grands films de l'histoire du cinéma mondial.
Le film démarre par un documentaire en noir et blanc sur la férocité du fleuve Tennessee qui prend des vies régulièrement et sur le projet de l'administration Roosevelt dans le cadre du New Deal pour mettre fin aux inondations à travers la construction de barrages qui apporteront l'électricité à une région rurale très arriérée en même temps que du travail aux habitants de la vallée. Puis l'on passe à la couleur et à l'histoire proprement dite. Un jeune fonctionnaire de l'administration Roosevelt, Chuck Glover (Montgomery Clift) est chargé par la Tennessee Valley Authority (TVA) de convaincre une vieille dame très entêtée, Ella Garth (Jo Van Fleet) d'accepter de vendre son île à la TVA pour qu'elle puisse être inondée dans le cadre de la réalisation du barrage. Glover parlemente sans succès. Il fait la connaissance de la petite fille de la vieille dame, Carol (Lee Remick), une jeune veuve avec deux enfants, qu'il essaie de convaincre afin de surmonter la résistance de la vieille dame et qui tombe amoureuse de lui, d'un amour sauvage et peu résistible. Le film montre le déchaînement de cet amour et des passions suscitées par la construction du barrage.
Le Fleuve Sauvage a fait l'objet de nombreuses interprétations. Pour Marguerite Duras, c'est une des plus belles histoires d'amour jamais filmées au cinéma: c'est vrai. Le fleuve sauvage est aussi celui de l'amour entre Carol, à la sensualité à fleur de peau, et Chuck Glover, plus réservé mais qui finit par céder aux assauts de cet amour impétueux. Pour Florence Colombani, auteur de Elia Kazan, une Amérique du chaos, dans son commentaire inclus dans le DVD, le film est aussi une métaphore du New Deal, la confrontation entre l'Amérique ancienne, forte de ses valeurs, incarnée par la grand mère attachée à sa terre, le gouvernement fédéral mettant en oeuvre le New Deal, plus faible, représenté par Chuck Glover, et la Nouvelle Amérique qui va en être issue, personnifiée par Carol, jeune femme d'une grande force, qui représente l'avenir. Surtout, le film est une leçon d'humilité et de sagesse, un refus de tous les manichéismes et de tous les a prioris: Glover est d'abord convaincu à 100% de sa mission, sans l'ombre d'un doute, et il finit par comprendre et estimer la conduite de la vieille dame. Dans la vie, rien n'est simple, comme le disait Renoir, "chacun a ses raisons". Certains y verront également une énième tentative de Kazan d'expliquer sa position devant la Commission des affaires anti-américaines en 1952.
Le DVD est accompagné d'un bonus comprenant un commentaire de 15 minutes de Florence Colombani, Le lyrisme du fleuve sauvage, un bref reportage sur Le Tennessee de Kazan et la bande-annonce du film.
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