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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Ne passons pas à côté des choses simples, 17 août 2007
Peut-être. Peut-être qu'il y a une douzaine d'années, à l'époque où l'Angleterre écrasait le rock mondial à grands coups de Blur, d'Oasis, de Pulp, de Suede, de Radiohead ou de Supergrass, on n'aurait pas forcément porté une grande attention à un groupe comme Razorlight. Seulement voilà, on est en 2007, et le niveau du rock actuel étant ce qu'il est, on n'a, aujourd'hui, tout simplement pas le droit de faire la fine bouche devant un album pareil.
Comme tant d'autres groupes du moment, les Razorlight ont le son, le look et l'attitude qu'il faut, de jolies guitares estampillées 1978-79. Simplement, en plus, eux s'évertuent à continuer de faire cette chose devenue tellement rare et désuète à l'heure actuelle : écrire de vraies bonnes chansons avec des mélodies et des refrains qui claquent, de vraies atmosphères et une véritable identité. Pour une raison qui m'a toujours échappée, on fait souvent réference aux Clash pour parler de cet album. C'est vrai que le phrasé presque rap de Johnny Borrell sur le premier single, le chaloupé et réussi "In the morning", peut évoquer "This is radio clash" ou "The magnificent seven" (dans une version beaucoup plus pop quand même !), mais à part ça, je ne vois pas bien. Clash est l'incarnation absolue du groupe blanc avec ses guitares maigrelettes et ses rythmiques sèches et raides comme des coups de trique. A l'inverse, Razorlight possède de nombreux éléments Soul et groovy comme en témoignent par exemple le déchirant "Who needs love ?" ou le joyeux, entraînant et irrésistible "Hold on". Razorlight n'est pas du tout un groupe froid comme la glace, et la voix forte et vibrante de Johnny Borrell est l'une des principales explications de constat.
Razorlight est également un groupe d'un goût exquis, peut-être trop d'ailleurs, et c'est sûrement là le soucis principal : tout est beau, parfait, en place, la voix, les choeurs, les instruments ; l'écriture et les références sont impeccables, tout ceci faisant que, franchement, la première écoute ne laisse pas un souvenir mémorable. On écoute ça d'une oreille distraite, c'est beau, agréable, bien foutu, mais à la fin, on ne se rappelle d'aucune chanson en particulier. Bref un joli produit, de bonne qualité mais pas franchement mémorable. Et puis au bout de la trois ou quatrième écoute, on commence à tendre l'oreille : "hé, mais cette mélodie est vraiment superbe, hé, mais ce refrain est quand même super accrocheur, hé, mais ce passage instrumental est vraiment surpuissant...". On commence à écouter l'album trois, quatre, cinq fois par jour, et on tombe dedans totalement.
Non, il n'y a pas lieu (encore) de crier au génie, mais le groupe est, à tous les niveaux, tellement au-dessus de la moyenne actuelle qu'on ne peut pas le rejeter d'un simple revers de la main ("America" a même été un tube en France, pays où le rock vendouille misérablement depuis toujours, c'est quand même un signe...). La seule vraie frustration au final (en dehors du fait qu'ils n'ont pas inclus "Somewhere else", le formidable single qu'ils ont enregistré un an avant la sortie de cet album), c'est cette impression que le groupe en a encore beaucoup sous la pédale et que, un jour, il peut faire encore beaucoup mieux que ça (mais bon, avoir du potentiel, c'est bien aussi, il y a tellement de groupes dont on sait dès le premier album qu'ils n'iront nulle part...).
Reste donc que ce disque, encore une fois, est très, très au-dessus de ce qui se fait aujourd'hui, que le groupe a une identité, un son, des chansons, un feeling, et que les quatre musiciens, ça on ne le dit sûrement pas assez, jouent vraiment très, très bien (écoutez un peu "Los Angeles waltz", le morceau dément qui conclue l'album véritablement en beauté). Et tout ça, c'est déjà énorme. Vivement le prochain disque...
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