Cet essai traduit l'amertume d'un grand-reporter envers son propre métier et la société qui le fabrique. Il dénonce un système qui entretient la paralysie de ses éléments. L'Intelligence de cette matrice qui a le culot d'agir en toute transparence sans pour autant susciter la révolution, légitimement attendue. La presse s'est faite à la fois l'opposant et le garant de cette société de l'ininformation. Cet essai, c'est l'aveu de l'impuissance, de la complaisance, de l'hypocrisie et de l'absurdité du raisonnement humain. Il est aussi la preuve d'une conscience et d'un espoir de voir émerger un nouveau journalisme.
Dans cet ouvrage, les auteurs renversent les grands thèmes de notre époque et décortiquent les chemins de l'information tout en restant humbles sur la position qu'ils adoptent à l'égard de ce qu'ils dénoncent. Il est évident qu'un sujet global tel que l'idéologie de la communication n'est pas comparable avec un programme politique ou une décision de justice. Il peut s'appréhender d'une multitude de façons, et jamais complètement. Durkheim recherchait systématiquement la relation cause à effet dans les relations humaines, ici, il est improbable de prétendre à une telle simplification de la nébuleuse « communication humaine » à l'aube du troisième millénaire. La colinéarité des phénomènes contemporains rendrait l'opération impossible. Aussi, l'impression qui se dégage au fil des pages est un sentiment de fatalisme. Il est sans cesse renforcé par l'apport de nouvelles pièces à charge qui viennent enrichir une accusation paradoxalement de plus en plus lacunaire. Plus on essaie de cerner le phénomène, et plus il nous échappe. L'accusé n'est même pas clairement identifiable. Tantôt il est le journaliste, tantôt le lecteur, tantôt l'homme politique, tantôt le grand patron, il porte plusieurs noms et simultanément. Si bien que tous, nous participons à l'entretien de ce système contre lequel nous nous insurgeons, et dont le contrôle nous a échappé depuis longtemps. Ce qui rend ce mécanisme diaboliquement génial, c'est qu'il nous place en spectateur de nos propres erreurs, impuissants et contemplatifs à l'égard de notre traîtresse collaboration.
Les réactions face à cette machine infernale sont extrêmes : d'un côté, on éprouve un besoin frénétique d'information régulière pour ne pas se noyer dans l'inconnu et la nouveauté envahissante ou, d'un autre, un refus catégorique, presque physiologique de tout ce qui a trait à la grande actualité. Le monde tourne trop vite et l'information nous submerge, qui tue le discernement entre ce qui est véritablement important et ce qui l'est moins. Le résultat est le même : devant l'intolérable, nous tolérons.
Quelles sont les pistes proposées par les auteurs pour éviter l'éternel recommencement? La réponse peut sembler inquiétante : une révolution au sein de l'institution journalistique « comme celle qui a agité il y a quelques décennies le monde des historiens ». Sans doute font-ils référence à une remise en cause des vecteurs de la communication, à un profond bouleversement méthodologique, en tout cas, il est question d'une rupture « du monde spectaculaire de la communication » dont nous sommes devenus les pantins. Une ouverture d'esprit, autant de la part de ceux qui font que de ceux qui reçoivent l'information pour briser le mythe de la « représentation ».