Livre acheté un peu attiré par le quatrième de couverture pour approfondir les belles thèses de Nietzsche sur la dette comme rapport social fondamental...
Hélas, hélas on y trouvera principalement une juxtaposition des citations de Nietzsche, des belles thèses de Deleuze sur la monnaie dans ses cours des années 70 (reprises en partie dans l'Anti-Oedipe, et qui prolongent si bien celles de Nietzsche) et du cours de Foucault sur le néolibéralisme, tous textes que l'amateur passionné a déjà sous la main.
Dès qu'il sort de la citation, l'ouvrage devient catastrophique.
Si on veut comprendre les mécanismes très concrets de cette crise financière et de la dette tant privée que publique, qu'on lise par exemple le livre de Roubini, ou alors ailleurs certaines pages sur les inventions diaboliques de Blythe Masters: comprendre que cette crise renvoie à chaque fois à des inventions et des agissements très précis, aussi bien de financiers et banquiers cupides que malheureusement des pouvoirs publics et du régulateur maladroits dans un système monétaire international qui reste entièrement à construire.
Bref, pour reprendre Deleuze, la puissance des questions 'où', 'comment', 'combien' en lieu et place des grosses généralités sur l'Etre... 'la condition néo libérale'.
Malheureusement, l'ouvrage n'est qu'un enchaînement de platitudes sur 'le libéralisme', 'le 'chantage comme mode de gouvernement démocratique', 'le bloc de pouvoir néolibéral', 'le Grand Créancier' etc ... assorties de l'inévitable citation de Lénine dans une rhétorique dont l'auteur n'arrive pas à sortir la tête (s'il l'avait fait, n'a t-il pas remarqué que certains pays sont restés curieusement à l'écart de cette crise, alors pourquoi, comment... comment chacun des autres a plongé, voilà les questions intéressantes...).
On confine au grotesque lorsque l'auteur se brosse en train de construire le 'personnage conceptuel ' de l'homme endetté...allusion évidemment au beau chapitre de Deleuze dans 'qu'est ce que la philosophie ? '; celui ci doit se retourner dans sa tombe avec tous ces épigones laborieux, lui qui déjà en son temps fustigeait les 'nouveaux philosophes' qui ne font qu'agiter maladroitement des concepts beaucoup trop généraux 'comme des grosses dents creuses'...
Voilà, quelques heures de perdues avec un livre inutile: de grâce, cela n'est pas grave de n'avoir pas d'idées nouvelles à nous faire partager sur cette crise, c'est juste ennuyeux de se croire obligé d'écrire un livre.