Soit je suis passée complètement à côté de ce roman (ce qui n'est pas impossible), soit ce numéro 5 des Rougon-Macquart est un très mauvais cru (ce qui n'est pas impossible non plus!). Moi qui suis pourtant une fan absolue tant de l'auteur que de son gigantesque projet littéraire, peindre une histoire naturelle et sociale sous le second Empire, je crois qu'il peut être utile aux deux de leur rendre ce service en prenant tout de suite position pour dire qu'il s'agit (je le rappelle ce n'est que mon avis) d'un des plus mauvais de la série et qu'il ne lui fait vraiment pas honneur. Quelle déception, lorsque Zola fait du
Paul et Virginie, il n'est tellement pas sur son terrain que c'en devient risible et pathétique. Le roman se divise en trois parties, et les première et dernière pourraient à la rigueur faire un peu penser à du Zola, mais cette deuxième partie surtout constitue l'un des pires moments qu'il m'ait été donné de passer en littérature en revisitant le thème du jardin abandonné de la rue Plumet qu'avait exploré Hugo avec parcimonie dans
Les Misérables: ici, du mièvre, du catalogue horticole, du plan-plan à souhait. On voit que l'auteur s'est documenté, un peu trop même, ou trop théoriquement, il a ouvert un traité de botanique et a tout pompé et tout réinjecté dans son texte. C'est pire que dans
Le Ventre de Paris, qui lui, avait une fonction documentaire. Ici, c'est artificiel au possible, on comprend vite que Zola n'y connait rien en jardinage sans quoi il n'écrirait pas de telles invraisemblances sur les végétaux. Bref, le pauvre Émile a sombré dans le pitoyable dans sa seconde partie.
Pourtant, l'objectif pouvait paraître louable au départ, après deux romans parisiens (
La Curée,
Le Ventre de Paris) et deux romans dans une petite ville de province (
La Fortune des Rougon,
La Conquête de Plassans), il a voulu transporter ses Rougon-Macquart à la campagne. Par contre, quel plantage, aussi bien du point de vue de l'utilité pour son projet (absolument aucune valeur de généralisation à un pan de la société sous Napoléon III et il avait déjà traité du monde ecclésiastique dans la conquête de Plassans) que de la réussite purement littéraire. Heureusement qu'il y aura
La Terre pour forger un vrai opus campagnard digne d'intérêt.
Pour conclure, si le scénario peut vous intéresser (au cas où les histoires de curés succombant à la tentation charnelle sont à votre goût, je vous conseillerais plus volontiers
Le moine), il s'agit de Serge Mouret, le fils du couple Mouret de la conquête de Plassans qu'on a vu entrer au séminaire et qui maintenant vient de prendre une cure dans un petit patelin paumé non loin de Plassans (c'est-à-dire Aix en Provence) et qui dans la réalité se situe au pied de la Montagne Sainte-Victoire (Si chère à son ami Paul Cézanne). Là, notre ascète abbé va tomber, par un improbable accident, dans le piège de la tentation auprès d'Albine, une jeune fille "sauvage" vivant au Paradou, version provençale du jardin d'Eden et de la chute qui s'y produit dans la bible. Faites grincer les violons, c'est parti pour du mélo à deux balles façon
La symphonie pastorale en moins bien. Le frère Archangias, la Teuse et Désirée Mouret sont trois personnages hyper caricaturaux très loin de la finesse avec laquelle il sait parfois brosser des portraits percutants.
En somme, si vous aimez Zola, je ne vous le conseille pas, vous seriez déçu, si vous ne connaissez pas Zola, je ne vous le conseille pas non plus car il n'est pas du tout représentatif de l'œuvre si puissante de son auteur. Néanmoins, on peut lui pardonner à notre vieil Émile car il en a écrit tellement de vraiment bons qu'on peut bien fermer les yeux sur ce que j'appellerais "La faute de l'écrivain Zola".