On ne peut pas dire que ce livre n'est pas intéressant. L'atmosphère est très "priestienne", tout en incertitudes, en ambiguités, etc. Par certains côtés, ce roman rappelle beaucoup "la fontaine pétrifiante" du même auteur(qui est à mon avis plus abouti et clair dans sa démarche), avec un ton parfois proche du polar. Comme toujours chez Priest, la question de la perception est au centre du récit -le lecteur se retrouve ainsi balloté entre des versions contradictoires dont on ne sait si elles sont le fruit des personnages ou de l'auteur lui-même, ce qui rend le procédé parfois assez agaçant. Satire de l'ère Tchatchérienne,délire métatextuel, plaidoyer antinucléaire (bon, là j'exagère peut-être un peu): malgré les apparences, "Une femme sans histoires" n'a rien d'un banal polar. C'est de la science-fiction, oui, mais celle-ci reste vraiment TRÈS discrète.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce livre. Il est à la fois intéressant, bien écrit, souvent passionnant dans ses thématiques...mais aussi particulièrement confus et pas très maîtrisé à mon avis. Pour faire une comparaison cinématographique, c'est un peu l'équivalent anglais du Twin Peaks de David Lynch - moins en monstration et plus en suggestion, mais tout aussi surréaliste et inattendu...Comme chez Lynch, l'histoire est finalement incompréhensible, ce qui plaira à certains...et agacera tous les autres.