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5.0 étoiles sur 5
Le portrait au vitriol d'un couple d'Américains... un chef d'oeuvre hallucinant, 14 mai 2009
« La fenêtre panoramique » est le portrait sans concessions d'un couple d'Américains, Frank et April Wheeler, en pleine déchirure, qui se ment à lui-même et cherche désespérément à s'évader d'un quotidien étouffant sans pour autant y parvenir.
Les thèmes développés dans la 1ère partie du roman sont autant de gifles reçues en plein visage, qui ne nous laissent pas indifférent et nous poussent, bien malgré nous, à nous remettre en question.
Parmi ces grands thèmes on trouve : le renoncement à ses rêves, les désirs refoulés, le besoin d'être anti-conformiste, le mensonge, l'adultère, le mépris des autres, les faux-semblants, le désir d'échapper à la médiocrité, le besoin viscéral d'avoir un projet pour se sentir exister, l'envie de se « trouver », de savoir qui on est au plus profond de nous même.
Toutes ces évocations nous renvoient inlassablement à cette simple réflexion « tout ce qui brille n'est pas or », car finalement, que savons-nous des gens qui nous entourent, de leur passions avortées, de leur dégoût, de leur peur et de ce qui hante les profondeurs de leurs âmes ?
La 2ème partie est, quant à elle, tout aussi cinglante, bien qu'elle soit pour le couple Wheeler ce qu'on pourrait nommer une période de transition. Le couple a le projet de s'expatrier pour l'Europe, ils sont donc de nouveau en phase, malgré les non-dits qui représentent l'équivalent d'une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Cette 2ème partie est donc davantage consacré aux personnages qui gravitent autour d'eux (amis, patron, collègue de travail). Les petits travers de l'être humain y sont une fois de plus passés au crible, avec toujours cette idée omniprésente du renoncement à ses rêves qui représente un poison dans l'esprit de chacun. En prime, quelques notions telles que : la suffisance, l'hypocrisie, la convoitise, les préjugés ou la jalousie nous explosent en plein visage. Richard Yates est, sans conteste, un auteur redoutable doué d'un style implacable. Ici, il faut oublier le politiquement correct car rien de ce qu'on lit ne l'est, l'auteur dissèque l'être humain de main de maître et ne nous laisse que très peu de répit. La fin de cette partie amorce le drame auquel on va assister dans la 3ème partie, drame que l'on pressent particulièrement éprouvant. A noter cette petite phrase qui nous taraude l'esprit : « le vide sans espoir »...
La 3ème partie est la plus percutante. April Wheeler tombe enceinte et, sous la pression de son mari, consent, non sans mal, à repousser leur projet de départ pour l'Europe. Jusque là, rien d'exceptionnel, mais qui dit abnégation dit rancune et sentiment de ne pas exister pour l'autre, de n'être pas entendu et compris. Qu'est-ce qui est pire dans une vie réglée comme du papier à musique, que l'évidence de l'échec ? Comment accepter le fait que l'on a vécu dans l'illusion, que l'on s'est menti en tout et pour tout ? Un mariage sans véritable amour, des enfants dont on ne voulait pas vraiment, une petite vie bien « gentille » qui nous horripile car elle ne correspond à rien de ce que l'on avait imaginé. Comment accepter de voir se flétrir tous nos idéaux ?
Si une échappatoire existait, quelle serait-elle ? On peut évoquer la folie dont souffre John Givings, mais au fond, est-il vraiment fou, ou n'est-ce pas la société qui l'a enfermé dans cet état car les questions qu'il posait étaient trop dérangeantes ?
Le fait qu'April et Franck se déchirent et s'envoient des vérités douloureuses et violentes, n'est en fait que l'écho des frustrations d'un couple qui ne prend plus le temps de s'entendre, de se regarder, de se comprendre et d'évoluer ensemble. La seule issue pour April sera un avortement ou elle perdra la vie, en laissant derrière elle deux enfants, un mari hébété qui n'a rien compris, et un amant d'un soir qui la pleure en secret...
Cette fin, certes dérangeante, est d'un rare réalisme de part la volonté de l'auteur d'avoir été au bout de son idée : face à une petite vie médiocre et méprisable, la seule délivrance possible est dans la mort ou l'oubli de sa propre conscience. Comment rester indifférent face à un tel propos ?
Pour conclure, je ne peux que recommander ce roman, que je place parmi les chefs-d'oeuvres de la littérature et qui m'inspire cette pensée de Saint-Exupéry : « Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve. »
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