Que j'aime ce film ! Franju souhaitait faire un remake de Fantômas et dut se rabattre vers la création de Feuillade, Judex. Aidé au scénario de Francis Lacassin, le grand spécialiste de Souvestre/Allain, Gustave le Rouge, Maurice Leblanc et autres admirables créateurs de la littérature populaire de la Belle époque, il nous a livré un film d'une beauté et d'une élégance mémorables. Autour du banquier Favraud, parvenu à la richesse par les manoeuvres et le chantage, et de sa douce fille (Edith Scob), manoeuvrent deux groupes d'individus masqués : à ma gauche, Francine Bergé (quelle classe, quel mystère !), qui s'est introduite dans le château du banquier comme préceptrice mais est en réalité une redoutable monte-en-l'air; à ma droite, Judex, mystérieux prestidigitateur, qui semble vouloir appliquer sa Justice à la façon d'un Batman des temps pré-modernes.
Enlèvements, dissimulations, bagarres, course-poursuites, cambriolages se succèdent sans désemparer et le charme inimitable du roman français de la belle Epoque est sublimé par la mise en scène précise, attentive et suprêmement élégante de Franju. Que d'images mémorables : la première apparition de Judex et de son masque d'oiseau, la prison souterraine du banquier, l'attaque des monte-en-l'air costumés de noir sur l'immeuble où est retenue Edith Scob, la bagarre de l'acrobate et de Francine Bergé, la chute finale de celle-ci...
Un chef d'oeuvre.