La pochette et le titre donnent le ton – sombre – de cet album a thème. L’intro, discours volontiers prophétique, se prolonge avec le morceau-titre, impressionnant et hiératique, gonflé de samples d’œuvres orchestrales aux chœurs d’opéra, développant une vision d’Apocalypse.
Les 18 morceaux produits par John Doe, José Don Lab et Sulee B Wax se partagent entre un rap sombre (
« Au sommet de Paris » avec Kohndo,
« Sans regret » avec Rocca – tous deux membres de La Cliqua), mélodies lyriques (
« Les Maîtres du monde »,
« L’impasse ») et séquences rap/R&B (
« Ita Est » avec Lisa Doby,
« Si loin, si proche » avec Wallen). Ce bel album contient des nombreux textes soignés par le talentueux Abd al Malik, souvent ponctués d’allusions religieuses – le logo du groupe est d’ailleurs placé sous le croissant et l’étoile islamiques. Le groupe traite du quartier du Neuhof avec des refrains entraînants (
« La ligne du 14 », «L’impasse »), de la génération « came, SIDA et violence » (
« Le chant des signes » avec Sté Strausz) et des ravages de la drogue dure (
« Les maîtres du monde »).
Les invités sont nombreux sur ce disque – et pas les moindres, puisqu’on retrouve Rockin’ Squat et Radical Kicker d’Assassin (
« Propos sur le pouvoir »), Faf Larage (sur l’excellent
« Cinq ans de répit », récit d’un tueur à gages rattrapé par son passé) ou encore Shurik’N et Freeman d’IAM (respectivement
« Pas même un sourire » et
« Le Triangle des Bermudes »).
Si le flow des MCs de N.A.P. n’a rien d’extraordinaire, la force groupe – et de ce disque – est dans ses textes et ses atmosphères musicales très visuels, où l’espoir et la foi le disputent au désespoir et à la tristesse. Entre hip-hop social et science-fiction apocalyptique, le groupe affirme une certaine parenté avec IAM.
A noter au dos du livret, ce mot du philosophe Ludwig Wittgenstein qui pourrait résumer « l’esprit NAP » : « Contentez-vous de vous améliorer, c’est tout ce que vous pouvez faire pour améliorer le monde ».
Paula Haddad - Copyright 2012 Music Story