Au chapitre 2 Chari'a et institutions financières islamiques, Abdel Maoula Chaar écrit aux pages 54 et 55 que la finance islamique dénie toute valeur intrinsèque à la monnaie, que la monnaie n'a d'autre utilité que de faciliter les transactions en servant d'étalon de mesure et que cette interprétation a une très forte connotation aristotélicienne, Aristote ayant, selon notre auteur, développé la thèse de la stérilité de la monnaie.
Or,
Ubada ibn as-Samit a rapporté que le Prophète Mohamed (paix et prières soient sur lui) a dit:
L'échange de l'or contre de l'or, de l'argent contre de l'argent, de la monnaie (en papier) contre une monnaie de la même nature, du blé contre du blé, des dattes contre des dattes doit se faire en parfaite égalité et séance tenante. Quiconque donne un surplus ou l'exige tombe dans l'usure.
(Rapporté par Mouslim dans son Sahih).
Aristote écrit au Livre V, Chapitre V, lignes 1133a33- 1133b1, de son Ethique à Nicomaque qu'
il y aura réciprocité, quand les marchandises ont été égalisées de telle sorte que le rapport entre cultivateur et cordonnier soit le même qu'entre l'oeuvre du cordonnier et celle du cultivateur.
Sans valeur intrinsèque, la monnaie de la finance islamique favorise les transactions monétaires déconnectées de l'économie réelle ou à des fins purement spéculatives, ce qui est interdit. (Avant Propos, p. 27)
Sans valeur intrinsèque, la monnaie de la finance islamique favorise l'usure.
Rappelons qu'en tant que religion, l'Islam concerne la pratique et non la théorie pour arriver à une perfection. Cette perfection, la soumission à Dieu par appel à la miséricorde et à la bienveillance de Dieu, permet d'arriver à la purification du caractère de l'individu et à l'établissement de la justice dans la société humaine. L'Usul al-fiqh, ou les racines de la loi, énoncent la compréhension exacte, ou fiqh, de la chari'a, ou de la voie pratique à suivre pour arriver à cette perfection en observant les principes du droit, et non les principes de la finance, islamique. Ce n'est qu'en n'octroyant la qualification de monnaie uniquement à une chose possédant une valeur intrinsèque, que la pratique de lutte contre l'usure puisse débuter.