Des Fleurs Pour Algernon est, à la base, un célèbre roman écrit en 1966 par un professeur en psychologie, Daniel Keyes.
Un roman au style unique, puisque se présentant sous la forme d'un carnet intime écrit par un attardé mental du nom de Charlie, commis dans une boulangerie. Cet attardé va servir de cobaye pour une expérience scientifique censée décupler l'intelligence.
Emouvant jusqu'aux larmes, ce roman possède la très grande force de faire appel à des choses incroyablement profondes en chacun de nous. On se reconnaîtra ainsi à un quelconque stade du développement de Charlie, d'abord souffre-douleur et risée de son entourage à cause de son handicap, pour mieux se confronter par la suite aux limites intellectuelles de ceux qu'il admirait tant avant de devenir lui-même une sorte de génie.
C'est avant tout l'histoire d'un pauvre homme qui n'est jamais en phase avec ses contemporains, qui ne pourra jamais l'être, et c'est donc ce déchirement littéraire que porte à l'écran (tv) Daniel Delrieux en 2006.
Que reste-t-il de cette oeuvre poignante et tragique dans son passage au format télévisuel? Ma foi, le résultat est très loin d'être inintéressant.
C'est sûr qu'on nous ôte ici ce plaisir singulier de constater l'évolution progressive de l'expression écrite de Charlie, via ses comptes-rendus grossiers et bourrés de fautes, pour s'affiner au fil du temps et devenir hautement littéraires au plus fort de son intelligence. Forcément, en format téléfilm, le développement du héros est déjà beaucoup plus rapide et ne peut qu'être suggéré visuellement, au travers des attitudes du personnage.
En cela, il faut rendre grâce à Julien Boisselier, qui campe ici Charlie, un exercice casse-gueule qui ne pardonne pas. Et il s'en tire plus qu'honorablement, parvenant à se montrer crédible de bout en bout sans jamais trop en faire. Une performance qui mérite les honneurs.
L'adaptation en elle-même est réussie, en proposant une relecture très intéressante, qui sait prendre ses distances sans pour autant trahir l'oeuvre d'origine, en choisissant par exemple de traiter les effets secondaires qu'un tel traitement pourrait occasionner, ce qui augmente encore davantage la distanciation entre Charlie et son entourage.
Au final, on obtient un adaptation très intéressante par sa réactualisation, qui ne fera certes pas d'ombre au chef-d'oeuvre original, mais qui remplit vraiment bien son office. Et ce n'était pas chose aisée avec un roman de départ si particulier. Un bon point!