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L’Autre et la Vénus de Willendorf.


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Message initial: 28 janv. 14 23:14:46 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 12 févr. 14 10:14:39 GMT+01:00
L'Autre et la Vénus de Willendorf

Il est devenu banal de constater que, sur un site tel que celui-ci, un certain nombre d’échanges partent régulièrement en sucette, quelque part tout là-haut, entre la terre et la lune, parfois plus loin encore, au-delà de la planète Davos et du système solaire, ce qui m’amène à penser depuis bien longtemps, et avec d’autres d’ailleurs, que c'est au final l'effet collatéral – hélas, inévitable -, de ce type de d'échanges, où personne en fin de compte ne sait rien de l'Autre ; qui est véritablement l’Autre ; l’Autre, qui, comme le disait si bien Carmen, avance dissimulé, avec un pseudonyme, avec des masques ; ou bien des visages stéréotypés, vides ; ou bien des images irréelles - métaphoriques, symboliques, allégoriques, mais toujours irréelles, inhumaines donc.

Et en l’absence rédhibitoire de contact visuel, auditif, olfactif, charnel aussi, naît alors chez la plupart d’entre-nous, face à ce petit écran gris où clignote le logo Amazon, une silhouette de l’Autre élaborée, fabriquée de toutes pièces, par nécessité ; tant il est vrai que la nature à horreur du vide ; et tout particulièrement celle de l’imaginaire, cette boîte à malice, ou de Pandore, selon les caprices psycho-météo du moment, dont la principale vertu est d’amasser et de combiner inlassablement le melting-pot de ce dont elle dispose, d’instant en instant, pourvu que ça calme sa fringale permanente.

Alors, cet imaginaire boulimique, dont la seconde particularité, et pas des moindres, est de prendre la plupart du temps des vessies pour des lanternes, mais sans la sensation de se brûler - sensation, qui, pourtant, lui serait salvatrice -, en arrive à confondre l’Autre, cet illustre inconnu, avec la petite construction patiemment gonflée à l’hélium dans son imaginaire, ce minuscule bibendum virtuel bâti avec le bric et le broc des vagues impressions qui ont transpiré, filtré, jour après jour, semaine après semaine serait plus juste, au travers d’un écran de 17 pouces où luit, toujours égal à lui-même, le même petit logo d’Amazon semblant donner de la stabilité au temps qui passe, d’une connexion à l’autre.

Et pendant ce temps là, l’Autre, constitué de ses 78% d’eau, d’os et de protéines, soit la personne brute de décoffrage, la vraie, avec ses 85 kg, bien confortablement installée dans son double 44 aux semelles de crêpes, déguste son petit expresso serré par à-coups, sourcils froncés, ça brûle, juste après avoir pris sa douche et s’être passé son déodorant en stick large sous les aisselles pour éviter de transpirer, afin d’être à même d’écouter, relax, un quart d’heure plus tard, au volant de sa Kangoo de fonction, Cyril Hanouna sur Europe, la star bibend-up du moment sortir ses vannes habituelles qui auront pour effet de le décrisper avant qu’il n’entame cette journée à la noix, où il devra répondre aux clients mécontents, lui, le préposé au SAV en électroménager dont le sourire d’une oreille à l’autre, se devra de déployer sa double rangée en céramiques impeccables.

Et pendant que l’homme aux semelles de crêpes, derrière son comptoir du SAV, a calé, pour la journée, ses fantastiques rangées de céramiques étincelantes en mode porte ouverte, son minuscule double psycho, lui, flotte, au même moment, dans ce lointain imaginaire qui l’a miraculeusement doté de cette petite vie nébuleuse, au c½ur d’une forêt de neurones, douillettement lovée sous la calotte d’un individu lambda situé je ne sais où, tout là-bas, au fin fond de l’hexagone, ou peut-être ailleurs, sur les Îles Kerguelen, ou Davos, on ne sait, sous la forme de ce petit bibendum gonflé à l’hélium évanescent dont le look suit la météo des coms que l’homme aux semelles de crêpes, a, entre deux clients, régulièrement balancé sur Amazon, pour se ménager une pause, décompresser aussi, histoire de ne pas perdre ce sourire en céramique tiré au cordeau, SAV quotidien oblige.

Donc, d’un côté, la personne brute de fonderie de 85 kg parée de son inamovible sourire aux céramiques derrière le comptoir de son service SAV, et, à des centaines ou des milliers de bornes de là, son double psycho, sous la forme de ce minuscule bibendum évanescent hébergé dans la forêt de neurones du quidam qui lui offre le gîte et le couvert en lui refilant de temps en temps un petit coup de gonfleur à l’hélium pour le maintenir, tout là-haut, bien au chaud dans le hamac de ses représentations, plus prosaïquement, son imaginaire.

Il va sans dire que si l’on comparait l’allure de l’homme aux semelles de crêpes, à celle de ce minuscule bibendum, censé représenter son double, à la condition qu’on puisse l’extirper délicatement de son univers fantasmagorique à l’aide d’une pipette, au c½ur de la cervelle de celui qui l’héberge, pour le déployer ensuite, avec application, en étirant sa délicate matière ectoplasmique afin de le mettre à l’échelle de l’Autre que l’on aurait invité à se rendre sur place, pour ce, on ne manquerait pas d’être visuellement surpris par les différences.

Surpris est un euphémisme.

Eberlué plutôt.

Baba serait plus juste.

D’abord l’absence totale de ressemblance.

Il n’y aurait aucune ressemblance.

Ou alors très très vague, lointaine.

Telles ces petites vénus du paléolithique en calcaire découvertes par centaines et dont l’opulent volume des fesses et des seins dessinaient à eux seuls l’essentiel de la silhouette.

Exemple typique et généreux de la représentation féminine dans l’univers imaginatif de notre lointain ancêtre chevelu du magdalénien, qui, dans un petit bloc de stéatite, sculptait un copié-collé de l’image qui se déployait dans son esprit, la nuit, quand il songeait à sa compagne, en contemplant peut-être la lune dans sa phase pleine, ronde, emplissant le ciel, juste au-dessus du feu à l’entrée de la grotte destiné à éloigner les prédateurs.

Femme-bibendum fantasmagorique à des années lumière de sa véritable compagne, elle, hirsute, vêtue de sa peau de loup, et surtout svelte comme une gazelle, condition sine qua non pour détaler et escalader en deux temps trois mouvements le premier arbre venu jusqu’à sa cime, afin d’échapper aux redoutables mâchoires du tigre aux dents de sabre ou du cochon tueur.

Plus près de nous, Giacometti avec ses silhouettes d’hommes et de femmes ficelles, versions, elles, indéfiniment étirées dans le bibendum de l’imaginaire, pour traduire l’évanescence de nos vies passagères, existences toujours prêtes à se rompre et se dissoudre sur le fil de l’instant qui passe, à l’image de la statuette emblématique de cet homme filiforme qui marche indéfiniment, dépouillé du superflu, et réduit à l’essentiel de son être, voulu sans forme ni visage par Giacometti.

Fernando Botero aussi, bien sûr. Et qui, tel son ancêtre du magdalénien, a toujours paru dédaigner le réel et ses formes convenues, banales, pour lui préférer la large circonférence, l’opulence enveloppante, la générosité de silhouettes rondes et de bourrelets voluptueux, nées d’une douce géométrie onirique qu’il a déployée dans son imaginaire en restituant son plein pouvoir à l’hélium modeleur ; au point de nous donner l’impression que ces silhouettes rebondies à l’excès qu’il a élaborées, vont s’élever, doucement, comme des aérostats, en dépit la roche noire, lourde, où on les découvre modelées ; miracle de la légèreté lascive du fantasme qui transfuse son antigravité à la forme ; et qui donne cette légèreté douce comme l’épiderme de la pêche, à la pesanteur rêche du quotidien.

Dans un autre registre, Picasso. Picasso, qui, un instant tenté par l’univers aux formes rondes et charnelles où prospère l’imaginaire magdalénien de Fernando Botero, a fini par choisir le brasero des forges souterraines de son imaginaire ibérique, pour y produire ces impétueuses turbulences qui ont modelé, sculpté, au c½ur de son bibendum fantasmagorique, ces visages et ces silhouettes déformées, convulsés, désarticulées ; témoins figés de ces puissantes forces tectoniques qui sourdent des profondeurs, et qui instillent dans nos pensées leurs spectres de couleurs sombres qui s’acharnent à diviser, opposer, morceler, afin de parfaire le nid où s’affrontent les pulsions de vie, pulsions de mort, dont le tumulte se mutualise, cycliquement, pour déferler sur le monde en le broyant et en le scarifiant, afin de le parer du masque et des stigmates à chaque fois plus indélébiles de la déesse guernica.

Jérôme Bosch également. Jérôme Bosch dont l’imaginaire a fini par délaisser l’austère beauté soporifique de ces paradis rococos et affectés, peuplés de cette noria d’anges replets figés dans leur ennui rose, pour leurs préférer le chaos des profondeurs, au sein duquel l’hélium modeleur se dépouille de sa vertu pour se laisser aller laisser à l’extravagance des chimères, la puissance de l’hallucination, où se mêlent indistinctement le beau, le laid ; le paradis, l’enfer ; le délice, l’effroi ; la rédemption, la damnation.

Et puis retour à la case départ, à notre propre petit bibendum.

Notre propre bibendum fantasmagorique qui, à l’enseigne du caméléon, se pare de toutes les nuances ; chatoyantes, ternes ; joyeuses, tristes ; colorées, grises ; vives, sombres ; teintes qui évoluent sans cesse ; se modifient, glissent de l’une à l’autre ; se renforcent, permutent ; s’éclaircissent, se foncent ; se métamorphosent au gré de notre humeur ; de notre rapport aux choses, aux autres, au web, la pub, facebook, google, amazon, dont le flux informatif nous traverse en permanence, nous malaxe à notre insu, nous triture et nous refaçonne, en redessinant, par la même occasion, la géographie mouvante de cet imaginaire peuplé, non par une, mais une multitude de petites créatures ; toutes plus fantasques les unes que les autres, avec son lot de laids, de beaux ; de chics, de moches ; de sympas, de stupides ; de querelleurs, de conciliateurs ; d’idiots, de charmants ; de discrets, d’arrogants ; qui se produisent en permanence sur la scène de notre théâtre fantasmagorique, les unes après les autres - ou en groupe -, en fonction de l’importance que nous leur octroyons ; tant il est vrai que les compliments, les éloges, les flatteries, tout comme les huées, les vociférations, ou les insultes dont nous les gratifions, constituent le mets dont elles se sustentent avec délectation.

Toute une cour des miracles que nous hébergeons tout là-haut, en leur procurant en permanence la piaule et le couvert gratis.

Et pendant ce temps-là, pierre, paul, hugues, joao, delphine, - notre homme aux semelles de crêpes -, soit tous ceux qui ont fait naître, sans le savoir, un peu partout dans l'hexagone, ces minuscules doubles fantasmagoriques, vaquent, eux, à leurs occupations ; l’un livre des pizzas à Montélimar ; l’autre sirote une leffe à Nice ; le troisième bulle aux Îles Glénans ; le quatrième prend le tram à Nantes ; la cinquième lit dans le métro, l’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire ikea ; pendant que le sixième déploie imperturbablement ses céramiques d’une oreille à l’autre derrière le comptoir de son SAV d’Issy-les-Molineaux ; en ignorant, qu’au même moment, loin de là, l’une de ses représentations fantasmagoriques se fait décaniller, canarder à coups tomates - avec retour à l’envoyeur -, dans les neurones d’un gus qui se la joue en mode feed-back dans sa calotte crânienne.

Une Pet-Scan en temps réel serait révélatrice.

Sur l’écran, le feu d’artifice de deux zones préfrontales du néocortex étroitement imbriquées qui se tirent des bourres, avec décharges en boucle de neurotransmetteurs qui se la jouent pugilat en opposition de phase sur la même carte mère.

Je te déteste, moi non plus.

Va te faire voir, moi aussi.

Un subtil auto entubage avec vaseline invisible et double certificat d’authenticité qui ne cesse d’amener en surchauffe la carte mère dont le double-core de temps à autre, disjoncte.

Toute la complexité d’homo sapiens qui en est arrivé à oublier que le kaléidoscope de ses représentations fantasmagoriques, et lui, ne faisaient au final qu’un.

Sous la même calotte.

L’acteur et le spectateur aussi inséparables que peuvent l’être la paume, et le dos de la même main.

Si bien que lorsque nous caressons dans le sens du poil nos petites formations fantasmagoriques, c’est en premier lieu nous que nous choyons.

Et quand nous les vilipendons et les maltraitons, c’est également et avant toute chose, nous, que nous blessons et meurtrissons.

Tu es cela, ta tvam asi, l’un et le multiple, disaient déjà les vieux poètes védiques de la préhistoire.

Pat.

Publié le 29 janv. 14 18:28:44 GMT+01:00
Si tu te présentes aux élections municipales de ta charmante contrée, je vote direct pour toi !

En réponse à un message antérieur du 29 janv. 14 18:54:35 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 29 janv. 14 19:03:20 GMT+01:00
Salut Blood :))

Yes, faut donc que je maîtrise sur le bout des doigts la recette du panier de crabes accompagnée de sa sauce magouille... et servie avec son pot de vin... ça devrait le faire...

Pat.

Publié le 30 janv. 14 00:21:14 GMT+01:00
[Supprimé par l'auteur le 30 janv. 14 19:02:04 GMT+01:00]

En réponse à un message antérieur du 30 janv. 14 10:31:53 GMT+01:00
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