Avec Josey Wales Hors-la-loi, le meilleur western des années 70 et un des oeuvres majeure du genre. On peut certes voir le film comme une parabole sur la guerre du Vietnam, mais le film s'inscrit aussi et peut-être d'abord dans le genre du western. A sa sortie, le film fut considéré comme...fasciste ! Il est vrai qu'il rompait fortement avec le genre sur plusieurs points: tout d'abord, il se distançait des films pro-indiens "naifs", parfois passionnants, mais souvent enclin à installer un nouveau mythe, celui du "bon sauvage"; en montrant un officier américain chrétien obligé de se questionner sur ses impératifs idéologiques, il rompait également avec une certaine assurance de la culture blanche; enfin, la violence y était montré dans sa crudité, sans fioriture, en évitant de tomber dans les poncifs de la stylisation de la violence propre à Sergio Leone ou à Sam Peckinpah. La stylisation de la violence tend à nier par son esthétique les effets de la violence.
Aldrich et ses scénaristes s'attachent surtout au personnage de Lancaster qui est sans doute le porte-parole des auteurs du film: personnage désabusé et fatigué, il donne au film un ton triste, jamais complaisant. Bruce Davison y campe un jeune officier chrétien, sans doute bien intentionné, mais qui peine à comprendre le monde auquel il a affaire. On peut se poser la question de ce qui choquait à l'époque la majorité des spectateurs et des critiques: peut-être était-ce de montrer l'altérité, la culture apache en l'occurrence, dans son ambiguité alors qu'habituellement l'altérité est montré soit positivement (ces gentils étrangers, avec leur merveilleuse culture humaniste et spiritualiste), ou négativement (des monstres, ne faisant pas parti de l'espèce humaine). Ce film réussit l'exploit rare de nous montrer une altérité certes cruelle, voire monstrueuse, mais humaine tout de même et à nous questionner sur notre propre humanité. En un mot, un chef d'oeuvre !