"Un fusil dans la main, un poème dans la poche" : un titre qui résume les contradictions d'un étudiant épris des concepts sur la liberté des peuples formulés dans les cénacles universitaires parisiens et dans une rhétorique révolutionnaire maladroite et qui, après son enrôlement dans les maquis en Rhodésie, est confronté aux impondérables d'une réalité qui lui échappe. Que la libération d'un peuple est difficile. Le combat généreux de ce jeune homme ne dissimule-t-il pas sa vanité? Une lutte pour la liberté et une "africanité" dont il devient la victime expiatoire après avoir été son tyran. C'est un bel ouvrage de jeunesse, passionné, militant et fataliste sur les nouvelles indépendances confisquées par les bourgeoisies administratives avec la complicité des anciennes puissances colonisatrices. Mais, pouvait-il en être autrement ? La critique est facile comme nous en fait part l'auteur, mais dans les faits, était-ce possible ? Ce roman, enfin délivré de l'oubli, a une très grande force historique. Un bouquin que de nombreux combattants des régimes racistes de Rhodésie, d'Afrique du Sud et des colonies portugaises mettaient dans la poche de leur treillis avant de partir à l'assaut.
Si le style de la narration est parfois maladroit, ce premier roman de Dongala E. a une force, une passion, une honnêteté que les décennies n'ont pas ternie.
Un bel hommage sur le vif à ces combattants de la liberté. Eux ont osé aller au bout de leurs aspirations !