Précis intéressant qui nous fait revivre la garde prétorienne au cours des âges, de Scipion l'africain à Constantin le Grand, en passant par toutes les étapes de ses mutations. Bien sûr est abordé, avec force détails, le rôle que joua ce corps d'élite auprès des empereurs romains dans leur élévation, comme dans leur chute, complété par un portrait des préfets du Prétoire les plus marquants.
Cependant je regrette que certaines hypothèses, au demeurant fort possibles, émises par des historiens, se transforment ici en certitudes absolues. Par exemple, on peut citer, l'empoisonnement de Claude par son épouse Agrippine, l'étouffement de Tibère par Macron, préfet du Prétoire...
Quant aux délires érotiques de Tibère à Capri, dont fait allusion l'auteur, rapportés de l'antiquité du fait de Dion Cassius, Tacite et surtout Suétone, donc tous non contemporains des faits supposés, tournent tous autour de thèmes alors répandus à l'époque. De plus curieusement, ces faits sont toujours mis à son discrédit lorsque Tibère est sur une île, Capri ou plus avant dans la chronologie à Rhodes avant qu'il ne fût empereur; en fait là où il menait une vie retranchée du monde, dont personne ne devait savoir grand-chose de sûr au moment où ces auteurs écrivaient. Mais durant sa vie publique, qui dura quand même 25 ans, aucun reproche à lui formuler, pas même une allusion quant à une attitude lubrique, une simple liaison scandaleuse ou non, rien absolument rien, ce qui n'était pas banal à l'époque... Sinon l'affirmation, par ces mêmes auteurs, d'un comportement prudent et réfléchi.
Pline l'Ancien ne souffle mot de la luxure du prince dans son Histoire naturelle, pourtant contemporain des soi-disant faits... Philon d'Alexandrie autre contemporain du prince, le dit avoir de la répugnance pour tout ce qui est charme de l'adolescence... Ces deux écrivains survécurent à Tibère, et n'auraient pas manqué, dans l'hypothèse où ils auraient eu peur de le faire de son vivant (rappelons-nous Tibère était cruel ...), surtout pour Philon, de rétablir la vérité à sa mort, surtout devant la joie qu'elle provoqua...
Curieux qu'un homme soit qualifié d'austère dans toutes les acceptions du terme quand on le voit et de libidineux quand on ne sait ce qu'il fait et qu'on ne le voit plus... A entendre ses détracteurs, les îles devaient inspirer Tibère, mais alors que les îles...
Que ces calomnies aient pu traverser les âges grâce à leur coté croustillant, soit, même si la vie de Tibère les contredit avec force. Mais que des historiens aujourd'hui continuent à les colporter sans nuance, interroge beaucoup plus.
En revanche l'auteur, me semble-t-il, a bien restitué à Séjan, préfet du Prétoire, sa vraie part dans les cruautés souvent imputées dans la foulée à Tibère. Quant au séisme qu'entraîna la chute de Séjan avec son cortège d'horreurs là, encore, le prince est mis à contribution bien malgré lui... Pour la mauvaise humeur des prétoriens, suite à cette affaire, dont l'auteur fait allusion dans ce livre, elle est sans doute beaucoup plus due au manque de confiance que leur accorda Tibère, préférant substituer les prétoriens par les vigiles pour l'arrestation de leur chef, que de sa destitution proprement dite.
Malgré une lecture critique qui me parait nécessaire, cette histoire de la garde prétorienne est intéressante à lire, et se lit agréablement.