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Des gens très bien Poche – 8 février 2012

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Extrait

Né Jardin, je sais qu'il n'est pas nécessaire d'être un monstre pour se révéler un athlète du pire. Mon grand-père - Jean Jardin dit le Nain Jaune - fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur du plus collabo des hommes d'État français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vél d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était donc son directeur de cabinet ; son double. Ses yeux, son flair, sa bouche, sa main. Pour ne pas dire : sa conscience.
Pourtant, personne - ou presque - n'a jamais fait le lien entre le Nain Jaune et la grande rafle, étirée sur deux jours, qui coûta la vie à la presque totalité des 12 884 personnes arrêtées ; dont 4 051 enfants.
En tout cas pas les Jardin ; et certainement pas mon père Pascal Jardin, dit le Zubial. Trop habitué à congédier le réel.
Les secrets de famille les mieux gardés s'affichent parfois sous leur meilleur profil. Dans une lumière éblouissante qui les rend presque invisibles. Comme ces toiles de maîtres volées sous Hitler à des collectionneurs juifs puis accrochées aux murs des salons allemands. Les héritiers actuels ont beau les avoir sous le nez, éclairées avec soin, aucun ne voit leur origine glaçante. Ma famille fut, pendant un demi-siècle, championne toutes catégories de ce sport-là : s'exhiber pour se cacher. Mettre du plein soleil là où, chez nous, il y avait eu trop de nuit et de brouillard. En ayant le chic pour enrober l'intolérable de bonne humeur, d'ingénuité et de pittoresque. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

Dans le livre magnifique qu'il a consacré à son père Ramon, Dominique Fernandez a récemment essayé de comprendre les raisons pour lesquelles un esprit brillant soudain dérailla pour son infortune. Rien de tel dans ces pages. À toute tentative d'explication, Alexandre Jardin oppose un refus d'ordre moral. Sur son grand-père, cet habile qui sut si bien naviguer au risque de se perdre, il porte un jugement implacable. À le lire, on mesure combien a changé, en l'espace d'une ou deux générations, notre regard sur les années noires. Pendant longtemps, on tint compte du patriotisme supposé des uns et des autres. Aujourd'hui, c'est la responsabilité morale et collective de millions de Français, témoins de l'horreur nazie, qui se trouve en jeu. Le fait d'avoir changé de camp au moment où tout bascula, c'est-à-dire en 1942, ne protège plus des pires soupçons, comme en témoigne ici le traitement de choc administré à Maurice Couve de Murville, nommément désigné comme le responsable de l'aryanisation des biens juifs pendant les premières années de l'Occupation...
En dépit de ses liens avec la Résistance et de l'aide qu'il accorda à certains Juifs, comme l'historien Robert Aron, Jean Jardin doit-il être tenu pour l'un des responsables de la terrible rafle ? Dans l'extraordinaire dossier à charge réuni par son petit-fils, rien ne le prouve de manière formelle. La parole est maintenant aux historiens. (Eric Roussel - Le Figaro du 6 janvier 2011)

Magistral exposé de psycho-généalogie, Des gens très bien crève le moelleux feutré du divan pour sonder le gouffre de l'Histoire et de la mémoire. «Soudain, j'ai peur. Pour la première fois de ma vie, j'accepte de perdre pied» : en lâchant prise, Alexandre Jardin retrouve l'équilibre et prend de la hauteur de vue. Au détour de phrases pudiques et cinglantes, il dénonce une certaine tendance française à l'autopersuasion, à l'illusion d'intégrité. Il démonte le mécanisme de toute prise de conscience pour dépoussiérer une à une les pièces qui la constituent : doute, renoncement, honte, sursaut de confiance, bourgeonnement de l'évidence, renaissance...
C'est tout le pouvoir d'envoûtement de ce livre : par effet de ricochet, il vient toquer à la fenêtre de chacun et invite à relire sa propre histoire. Alors le titre prend une autre tonalité. Des gens très bien, ce sont peut-être des auteurs comme Alexandre Jardin, capa­bles de renaître. D'oser l'espoir. (Marine Landrot - Télérama du 12 janvier 2011)

Alexandre Jardin est un chic type. Sincère. Engagé. Militant infatigable de la lecture, dont il s'épuise à faire connaître, à travers son association Lire et faire lire, les vertus aux moins lotis de nos enfants. On l'avait quitté romancier de bluettes, amateur d'improbables épopées conjugales, prophète souriant de la félicité matrimoniale, rejeton très tôt doué - à 23 ans, il est l'auteur vivant le plus vendu dans le monde - d'un père, Pascal Jardin, étourdissant écrivain et dialoguiste. On le retrouve changé. À 44 ans, "essoufflé de menteries", il quitte les amours délicieusement affranchies de ses ascendants pour raconter l'histoire d'une famille française vichyste, la sienne...
Alexandre a peu connu son grand-père et sa famille n'a guère cherché à découvrir ce que Jean aurait pu savoir de la déportation des juifs organisée par le gouvernement au sein duquel il travaille avec acharnement. Tous les siens se sont accommodés de son éblouissant reclassement en financier occulte de l'industrie française, conseiller influent d'Antoine Pinay, "fidèle à la personne de Laval mais pas à sa politique de collaboration", comme dira Jean-Marie Soutou, secrétaire général du Quai d'Orsay, dans un entretien avec Pierre Assouline. (Émilie Lanez - Le Point du 6 janvier 2011)

Glacé par le passé réel, réinterprété, subodoré ou fantasmé de son grand-père, Alexandre Jardin réagit par la combustion vive de son écriture. Ce chaud et froid l'éloigne de la sagesse des tièdes. Toutefois, l'irruption des formules et des anathèmes va de pair avec une finesse d'intuition, une justesse de sentiment, une candeur déliée, servies par un style à la fois félin et funambulesque...
Excessif à l'instar d'une séance de vaudou, cauchemardesque comme un tableau inspiré de Goya - Saturne dévorant ses parents -, ce livre, écrit par un possédé, joue aux quilles avec des fantômes. (Antoine Perraud - La Croix du 19 janvier 2011)

Sans doute, dans ces Gens très bien d'Alexandre Jardin, faut-il distinguer trois registres. Il y a ce que le livre peut nous apprendre de la période considérée. Sous ce rapport, le bénéfice est mince...
Il y a ensuite les interrogations du petit-fils tentant de mesurer les culpabilités du grand-père. Que savait-il des ignominies commises ? Alexandre Jardin croit pouvoir poser plus cruellement la question : non pas, que savait-il ?, mais, bien plutôt, que ne savait-il pas ? Ce changement de pied est, à beaucoup d'égards, pertinent...
On ne dira donc pas de la douleur du petit-fils qu'elle arrive un peu tard mais plutôt qu'elle arrive à son heure, l'heure des repentances. Ce n'est pas en diminuer ni l'intensité ni l'authenticité - qui sont le troisième registre de ce livre émouvant - mais cela nous rappelle combien sont plastiques nos visions du passé, combien sont commandées par l'air du temps nos émotions les plus singulières et, finalement, combien, selon la puissante formule de Benedetto Croce : "Toute histoire est contemporaine." (Marc Riglet - Lire, février 2011) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .


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Détails sur le produit

  • Poche: 312 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (8 février 2012)
  • Collection : Littérature & Documents
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2253162353
  • ISBN-13: 978-2253162353
  • Dimensions du produit: 11,1 x 1,7 x 18,1 cm
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par KALIBAN TOP 1000 COMMENTATEURS le 20 novembre 2012
Format: Poche
Dans la famille Jardin, je ne demande pas le grand-père Jean Jardin (1904-1976) dit le Nain Jaune. Un grand-père bien insupportable et presque haïssable pour son petit-fils Alexandre JARDIN.
En effet, comment accepter que son grand-pere, pourtant figure emblêmatique de sa famille, unanimement apprecie et respecté;, ai tété le directeur de cabinet de Laval à Vichy et qu'il ait vu forcément passer l'ordre de la rafle du Vel d'Hiv ? Pourquoi n'a-t-il pas alors démissionner ? Etait-il antisémite ?
Autant de questions qui ont hanté Alexandre Jardin dés son plus jeune âge. Il dénonce l'hypocrisie de sa famille s'étonnant notamment des livres de son propre père Pascal jardin, dit le Zubial, quasiment à la gloire du "Nain Jaune".
Alexandre JARDIN cherche également à comprendre l'absence de remords de son grand-père qui devait forcément, au regard de sa position, savoir le sort réservé aux Juifs qui furent déportés par la France.
Dans DES GENS TRES BIEN, l'intimité d'une famille est confronté à la grande Histoire : Alexandre JARDIN a eu le mérite et le courage de poser certaines questions même si toutes ne trouveront jamais de réponse.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile  Par Polly Martine le 12 août 2014
Format: Poche
J'espère qu'Alexandre Jardin a pu se dégager définitivement de sa culpabilité avec ce récit autobiographique. Peut-être fallait-il le faire. Je n'ai lu qu'un roman de cet écrivain, "bille en tête", que je n'avais guère apprécié. Celui-ci, malgré sa propension à larmoyer sur cet héritage, m'a toutefois intéressée. D'abord pour les faits historiques précis qui ne sont pas inutiles à connaître (et grand merci à Madame Lacroix-Riz, historienne passionnée, passionnante aussi et qui s'appuie toujours sur des recherches incontestables), ensuite pour le rappel indispensable des compromissions de l'état français, on nous a tellement rabâché à l'école que nous étions une nation de résistants, que rappeler comment se pratiquait l'étroite collaboration de l'état français, me paraît indispensable et cela sans culpabiliser qui que ce soit, seulement rapporter les faits, et nommer les responsables tout à fait conscients de leurs actes.
Alexandre Jardin juge le nain jaune, c'est son droit le plus absolu, comme nous avons le droit de juger qui nous paraît agir monstrueusement, mais rappelons que nous sommes pris dans des filets culturels, familiaux, sociaux et historiques. Ainsi ai-je trouvé dommage, en la présence de la grand-mère nazie de Zac, que l'auteur n'ait pas eu le courage d'analyser comment on peut, malgré les horreurs dénoncées, rester tout à fait fidèle à cette idéologie.
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10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par lajoie le 20 août 2012
Format: Poche Achat vérifié
La richesse de ce livre va au-delà de ce que l'on en lit habituellement. Il ne s'agit pas seulement du rapport de Alexandre Jardin avec Jean jardin, son grand-père, le Nain Jaune, mais parallèlement, Alexandre Jardin nous détaille ses amis ou faux amis à facettes multiples qui comme lui portent en eux un personnage du passé, père, grand-père,mère, etc. qui a des comportements peu avouables ou simplement divergents des opinions de la personne qui en parle. Comme Zac, évidemment.
Il faut aussi lire ce livre sous cette angle, dépasser le directeur de cabinet de Laval que fut le Nain Jaune et s'interroger sur soi-même , sur nos relations, pour imaginer les explications aux facettes connues ou pas de chacun. Dans cette angle là aussi, le livre est passionnant ...
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14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile  Par Pierre Itshak VOIX VINE le 9 mai 2011
Format: Broché
Romancier et réalisateur, Alexandre Jardin a publié une dizaine de romans. Des gens très bien, son dernier livre, est très différent de ses précédents ouvrages, pour la plupart des romans légers. De l'aveu même de son auteur, il s'agit de son livre le plus sérieux et le plus franc. Alexandre Jardin s'est en effet lancé dans une enquête familiale pour faire la lumière sur le personnage de son grand-père, Jean Jardin, qui fut directeur de cabinet de Pierre Laval pendant la Deuxième Guerre mondiale. "Je signe ces pages comme on refuse un héritage devant notaire", écrit Alexandre Jardin. Cet héritage, c'est celui de Vichy et de la collaboration, dont Des gens très bien nous fait découvrir les coulisses et les ressorts psychologiques et affectifs.

Contrairement aux accusations de plusieurs critiques, Alexandre Jardin ne se livre pas dans ce livre à un "règlement de comptes", mais à une véritable enquête, sur sa famille et sur son grand-père collabo, en tentant de comprendre ce que savait ce dernier de la destination des milliers de Juifs raflés du Vel d'Hiv et des camps d'extermination. Il veut comprendre pourquoi son grand-père ne fut pas inquiété à la Libération et jamais poursuivi pour crime contre l'humanité. Comprendre, enfin et surtout, pourquoi sa propre famille refuse toujours de porter un regard lucide et critique sur Jean Jardin, bras droit de Laval (fusillé en 1945) au point d'avoir bâti une légende dorée, à laquelle Alexandre lui-même a sacrifié dans certains de ses livres précédents.
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