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Commentaires écrits par
Fuchinran Sandrine Monllor "http://www.forumdesforums.com" (France)

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Triumph of the Will (Special Edition) [Import USA Zone 1]
Triumph of the Will (Special Edition) [Import USA Zone 1]
DVD ~ Sepp Dietrich
Proposé par RAREWAVES USA
Prix : EUR 19,05

35 internautes sur 40 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Pour mieux comprendre la stratégir nazie, 29 avril 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Triumph of the Will (Special Edition) [Import USA Zone 1] (DVD)
Le Triomphe de la volonté (en allemand Triumph des Willens) est un film de propagande allemand en noir et blanc de Leni Riefenstahl, réalisé en 1935.

Je tiens à préciser ici que la présentation de ce film n'est en rien lié à une idolâtrie de ma part pour le Nazisme mais d'un souci d'exercice critique pour ceux qui aimeraient l'histoire et aimeraient mieux la décortiquer avec des outils pluriels, fussent-ils propagandistes.

Le Triomphe de la volonté (en allemand Triumph des Willens) est un film de propagande allemand en noir et blanc de Leni Riefenstahl, réalisé en 1935. Cette jeune femme allemande est auteur, photographe, danseuse et ici réalisatrice d'un des films les plus favorables au régime nazi. Cela lui valu d'ailleurs d'être rejetée par tous les cinéastes de son pays, car elle s'était compromise avec le nazisme et l'avait finalement servi.

On oublie souvent que les dictateurs étaient des cinégéniques exceptionnels et que c'était en conscience qu'ils ont utilisé leurs atours pour s'imposer comme unique voie sanguinaire. Leur aptitude à convaincre des foules entières, à les persuader des pires mensonges ou ignominies sans que ces gens puissent exercer la moindre capacité de résistance ou de critique est impressionnante et frôle même le génie. L'un des plus grands à ce niveau là fut bien Hitler. En 1935, Leni Riefenstahl prend sa caméra et s'exerce aux contre-plongées héroïques, au filmage des reaction-shot des soldats, des femmes et des enfants et aux travellings circulaires lors des parades et des discours pour glorifier Hitler pendant la fameuse grande réunion de Nüremberg. A cette occasion, devaient se mettre en place les fondements du nazisme et notamment l'élimination déjà quasi programmée des Juifs qui découvraient à ce moment là les premières mesures discriminatoires dont ils ne cesseraient d'éprouver ensuite la honte et l'horreur.

Il faut voir ce film au moins une fois, au même titre que les documentaires De Nüremberg à Nüremberg pour comprendre comment Hitler a utilisé son aura malgré ses nombreux complexes et ses limites pour persuader le peuple allemand que sa survie et la victoire face aux ennemis de l'intérieur et de l'extérieur ne serait possible que par la destruction des "vermines" et notamment des Juifs. On découvre comment il déroule son discours, laborieux et pourtant efficace à coup de martèlements insupportables, comment les images, les gestes sont calculés pour agir comme élément de persuasion. On se passe presque des mots des discours et on est endormi, dans une espèce de léthargie, jusqu'à ce qu'Hitler parvienne à sa conclusion et ait réussi à agir sur les esprits pour qu'ils n'aient pas la moindre envie de penser autre chose que tout ce qu'on leur assené.

Ce film est élémentaire pour appréhender la stratégie d'Hitler et du Nazisme. Probablement l'une des plus rodées du XXème siècle, bien plus encore que celle de Staline, trop paranoïaque pour avoir ce pouvoir de persuasion sur les foules ou d'Idi Amin Dada le dictateur ougandais, par exemple.

Le film a été primé à Venise en 36 et projeté en 37 à Paris lors de l'exposition universelle.

Trente ans après, la réalisatrice a déclaré : « J'ai seulement montré ce dont tout le monde, alors, était témoin... À l'époque, on croyait encore à quelque chose de beau. Le pire était à venir, mais qui le savait ? »
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 24, 2010 2:21 AM MEST


La Petite Jerusalem
La Petite Jerusalem
DVD ~ Fanny Valette
Prix : EUR 20,34

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une belle surprise, 22 février 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Petite Jerusalem (DVD)
Au coeur de Sarcelles, une jeune fille de 18 ans est partagée entre l'éducation juive croyante et pratiquante de sa famille qui lui impose les règles du judaïsme et son désir d'apprendre et de penser, en découvrant la philosophie. Cette crise existentielle et les premiers émois amoureux vont lui ouvrir la voie d'une réflexion profonde, pleine de pudeur et pourtant d'un certain courage. Au même moment, sa soeur aînée, très enracinée dans la tradition, découvre que son mari la trompe et voit toutes ses certitudes ébranlées.

Ce premier long métrage à petit budget de Karin Albou est une excellente surprise pour moi qui suis passionnée par la culture et la religion juive. Il y a à la fois beaucoup de tendresse et un regard très intéressant, porté sur un monde qui a ses lois et ses modes de vie.

Fanny Valette, que je ne connaissais pas, m'a bluffée : elle est belle, talentueuse et très touchante dans ce rôle de jeune fille broyée par ses doutes. Elsa Zylberstein est comme toujours magnifique et pas seulement à l'image. Ce film est rempli d'une intériorité parfois dure et parfois poétique ; on y explore les sentiments, les perceptions, les fausses convictions dont les femmes se persuadent pour conserver leur pudeur et ne pas déroger à ce que dit la Loi sur l'amour, la sexualité, le plaisir... Le choc entre l'intime et les règles de la Torah, entre les aveux et les expériences est extrêmement bien restitué sans tomber dans les écueils auxquels on aurait pu s'attendre...


La petite soeur de Kafka
La petite soeur de Kafka
par François David
Edition : Broché

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une oeuvre lumineuse, 20 février 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : La petite soeur de Kafka (Broché)
Kafka a entretenu des rapports complexes - et riches en références psychanalytiques ; d'où son intérêt pour Freud- avec sa famille. Il a vécu jusqu'à la fin quasiment avec ses parents, jusqu'à sa rencontre avec Dora Diamant qui l'a entraîné à Berlin et à Vienne. Ayant grandi dans l'ombre d'un père qu'il percevait comme un tyran et d'une mère aimante mais soumise à son mari, Kafka n'a pourtant entretenu/conservé que des relations épistolaires avec ses proches. De ses deux soeurs aînées, il n'émet qu'un jugement très critique et sans affect. En revanche, sa soeur Ottla est pour lui son plus grand réconfort et une riche correspondance est disponible pour en témoigner (voir Lettres à Ottla).

C'est de cette petite soeur adorée dont il s'agit dans ce joli livre qui raconte la destinée tragique d'une femme courageuse, remplie de convictions et libre, aussi bien dans sa tête que dans ses actes. Après avoir épousé un non-juif, elle observe avec désarroi la montée inexorable du nazisme et échappe un temps aux lois discriminantes de Nüremberg. Mais pour Ottla, qui porte en elle le souvenir constant de son frère et qui n'a pas oublié le désespoir qui l'habitait, il est important de se battre et de choisir sa vie jusqu'au bout. A l'instar de Janus Korczak en Pologne, on découvre ainsi le dernier voyage d'Ottla vers les camps d'extermination, en compagnie des enfants qu'elle accompagnait et qu'elle aimait tant, ces âmes pures et innocentes qui lui rappelaient ceux qu'elle aurait tant aimé avoir... Kafka n'a pas connu le nazisme, mais dans son oeuvre visionnaire, sa dénonciation absurde du totalitarisme faisait référence à cet avenir sombre qui s'est dessiné une décennie et demi après. Toute la famille de Kafka périt dans les camps.

L'écriture est fluide et prenante et à certains moments, on est tenu par une émotion féroce, presque intime et dérangeante. On a l'impression de vivre la vie d'Ottla Kafka, ses interrogations, ses doutes, ses combats et ses peurs... Car Ottla, à travers sa vie engagée et son action, a incarné l'absurdité de la folie et de la destruction humaine contée dans toute l'oeuvre de Kafka...


Le regard de Franz Kafka, dessins d'un écrivain
Le regard de Franz Kafka, dessins d'un écrivain
par Jacqueline Sudaka-Bénazéraf
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un remarquable éclairage de Kafka sur lui-même, 17 février 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le regard de Franz Kafka, dessins d'un écrivain (Broché)
Kafka n'était pas qu'un écrivain, il était aussi dessinateur, fortement inspiré par le courant impressionniste comme en témoignent les analyses qui ont été faites par divers experts. Reconstituer un recueil de dessins de Kafka est une gageure. En effet, son oeuvre a été dispersée après sa mort, puis après la guerre. A noter que les Nazis comme les Communistes avaient proscrit Kafka en raison de son regard visionnaire sur les totalitarismes et que son oeuvre a été donc maintes fois mise en péril. Certains des dessins ont été protégés par les exécuteurs testamentaires à la mort de l'ami de Kafka Max Brod, à qui l'on doit la découverte de Kafka, malgré son désir de voir toute son oeuvre détruite après sa mort...

Les dessins, aux impressions hiéroglyphiques ou calligraphiques, mettent en lumière les grands axes des réflexions de Kafka sur lui-même, sur son monde et surtout le Monde... Ils apportent de nouveaux éclairages, modernes et intemporels à ses mots précurseurs, dont on comprend d'autant mieux la place exacte qu'ils occupent dans sa littérature... Ils sont d'une remarquable précision et ils dévoilent un talent évident de dessinateur. Chaque dessin occupe une place essentielle dans ses écrits ; il est autant de signe visible et lisible, figuratif ou non, d'une protestation, d'un abandon à l'improvisation... Les dessins de Kafka, qui s'agencent avec une lecture plurielle aux écritures diverses, ne sont pas les gribouills que l'on découvre chez Proust par exemple, ce sont les impulsions d'un écrivain qui laisse place au funambule ou à l'acrobate.


Ju Dou [Import USA Zone 1]
Ju Dou [Import USA Zone 1]
DVD ~ Li Gong

58 internautes sur 60 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Cruel, 30 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ju Dou [Import USA Zone 1] (DVD)
Rares sont les films de Zhang Yimou qui sont heureux. Ju Dou n'y fait pas exception. Il est adapté du roman chinois éponyme de Heng Liu, qui raconte l'histoire d'un amour damné. Couronné de prix prestigieux (Lion d'argent, oscar du meilleur film étranger, Grand prix de la critique à Cannes...), Ju Dou est ce que l'on appelle un film rare à tous les sens du terme. Esthétiquement impeccable même si la qualité de la bande restaurée ne permet pas d'apprécier forcément cela sur l'image, il est aussi audacieux sur l'adaptation d'un conte immoral et sanguinaire.

Comme souvent chez Yimou, une femme est au centre d'une tragédie annoncée. Cette femme est ici incarnée par la sublime Gong Li, à l'aube de sa remarquable carrière et évidemment, elle devait donner à ce film toute sa puissance dramatique, sous la direction de celui qui l'a révélée et qui fut aussi son mari.

L'histoire a des accents shakespeariens avec toute la cruauté qui caractérise bien des oeuvres chinoises, précisément interdites à cause de la morale qu'elles narrent... Une jeune femme vendue à un commerçant, homme stérile qui la bat et la rend malheureuse. Elle se réfugie un jour dans les bras du neveu de ce dernier, dont elle a un enfant illégitime, qui va pourtant réjouir celui qui croit en être le père. Cet enfant, qui souhaite connaître son véritable père va entreprendre de se venger de tous ceux qui ont scellé son destin avant même sa naissance...

Les impressions du quotidien, les couleurs de la Chine des années 20 avec cette obsession du rouge de la passion qui est l'empreinte de Yimou comme dans le Sorgho rouge, les regards échangés en secret, la crainte et la moralité baffouée, tout est là avec la patte inimitable et si contemplative parfois de Yimou.

On sent dans chaque geste, dans chaque mot le poids de la fatalité, même quand le bonheur, un court moment semble faire partie de la vie de Ju Dou. Les silences sont d'une pesanteur dérangeante. La vie joue une étrange symphonie qui broie les femmes de manière impitoyable. Zhang Yimou n'a pas son pareil pour associer les panneaux du quotidien, les paysages fantastiques d'une Chine méconnue etd e plus en plus difficile à découvrir au vu des évolutions rapides des métropoles. Les montagnes, la campagne, les actes du quotidien sont montrés avec un regard scrutateur, tout comme les personnages dont on décrypte la profondeur et les émotions tout en pudeur, malgré une violence intérieure étouffante.


Georgie Vol.1
Georgie Vol.1
par Man Izawa
Edition : Broché

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le grand classique des shojo enfin disponible, 28 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Georgie Vol.1 (Broché)
Georgie c'est l'un des grands moments de mon enfance et de mon adolescence, une série classique mais très romanesque créée par l'auteur de Candy mais avec un style probablement plus adulte, réservé déjà aux adolescentes qui rêvent de grands amours contrariés avec de l'aventure, des trahison, des secrets. Moi, j'adore vraiment. Le manga est plus profond, plus travaillé sur la trame de l'intrigue que le dessin animé, dont un tiers des épisodes avaient été consacrés à l'enfance de Georgie et d'Abel et Arthur, ses deux frères adoptifs, pour que cela colle mieux avec un public plus infantil. Le dessin est dans la lignée du shojo tel qu'on l'imagine avec une sensibilité qui ne tombe jamais dans la sensiblerie de la bluette, une histoire émouvante et passionnante dès les premières pages malgré quelques accents tragiques. Les personnages sont attachants, séduisants au possible avec des graphismes conformes aux codes habituels du genre, ils font rêver les gamines et rappelleront de magnifiques souvenirs aux trentenaires qui ont découvert ce grand classique dans le Club Dorothée...


Angels In America - Coffret 2 DVD
Angels In America - Coffret 2 DVD
DVD ~ Al Pacino
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 15,79

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Incontournable et dérangeante, 24 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Angels In America - Coffret 2 DVD (DVD)
Adaptée de la pièce de Tony Kushner, cette mini série en 6 épisodes de Mike Nichols rompt avec les codes conformistes et l'esprit souvent très républicain et moraliste des séries américaines.

Empreinte de compassion, d'humour et de fantastique, cette saga ne peut laisser personne indifférent. Portrait critique d'une Amérique en proie à d'inextricables paradoxes touchant aussi bien à la sexualité qu'à la morale.

Les années Reagan, le Sida, les homos, l'identité, la quête de soi et la peur... Une série incontournable et servie par un casting tout aussi exceptionnel : Al Pacino, Meryl Streep, méconnaissables, Emma Thompson dans des doubles ou triples rôles dérangeants et très profonds. Les acteurs sont excellents. Rien que pour leur jeu, la série mérite d'être vue...

Cette série est un événement qui a reçu le plus grand nombre de récompenses jamais attribuées à une série et pour une fois, il faut avouer qu'elles sont toutes méritées. Des débuts très prometteurs, un dernier épisode trop irréel, surréaliste, théâtral!


Djihad - Coffret 2 DVD
Djihad - Coffret 2 DVD
DVD ~ Thierry Frémont

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un film chorale sur la guerre en Irak et l'endoctrinement pour le Djihad, 24 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Djihad - Coffret 2 DVD (DVD)
Djihad est un excellent téléfilm produit par Canal+ et diffusé ce mois-ci. Ce film chorale offre une réflexion très pertinente sur la guerre en Irak et plus généralement la manière dont certains enrôlent des jeunes (Français en l'occurrence) pour participer au Djihad. Les acteurs sont étonnants, on suit leurs aventures avec une grande émotion. On comprend comment un événement social, familial ou personnel, totalement étranger à la foi fait basculer certaines personnes fragiles dans un combat qui n'aurait jamais dû être le leur. Le maire de Sarcelles s'est insurgé contre le fait que l'on insinue que sa ville soit la base arrière du djihadisme en France. Il est regrettable qu'il n'y ait pas une lecture plus approfondie et utile de cette oeuvre qui est la première en France à s'attaquer à la question du Djihad en évitant trop les partis pris iddéologiques.

En suivant 3 Français dont on observe l'évolution mentale au cours de leurs combats en Irak suite à leur embrigadement par des Islamistes salafistes, on approche aussi les méthodes des rebellions qui peu à peu transforment l'Irak en terrain de guerre civile. On découvre aussi les combats de rue, les attentats, les terroristes qui utilisent les Occidentaux pour faire entendre leur voix, les tortures dans les prisons et également les relations douteuses entre la France et le pouvoir en Irak... Le téléfilm marie habilement les images d'archives d'actualité et la fiction, au point même que parfois on croirait suivre un documentaire. Bien que le suspense soit peu présent quant à l'issue, on suit sans le moindre ennui cette fiction française qui casse tous les codes habituels et évite de contourner les sujets politiquements incorrects. Des images parfois dérangeantes et des scènes qui n'évitent pas la violence.

Une mise en perspective passionnante et très finement réalisée. Un complément utile à l'excellente série américaine hélas arrêtée Over There.


Amok ou le fou de malaisie, suivi de la lettre d'une inconnue et des yeux du frère éternel
Amok ou le fou de malaisie, suivi de la lettre d'une inconnue et des yeux du frère éternel
par Zweig Stefan
Edition : Reliure inconnue

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La passion obsessionnelle et déchirante, 21 janvier 2007
Je conseille à tout le monde de découvrir le recueil Amok de l'Autrichien Stefan Zweig avec 3 nouvelles très représentatives de son oeuvre et de son intérêt pour la passion absolue qui frôle la folie en amour. Ma préférée est Lettre d'une inconnue, que j'ai découverte par le cinéma avec l'adaptation pour la télé de Deray en 2001, excellente, le film de Max Ophüls de 48.

Une jeune fille de 13 ans s'éprend de son voisin, écrivain reconnu, dans la Vienne de 1900... Cet amour fou, fantasmé, sublimé dans son esprit autant que dans sa chair, elle le vit en secret, comme captive et recluse dans un univers mental très masochiste et parfois délirant qu'elle ne quittera plus. Puis, vient enfin le jour tant espéré de la vraie rencontre, durant laquelle elle se donnera toute entière pour l'éternité, simplement pour vivre une nuit passionnée avec son "bien-aimé" qui l'aura oubliée dès le lendemain, tant il aime se jouer de la vie et jouer avec les femmes, le quotidien. Mais à quel prix? Cette femme, quinze ans plus tard, écrit une longue lettre chargée d'émotions, de souvenirs à cet homme qui ne la connaîtra plus jamais, pour qu'il sache enfin quel était son secret à l'heure où elle a décidé de se donner la mort pour qu'enfin, l'écrivain sache qui elle était...

C'est une oeuvre courte (50 pages), dense, captivante, où chaque détail et souvenir ravivé est fracassant, oppressant, plein de meurtrissures mais jamais d'amertume ou de reproches... Dans Lettre d'une inconnue, Zweig démontre toute sa virtosité pour manier des mots pourtant d'une grande simplicité avec un style vif, subtil et toujours très précis, tout en étant concis et en donnant tout son poids aux répétitions qui sont un mode narration omniprésent.

Chacune de ces répétitions est un pas de plus vers cette passion dévorante qui fait que plus rien existe, si ce n'est dans l'espoir qu'un seul instant permette à la destinée de s'accomplir pour cette femme dont le grand amour ne la connaît pas, ne la reconnaît même pas quand il la revoit pour une nouvelle nuit d'amour...

Lettre d'une inconnue est probablement la nouvelle la plus connue de Zweig et l'une des plus appréciées, notamment par les femmes. Il y a dans les mots de cette inconnue une humanité déchirante et parfois quelque chose de glaçant qui prend aux tripes et nous rappelle combien ce qui est raconté peut parfois être proche de notre réalité.

Un vrai bonheur.


Le Japon moderne et l'éthique samouraï
Le Japon moderne et l'éthique samouraï
par Yukio Mishima
Edition : Poche
Prix : EUR 10,15

8 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Pour mieux comprendre le dernier samouraï, 21 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Japon moderne et l'éthique samouraï (Poche)
On pense toujours qu'il y a dans la culture japonaise une forme d'érudition et d'intellectualisme qui la réserve aux initiés seulement. Il est certes difficile de pénétrer dans l'univers de Mishima sans référence et pourtant ce serait se priver de beaucoup que renoncer devant la difficulté que constitue cette littérature !

Mishima appartient effectivement à cette race d'écrivains, rares et précieux, qui se laissent porter par leur propre existence pour écrire et voyager par l'esprit et des mots pesés à la justesse redoutable dont même la musicalité est un enchantement ... Il est une exception, plus qu'une référence, une emblème qui a porté sur le Japon moderne un regard terriblement incisif et sans concession tout en ne sacrifiant jamais à son éthique ancestrale de samouraï. Je pense qu'il a pour beaucoup marqué les esprits par sa mort dans les règles d'un art très codifié que l'on croyait disparu, en tant que dernier samouraï et par l'affichage délibéré de son homosexualité dans des oeuvres oubliant le tabou pour porter au summum l'émotion et l'intellectualisation du désir !

Ce qui me séduit le plus chez Mishima c'est de toute évidence son existence anachronique et surtout sa passion pour défendre avec une voix profondément pessimiste et exalter avec une ardeur désespérée l'" utopie " éthique des samouraïs ! Car Mishima se veut avant tout un patriote, scrutateur des hommes, des esprits et de l'évolution des mentalités de son pays qu'il croit décadent depuis qu'il a sacrifié ses idéaux ! La profondeur de ses réflexions sur son monde intérieur et celui de ses pairs offre des oeuvres fouillées, efficaces, riches de symboles et de références historiques. Dans un style fluide, beau et pourtant tranchant parfois, une langue épurée comme le veut la langue japonaise extrêmement, Mishima Yukio développe une critique acerbe mais aussi très truculente du Japon pacifique et prospère du XXème s, tout en gardant à l'esprit les influences de son maître esprit Jôchô Yamamoto, l'auteur d'Hagakuré le livre japonais ''maudit'' !

Le plus admirable et peut-être terrifiant, c'est cette philosophie de la vie, espèce de déploiement de l'énergie intime de l'individu et, plus encore d'ailleurs, une philosophie de la mort grâce à la Voie des Samouraïs. Sa protestation contre le Japon de son temps reste un regard incontournable même s'il semble difficile de débuter par Mishima pour tout lecteur désireux de plonger dans cette littérature et la civilisation nippone...


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