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Contenu rédigé par Fuchinran Sand...
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Commentaires écrits par
Fuchinran Sandrine Monllor "http://www.forumdesforums.com" (France)

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Le château.
Le château.
par Kafka Franz
Edition : Reliure inconnue

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le sommet d'une oeuvre phénomènale, 13 juin 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le château.
Kafka a souvent lié notamment dans "Journal", la vie à un désastre absolu. Sans concession, Le Château est la confrontation ultime de Kafka à l'Ecriture, à sa Vie, à sa conception du monde. C'est sans doute son chef d'oeuvre, le sommet de son oeuvre mais sachant combien Kafka, dans son humilité, détestait l'emploi de termes superflus ou hyperboliques, je me contenterais de dire que c'est l'Oeuvre la plus aboutie et profonde de tous ses écrits, même si elle fut inachevée puisque Kafka mourut très peu de temps après l'avoir entreprise, rongé par la tuberculose. Dans le Château, au travers de personnages irréels, de situations aussi fantastiques qu'impossibles, d'un héros K. très proche de ce que devait être Franz Kafka désireux d'atteindre coûte que coûte la destination qu'il s'est fixée en dépit des obstacles et des rejets qu'il subit du fait de sa différence, on retrouve surtout tous les thèmes qui ont ponctué l'immense oeuvre de ce génie visionnaire. S'y lisent allégoriquement et oniriquement, la culpabilité, de l'errance, de la quête, de l'impossibilité d'être pour l'homme et pour la littérature.
Illustration symbolique et sans espoir de l'amour qu'il avait pour Milena Jecenska, de la répulsion-admiration qu'il éprouve pour son père, figure tyrannique et obsessionnelle qui envahit ses textes et de son rejet de la bureaucratie méprisante, l'écrivain Kafka déploie dans son roman une écriture fluide, tranchante, sombre qui rejoue les inextricables angoisses de l'Homme qu'il était. D'ailleurs, au coeur de cet ouvrage abouti, on suit le thème récurrent peut-être le plus cher de Kafka, celui de l'impossible choix entre la vie et l'art, incarné dans la propre biographie de l'écrivain par l'incompatibilité entre la vie conjugale et l'activité littéraire. Car Kafka avait choisi comme K. de vouer sa vie à la Littérature - tout ce qui n'était pas littérature lui semblant stérile, trop limité - et l'a érigée comme centralité dans chacun de ses choix et de ses mots, on découvre le goût du mot "juste" ... Vivre ou écrire, ce paradoxe insoluble devient paradoxalement la seule réalité existante aux yeux de Kafka. Il l'illustre en manipulant insidieusement le mensonge et la subversion et en déléguant à ses personnages la double fonction de victimes et de fauteurs de troubles. N'écrivit-il pas d'ailleurs : "Il est difficile de dire la vérité car elle est vivante et elle a un visage qui change avec sa vie." Ou encore dans la Métamorphose, : "L'aveu et le mensonge sont identiques, pour avouer, on ment et le mensonge est aussi vital que la respiration pour exister. Ce que l'on est, on ne peut l'affirmer puisque justement l'on est, on ne peut que communiquer ce que l'on n'est pas, c'est à dire le mensonge." La force subversive de ses textes réside dans le jeu entre la vérité apparente et le mensonge réel. Parce que le mensonge est le vrai ... "La véritable réalité est toujours irréaliste", il en résulte un effet comique particulièrement destructeur. Le Château, mieux que le Procès, incarne l'impossible aboutissement, le renoncement, la recherche vaine d'une voie qui n'existe peut-être que dans l'esprit de celui qui y croit plus fort que la réalité qu'il n'accepte pas de voir ...
Lisez Le Château, vous en sortirez retourné, différent.


Le Château
Le Château
par Franz Kafka
Edition : Poche
Prix : EUR 5,10

35 internautes sur 36 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Contre l'oppression des systèmes bureaucratiques, 11 juin 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Château (Poche)
Pour beaucoup, c'est Le Procès, Das Process, qui est le chef d'oeuvre de Kafka. Je trouve pour ma part que Le Château a un supplément d'âme, peut-être parce qu'on ressent dans le personnage de l'harpenteur, ce qu'a pu être la trajectoire de vie, notamment amoureuse de Kafka.
Kafka avait entamé Le chateau en 1912, mais ce n'est qu'en 1922 qu'il reprend cette oeuvre qui restera inachevée car il manquera de courage à cause de la tuberculose qui le ronge, pour le conclure. La parution sera donc posthume alors que Kafka avait demandé à son exécuteur testamentaire de brûler l'ensemble de son oeuvre à sa mort. Kafka a mis beaucoup de sa relation entre 1920 et 1921 avec Milena Jensenska, journaliste tchèque et complice intellectuelle avec qui il vécut une passion épistolaire. Dans le Château, on lit en filigrane leur amour vain, mais aussi l'attachement inexorable de Kafka à sa ville natale, Prague dominée par son imposant château qui ne va pas sans l'inspirer pour réaliser son château personnel si oppressant et aux allures de forteresse ...
L'histoire est étrange, irréelle et parfois même surréaliste comme pour toutes les oeuvres teintées d'un esprit fantastique envoutant. L'intrigue semble à la fois basique et déstabilisante ce qui rappelle combien les contradictions de Kafka sont riches de sens, mais elle est de bout en bout captivante surtout quand on découvre le héros se démenant en vain contre tout un ensemble d'incompréhensions qui semblent infranchissables. On suit un harpenteur K, qui souhaite rencontrer le chatelain suite à une lettre qu'il affirme avoir reçue, mais face aux employés du chateau, il se heurte au rejet et au refus de compréhension. K, personnage simplement déterminé par une initiale comme souvent chez Kafka, va servir à mettre en lumière les grands éléments qui hantent l'auteur et notamment sa détestation de l'administration.
On retrouve sinon tous les thèmes chers à Kafka : l'administration et la tyrannie de la bureaucratie qui anéantit la liberté humaine, l'opression des systèmes, la folie de certains hommes, l'acharnement absurde et toutes les dimensions de l'Absurde dont Kafka est sans nul doute l'inventeur, bien avant Camus qui lui reconnaîtra ses apports...


Battle Royale, tome 5
Battle Royale, tome 5
par Koushun Takami
Edition : Poche

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Comment renouveler le registre de l'horreur d'anticipation, 29 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Battle Royale, tome 5 (Poche)
Dans le roman d'anticipation satirique Battle Royale, Takami Kôshun a fait scandale pour avoir osé s'attaquer et dénoncer de manière acerbe à l'une des fiertés des Japonais : leur système scolaire et professionnel en proie pourtant à une crise humaine, une rigidité et un enfermement que l'auteur, peut-être visionnaire, considère comme dangereux pour la société à venir.
Le manga tiré du même « jeu de la mort » Battle Royale, pose plus simplement, mais avec la même efficacité et le ressort direct des dessins ultra évocateurs, la problématique de la déliquescence de l'humanité et en particulier de la jeunesse. Les jeunes protagonistes, bien qu'ils évoluent dans un futur proche, ne sont pas sans rappeler les « Tokyo Kids », références actuelles aux adolescents et post-adolescents qui émergent selon les adultes de la crise sociétale actuelle du pays. Servie par le battage médiatique qu'il y a eu autour du film et du jeu vidéo, la lecture du manga a été le prolongement presque automatique des amateurs qui voulaient découvrir les éléments qui n'avaient pas été traités à l'écran comme les contextes qui précèdent le jeu, les scènes sexuelles ou encore les caractères et les relations précises entre les personnages. Le mérite du support BD (et du film) est d'ouvrir la réflexion plus largement auprès des concernés, les jeunes du monde entier aujourd'hui, ce que le bouquin n'aurait sûrement pas réussi à faire en étant réservé à un public plus restreint et adulte qui aurait difficilement dépassé les frontières du Japon.
Le « Jeu » qui sert d'intrigue est imposé à des jeunes à qui on reproche leurs subversions, leur paresse, leur indifférence face à l'évolution décadente de leur pays, leurs échecs et violences scolaires dans un pays totalitariste où le Gouvernement n'a trouvé d'autres solutions que de les obliger avec des armes variables obtenues par tirage au sort, à s'entretuer sur une île piégée, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un survivant ! Au Japon, ce manga est catégorisé en shônen, choix logique fondé sur le traitement qui manque d'une certaine profondeur et sur l'âge des protagonistes (15-16 ans) en qui les adultes de plus de 25 ans auront plus de mal à se reconnaître aussi bien physiquement que mentalement. En France, la double mention « public averti » conforte une position ambivalente de la part des éditeurs, posture de prudence, un peu démagogique et embarrassée face à des classifications qui considèrent surtout les ressorts comme la violence mais qui sont ici inopérantes vu que l'avertissement est suffisamment large pour brouiller les limites. « Averti » signifie-t-il « majeur » ? ou juste conscient du contenu possible d'une œuvre dont la violence sanguinaire inhérente au « programme » est lisible dès les premières pages ? Toute interdiction aux moins de 18 ans serait illusoire et à mon sens pas forcément justifiée, puisque le public qui a envie de découvrir ce manga l'aborde rarement sans référence préalable ! A noter aussi que notre perception de la violence est rarement associée à une vertu cathartique ou nourricière d'une vraie réflexion personnelle sur ses fonctions, si l'on en croit les études d'une majorité de sociologues, psychologues ou pédopsychiatres. Un tel manga peut-il être lu par les plus jeunes de 16 à 18 ans ?
Il y a fort à parier que le public adolescent - post-adolescent est le plus réceptif, non pas à cause des scènes de meurtres très inspirées des films d'horreur dont ils sont friands, mais parce que ces lecteurs se retrouvent dans les états d'âmes et interrogations des personnages qui ont leur âge, des références, des préoccupations (premiers amours, drague, amitié à l'école) et des loisirs similaires. Si les jeunes lecteurs ne sont pas soumis au système scolaire élitiste et rigide japonais, ils ne peuvent échapper à l'écho très fort sur les relations qu'ils entretiennent avec leurs camarades de classe et leurs amis, les motivations de leur existence et ce qu'ils font pour les atteindre. Le traitement ne recule devant rien au niveau des évocations et c'est peut-être en raison d'un savant mélange des styles de représentations des personnages et des registres alternant entre l'humour parfois grossier ou très drôle, des passages sensibles sur l'amour et l'amitié, la dérision et l'horreur de la mort sous divers modes et coutures, que les lecteurs dépassent le choc de la violence extrême et sanglante pour décrypter plutôt les relations humaines entre les élèves de cette classe de 3ème qui auraient selon les adultes perdu le sens des valeurs, du respect d'autrui et du travail, explorer le fond de leurs sentiments pour faire des choix déterminants pour leur survie et se aussi remettre en question.
Contrairement à des films comme Jason ou Halloween où les séries de meurtres sanglants d'adolescents jouent sur une surenchère d'effets, la violence n'est dans BR qu'un prétexte incitatif au décorticage de la nature humaine sous tous ses aspect, même si elle va jusqu'au gore et passe par une recherche d'originalité, d'horreur ou de frayeur dans les tueries avec des gros plans sur les massacres, des visions de tripes dégoulinantes, de corps transpercés ou écrasés.. Les personnages - et par extension les lecteurs qui se retrouvent un peu dans chacun d'eux - mènent une réflexion intériorisée ou plus collective avec certains camarades auxquels ils s'associent pour dépasser cette épreuve et essayer d'en sortir vivants afin de changer les règles du jeu en apparence inflexibles. Ainsi, sont-ils confrontés tour à tour à l'amitié, l'amour, la jalousie, les regrets de ce qu'on a mal fait ou pas fait, la trahison, la méfiance, la confiance, la haine, le doute sur les intentions des autres, dans des situations extrêmes de survie personnelle, individualiste ou collective. Les amateurs notent l'influence des graphismes pour percevoir les situations et la violence avec une distance critique : les adultes abjects comme le professeur du T 1 sont montrés avec des têtes grotesques, laides ou grossies abusivement qui rendent leurs actes répulsifs encore plus écoeurants ou révoltants (cf le viol affiché en une scène de gros plan), alors que des personnages plus forts ou importants dans l'œuvre sont très soignés, plus réalistes et attachants ne serait-ce que par leur physique. Les scènes qui exploitent tous les types de personnages et les recours ou réflexes de survie , oscillent entre un réalisme perturbant et des comportements, décisions ou personnages peu crédibles, mais elles restent fictives et donc seulement intégrées dans leur dimension humaine et émotionnelle, de manière à ce que les lecteurs sachent et méditent sur les choix envisageables et finalement réalisés. Les zooms sur les visages en larmes des jeunes filles ou garçons dont la vocation est de susciter l'empathie du lecteur pour les nombreux personnages représentés, contrastent aussi avec les actes de mort sans concession, par là même amplifiés. Ces choix rendent les héros qui nourrissent des sentiments sincères ou se sont engagés dans des promesses, encore plus touchants. Ils sont en association avec les élèves dénués de valeurs ou de scrupules, l'objet des principales interrogations !
Des questions très humaines et élémentaires dans tout rapport social ou personnel sont lancées, alors qu'elles n'étaient pas évidentes dans un contexte où les liens se distendaient ou étaient l'objet de simples jeux ou de négociations : « Qui connaît-on vraiment ?» « En qui peut-on croire » ? « Jusqu'où peut-on avoir confiance ? ». Mais avant toute chose, la question est de savoir si l'amour et l'amitié ont encore leur place dans un lieu où sa propre survie est en jeu ? L'enjeu et le suspens du manga tiennent au fait que les choix ne pourront être que radicaux et irrévocables avec des temps de réflexion et de tergiversations limités, puisque tout faux pas conduirait à sa perte. BR n'est pas différent des manga jugés trop violents qui cultivent la plus large gamme de sentiments liés au relationnel pour créer chez le lecteur des impressions multiples qui troublent d'autant plus qu'elles alternent vite et souvent simultanément entre désarroi, ébranlement, trouble, stupeur, désaveu, dégoût, déception et émotion intime intense.


Akira - Couleur Vol 5: Desespoir
Akira - Couleur Vol 5: Desespoir
par Katsuhiro Otomo
Edition : Relié
Prix : EUR 15,50

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'art de la violence transformatrice, 29 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Akira - Couleur Vol 5: Desespoir (Relié)
La réédition en version originelle d'Akira a confirmé le succès remporté auprès des adolescents et majoritairement des adultes hommes. Le récit oppose des bandes rivales de jeunes motards délinquants, drogués aux amphétamines, incapables d'accepter l'autorité de professeurs, de s'intégrer dans des centres de réinsertion et d'apprentissage professionnel ; des loubards auxquels l'avenir n'a déjà plus rien à offrir, qui sillonnent dans la nuit un monde étouffant dont ils se disputent le territoire avec d'autres clans quand ils ne luttent pas contre des institutions policières écrasantes au moyen de pouvoirs physiques et psychiques dans un Néo-Tokyo post-apocalyptique de l'an 2030 - conséquence du 3ème conflit mondial - où se préparent des Jeux olympiques menacés par le terrorisme.
Otomo emploie un cocktail poussé à son paroxysme entre pouvoirs parapsychologiques, ultra-violence à dimension toujours cathartique, surenchère d'effets visuels et un style catastrophiste et froidement réaliste pour développer avec une approche universelle des thèmes visionnaires traitant du sens de la violence et la dégénérescence humaine par les renvois aux clans (assimilables à ceux des quartiers de nos grandes villes), à la délinquance qui rongent déjà nos sociétés. Comment ne pas penser aux problèmes de nos banlieues ou aux gangs américains par exemple ? Akira est une œuvre profonde et complexe, à portée philosophique, qui cristallise de manière criante de vérité des craintes sur le pouvoir démesuré de l'Armée, les risques de l'anarchie, de l'autodestruction, de la décadence du monde, d'une mauvaise évolution de l'humanité, déjà annihilée par la bombe nucléaire et qui pourrait l'être à nouveau par des forces encore pires, des recours aux recherches ou aux modifications génétiques mal contrôlées (incarnées par les « vieux enfants mutants »). Je n'en retiendrai pour argumenter mon propos sur la violence que la thématique de la délinquance décrite ici sous de nombreux aspects à travers un fond de désespoir, l'irrespect absolu à l'égard de toute autorité et des professeurs, l'abandon au quotidien et le désoeuvrement. Bien que les adolescents masculins présentés dans l'œuvre semblent irrécupérables à cause de passés et problèmes lourds, l'auteur en montre aussi une image positive, notamment quand les clans qui s'opposaient à l'origine s'unissent pour survivre et fédérer des formes inédites de solidarités où les anciens ennemis sont prêts à mourir pour sauver la vie de leurs nouveaux alliés, face à une armée obscure et menaçante, des organisations révolutionnaires ou secrètes et des conspirations ! Les protagonistes qui s'affrontaient dans une violence gratuite trouvent ainsi un véritable combat à mener pour survivre dans un univers de totale désorganisation où l'on combattait pour n'importe quoi sans respect de la vie, quand on n'était pas manipulé comme des pantins pour un bout de pain ou un bout de sens à offrir ou qu'on ne plongeait pas dans l'agression, la drogue ou l'alcool faute d'avoir trouver une raison de se battre !
Akira montre parfaitement combien la violence et les idées délivrées constituent une leçon d'humilité : « l'homme et ses ambitions personnelles sont surpassés par les pouvoirs et la volonté d'enfants finalement au coeur vaillant et dont le combat est gratuit. Ils sont surtout déclassés par les vraies questions posées. De toute façon, les forces de l'univers nous surpassent, jouer avec elles (que ce soit avec une bombe atomique ou une bombe Akira) pour satisfaire notre soif de pouvoir et notre vanité ne peut que se retourner contre nous ». Comme quoi dans cet océan de souffrance et de violence, de vain dévouement et de violence gratuite, on finit par trouver un peu de justice et d'équité !
A un tout autre niveau de lecture, si Akira n'est pas forcément notre futur, il est indéniable que ce manga se veut la représentation métaphorique du présent, - du moins le présent des écoliers et étudiants japonais et par extension des jeunes de notre monde libéral, de plus en plus soumis à la pression étouffante de la compétition, de la cellule familiale et à celle d'un système scolaire contraignant qui en pleine crise économique ne leur assure plus une insertion sociale et professionnelle évidente et pourrait entraîner une perte de repères personnels comme celles des délinquants décrits. Les lecteurs trouvent écho à leurs craintes face à un avenir de plus en plus obscur et flou et se montrent d'autant plus réceptifs à la coercition que l'auteur a recouru à la projection fantasmatique de situations d'incertitudes auxquelles eux-mêmes, dans une moindre mesure et à tous les niveaux de la vie quotidienne, peuvent être confrontés.


Akira t. 1 : L'autoroute
Akira t. 1 : L'autoroute
par Katsuhiro Otomo
Edition : Cartonné
Prix : EUR 15,50

19 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le choc total!, 29 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Akira t. 1 : L'autoroute (Cartonné)
Akira de Otomo Katsuhiro est ''LA'' référence du manga (au sens de BD) de science fiction et souvent la première intrusion dans l'univers des manga, puisque cette série a joui de la primeur en traduction de bandes dessinées japonaises à partir de 1991 et faisait résonance à un film d'animation éponyme qui avait déjà frappé par son esprit et ses thèmes novateurs lors de sa diffusion en 1989-90.
Akira se déroule dans un Néo-Tokyo post-apolacyptique de l'an 2030 (conséquence du 3ème conflit mondial), sillonné par des bandes rivales de jeunes motards délinquants qui tentent de lutter contre des institutions policières écrasantes au moyen de pouvoirs physiques et psychiques. L'un d'eux, Tetsuo, qui a été blessé lors d'un combat, se découvre des pouvoirs redoutables susceptibles d'être exacerbés par une terrible drogue destinée à soigner de "vieux" enfants que leur puissance a rongés et transformés en mutants. Avec Kai et Kaneda, son meilleur ami, il va devenir l'un des jouets d'un destin tragique où chacun recherche son identité dans un interminable affrontement entre puissances mentales et monde de désolation.
Le cocktail poussé à son paroxysme entre l'ultra-violence et des pouvoirs parapsychologiques, la surenchère d'effets visuels, un style noir et froidement réaliste, des personnages d'adolescents (sans présence féminine ce qui explique peut-être le manque d'attrait de la part des lectrices) et des thèmes visionnaires expliquent le succès remporté auprès des garçons ! Devenu une oeuvre maîtresse dans la production japonaise même s'il corrobore parfois certains dires des détracteurs du manga sur la violence au service d'une fonction purement cathartique, Akira se veut une oeuvre à la fois distractive et réflexive qui pose de grands problèmes de société et où l'on retrouve, autour des peurs ancestrales des Japonais, de la menace de l'atomisme et de l'apocalypse, les inspirations prégnantes de la Gengaku Bugaku, ''littérature de la bombe'' très en vogue dans les années 50 et 60 ! Si Akira n'est pas forcément notre futur, il est indéniable qu'il se présente comme la représentation métaphorique du présent des écoliers et étudiants japonais qui, soumis à la pression étouffante de la cellule familiale et à celles d'un système scolaire contraignant, trouvent écho aux craintes vis-à-vis d'un avenir incertain. L'universalité de l'approche contribue toutefois à la projection des jeunes amateurs français qui se sont montrés très réceptifs à la coercition et au développement fantasmatique de situations d'incertitudes auxquelles eux-mêmes dans une moindre mesure peuvent se sentir confrontés.


Lettre au père
Lettre au père
par Franz Kafka
Edition : Poche
Prix : EUR 2,00

30 internautes sur 34 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Pour mieux tuer le Père carnassier..., 29 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lettre au père (Poche)
"Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension."
Kafka était Juif, praguois de naissance se sentant à la fois sioniste -dans le sens courant du tournant du XIX-XXème siècle en Europe- et sémite par sa famille, son physique et sa judéité qu'il chercha parfois au prix de quelques révulsions ; Allemand par la culture, son éducation bourgeoise dans la zone germanophone de Prague et le choix de son mode d'expression ; Tchèque (par accident ?), sans jamais savoir ce qu'il était vraiment. Etre un Kafka signifiait que l'on devait être un conquérant, martelait son père, tandis que sa mère Julie Lowy était de ces caractères discrets, sensibles, anxieux dont il est finalement très proche. Il fut ainsi un brillant étudiant et docteur en droit par défaut pour donner satisfaction à son père. Il vécut toujours auprès de ses 3 soeurs, de son père et d'une mère à qui il était profondément attaché. Issu de la petite bourgeoisie commerçante du Ghetto Josefov, son père ne lui manifesta guère d'affection et ne manqua pas de lui reprocher d'être incapable de se marier et d'être "quelqu'un" - il rejeta avec une violence inouïe le mariage malgré plusieurs fiançailles car il se sentait incapable d'assumer un tel engagement et une vie à deux -. Il accepta de demeurer simple fonctionnaire, un statut confortable ne l'obligeant pas à beaucoup travailler, jusqu'à ce que la tuberculose déclarée en 1917 l'invalide. Ce choix stratégique lui permit de consacrer ainsi toute sa vie et de mettre toute l'énergie de son corps en "débris" et de son âme dans l'Ecriture. La maladie, la souffrance et la réclusion que sa tuberculose imposa avec ses séjours forcés en sanatorium, ne firent qu'amplifier sa quête de lui, tourmentée et sanguine, névralgique et violente. Certaines de ses nouvelles, ses récits, ses lettres à Milena (Jecenska, une amie avec qui il entretint une passion brûlante mais platonique) ou son "Journal" semblent cracher tel une hémoptysie, les démons qui le hantent sans qu'il parvienne vraiment à les exorciser.
Dans toute l'oeuvre de Kafka, ponctuée de ses angoisses et de ses ténèbres intérieurs, apparaissent plusieurs thématiques récurrentes : la famille et son oppression conjuguée à un amour féroce et parfois un manque total de communication et de compréhension réciproque, le mariage dont il a fait sa hantise, son travail de fonctionnaire dans une administration qu'il abhorrait et son sentiment de n'être rien, apatride, étranger et animalité. Dès qu'on ouvre "Lettre au Père", on ne peut s'empêcher d'imaginer les froissures du papier, les giclées presque instinctives de l'encre noire sur les pages envahies de mots, pareilles à des tâches de sang séché par le temps et les maux de l'intérieur ... « Lettre au Père met en jeu, mesure, jauge, extériorise la force de l'autre, du Père, de l'absent. La figure du père ouvre et ferme le chemin, encercle, fige. Kafka a porté un regard dérangeant sur le monde qui l'entourait. Ses rapports avec sa famille et particulièrement son père ont gravité dans tous ses écrits comme une obsession, une recherche quasi vaine d'atteindre le noyau mystérieux de leur relation. Il a écrit tout ce qu'il ressentait pour ce Père, figure carnassière, figure de terreur, de peur, de doute. Balançant du fatalisme à l'amertume, en enchaînant leurs incompréhensions, leurs craintes, leurs doutes, leurs rancoeurs, leurs non-dits quasi indescriptibles même avec la géniale et coulante écriture de Kafka, leurs attentes réciproques et toujours décalées ou avortées...
Pour 2€ à peine, vous vous offrirez 80 pages d'une violence extrême pour livrer des sentiments féroces et des déchirures qui remuent tout lecteur avec toutes ces nécessités et ces sous-entendus, ces émotions inavouées en filigrane... « Lettre au Père » devenue le monologue le plus dur de Kafka avec Franz, développe la formidable présence du père qui habite littéralement K et ne peut s'écrire qu' à partir de son absence. Espace expérimental plus que spectacle où l'acteur est confronté à l'absent, adversaire qui suscite le monologue. Cette mise en jeu de l'absence laisse l'espace vide qui devient l'enjeu.... L'apparente transparence de la lettre est troublante. Où sont les mensonges, les ruses, où est la sincérité, la vérité ? Peu importe les variations, les détours, les exagérations. Il faut livrer la lettre en toute innocence et laisser entendre l'énormité et l'absurdité de cette tâche. Pour le lecteur s'ouvre alors un "espace de jeu qui n'est plus régi, provoqué, par les codes, les convenances, les lieux communs, mais par la puissance du langage." Malgré le côté glaçant des pensées et des sentiments, l'omniprésence des mutismes dérangeants, la noirceur de son écriture et des phrases interminables entrecoupées de parenthèses permanentes et tout aussi longues que les phrases elles-mêmes qui ressemblent à de véritables labyrinthes pour le lecteur baladé dans les méandres de l'esprit de Kafka, ce témoignage d'amour-haine reste un monologue incontournable dont les idées et les émotions ne peuvent que marquer le lecteur (à jamais ?)...
"En considérant ma manière d'expliquer la peur que tu m'inspires, tu pourrais répondre : Tu as démontré trois choses : premièrement, que tu es innocent, deuxièmement, que je suis coupable , troisièmement, que par pure générosité , tu es prêt non seulement à me pardonner mais encore - ce qui est à la fois plus et moins facile à prouver et à croire toi même, à l'encontre de la vérité, que je suis également innocent. Ou je me trompe fort ou tu utilises encore cette lettre elle-même pour vivre en parasite sur moi."
L'auteur et l'homme, simultanément ou alternativement, se livrent à un combat incessant cousu de monologues qui expulsent les non-dits par des cris à l'instar de la mère expulsant dans un effort ultime l'enfant pour la "délivrance". Fictions, espoirs perdus, défaitisme apparent, vérités indicibles, rejets et tentatives de choix toujours avortés habitent cette lutte perdue d'avance si l'on en croit son souhait que ses mots ne lui survivent pas ... Dans cette carcasse lâche et pourtant guerrière malgré elle, creusée par l'incapacité d'agir, l'esprit brillant de Kafka a triomphé en traversant les décennies. Il nous ouvre à nous-mêmes. Quand la défaite devient Victoire...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 14, 2013 4:00 AM MEST


La Métamorphose
La Métamorphose
par Franz Kafka
Edition : Poche

8 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Quand l'animalité donne sens à la vie ..., 29 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Métamorphose (Poche)
« Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. Il reposait sur son dos qui était dur comme une cuirasse, et, en soulevant un peu la tête, il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d'extrême justesse. D'impuissance, ses nombreuses pattes, d'une minceur pitoyable par rapport au volume du reste, papillonnèrent devant ses yeux."
La Métamorphose, c'est peut-être l'une des oeuvres les plus noires de Kafka. Comment d'ailleurs se peut-il que l'on étudie une oeuvre aussi profonde au collège, alors qu'on est à peine armé pour en comprendre les concepts et les symboliques ? J'ai découvert la Métamorphose à 13 ans. La première fois, je n'ai rien compris, puis mon professeur, un jeune nouveau, commença à me donner l'envie de redécouvrir le livre avec quelques clés ; des images fortes de Prague, ses petites rues sinistres du ghetto Josefov, le château sombre dominant la ville, le côté glauque d'une capitale partagée dans sa culture, par son histoire et par ses gens. La Métamorphose, c'est peut-être la meilleure représentation que Kafka avait de lui-même. Une réflexion incontournable sur l'être et son utilité. Tout est présent : un condensé de nos angoisses les plus terribles, une vision redoutable et sans concession de l'humanité qui ne manque pourtant pas d'humour noir, car comme le rappelle à juste titre à mon sens le philosophe Gilles Deleuze, Kafka était un homme à l'humour débordant ...
"L'insecte ne doit pas être dessiné, représenté? Car il est voué à n'être que "ça": "devant ce monstre, dit la s?ur, je n'ai pas l'intention de prononcer le nom de mon frère." Et un peu plus loin, la femme de service découvrant son cadavre s'écrit : "Venez voir un peu, c'est crevé; c'est là, par terre, complètement crevé."
Dans la Métamorphose, la chose en quoi se transforme Gregor Samsa est une chose inhumaine, innommable, irreprésentable ou seulement ébauchée. Mais que peut-elle alors symboliser, si ce n'est sûrement, par delà l'auto dévalorisation de l'auteur, ce qui vient rappeler la vanité de ceux qui l'entourent ? On pourrait retrouver en peinture le même type d'analogie que celle de la Métamorphose dans les Ambassadeurs, célèbre tableau du peintre Hans Holbein le jeune, où "l'énigmatique forme allongée se révèle être, par changement de perspective, une tête de mort...".
Où la métamorphose viendrait rejoindre alors l'anamorphose ...
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La Métamorphose et autres récits : Tous les textes parus du vivant de Kafka, I. Édition de Claude David
La Métamorphose et autres récits : Tous les textes parus du vivant de Kafka, I. Édition de Claude David
par Claude David
Edition : Poche
Prix : EUR 4,50

15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un chef d'oeuvre fantastique : l'animalité et la solitude, 29 mai 2004
Ce qui domine dans l'oeuvre de Kafka, c'est le fantastique qui est omniprésent pour traduire avec une impression étrange mais fascinante et déroutante les réalités de notre monde. Le plus étonnant dans La Métamorphose, c'est bel et bien le côté direct de l'approche : Kafka nous plonge immédiatement dès la première phrase dans le drame tragi-comique qui se joue dans la vie du principal personnage, Gregor Samsa, un agent de commerce toujours en voyage obligé de travailler dans une entreprise qu'il n'aime pas pour payer les dettes de ses parents. Ce dernier se réveille un matin dans la peau d'une espèce de cafard, de blatte immonde, dans l'impossibilité de bouger, de parler ... Imaginez l'horreur, le désarroi, l'étonnement, la gamme de tous les sentiments qui l'envahissent, tout d'abord dans la solitude de sa scrutation, mais aussi quand son supérieur et sa famille essaient de savoir ce qui se passe pour que Gregor soit absent et si étrange.
Kafka dépeind la découverte de Samsa, puis l'appréhension de ce nouvel état sous toutes ses dimensions physiques et mentales et enfin la manière dont il va s'habituer et vivre avec tout en tentant par de nombreux efforts de le dissimuler à tout son entourage. Bien qu'il y ait des détails importants qui nous traduisent l'ambiance, les décors en arrière-plans jetés comme quelques repères matériels dans un état qui dépasse toute réalité des choses, Kafka est très direct, presque radical dans son style. Des phrases courtes, efficaces qui décrivent tout en proposant l'intériorité du héros avec une rare habileté. Malgré la relative simplicité de l'intrigue, celle-ci reste captivante de bout en bout grâce à la dynamique très forte et à l'alternance entre l'intériorisation des réflexions et les sentiments exprimés. Le fond est d'une rare profondeur, puisque cet ouvrage condense l'essentiel des angoisses de l'homme avec une pointe d'absurde et une forte référence à la solitude de la vie même de l'auteur à travers l'animalité et la négativité absolue. J'avoue que j'adore ce type de lecture courte (60 pages) qui est riche de symboliques et de sens sur la Vie ...
Si vous deviez découvrir La Métamorphose, préférez l'édition avec les autres récits qui sont excellentissimes, autant que La Métamorphose avec notamment Description d'un combat ou des extraits de Contemplation...


A l'ombre de la haine - Édition Prestige [Édition Prestige]
A l'ombre de la haine - Édition Prestige [Édition Prestige]
DVD ~ Billy Bob Thornton
Prix : EUR 13,00

9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Plaidoyer contre le racisme ordinaire, 23 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : A l'ombre de la haine - Édition Prestige [Édition Prestige] (DVD)
C'est dans A l'ombre de la Haine qu'est révélée la superbe Halle Berry, première femme noire oscarisée pour son rôle justement très fort dans ce drame psychologique intense. Elle joue le rôle d'une serveuse paumée qui va perdre tour à tour son mari, en attente depuis 14 ans dans le couloir de la mort, condamné à mort pour un meurtre et exécuté sur la chaise électrique par celui qu'elle va aimer par la suite, Hank, puis son jeune fils boulimique renversé accidentellement alors qu'ils se promenaient sur la route. L'homme qui a exécuté son mari et qui est interprété avec justesse par l'épatant Billy Bob Thornton va aider la jeune femme en la ramassant au bord de la route et en amenant son enfant à l'hopital où il meurt! Face à ce chagrin, cet homme, pourtant dur et raciste, va ouvrir son coeur et commencer à entretenir une liaison avec cette femme qui est ruinée et qui ne sait plus où elle en est...
Billy Bob Thornton, déjà impeccable dans The Barber des frères Coen, montre toute l'étendu de son jeu d'acteur en oscillant entre la dureté et la tendresse. Halle Berry est excellente ce qui n'est pas étonnant puisque ce rôle lui a apporté la consécration dans le métier. On oublie sa plastique un peu froide pour découvrir la force de son jeu. Le film est intéressant, traité avec originalité ce qui change un peu des plaidoyers habituels contre le racisme ordinaire. En ancrant l'histoire dans le quotidien de l'Amérique profonde, il ne prend que plus de relief. Il est une forme de rédemption peu crédible a priori si on s'en tient au déroulement de l'histoire, mais très importante à creuser quand on voit à quel point l'amour peur changer deux êtres que tout aurait du opposer!


Ten [Édition Collector]
Ten [Édition Collector]
DVD ~ Mania Akbari

14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Hymne aux femmes d'Iran, 23 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ten [Édition Collector] (DVD)
Dans Ten, l'un des derniers films du cinéastes iraniens Abbas Kiarostami, on découvre tout le talent et la force symbolique dont sont chargés ses films pourtant peu couteux en budgets, puisqu'ils sont pour la plupart filmés avec des petites caméras numériques, improvisés tant dans les dialogues que dans le choix des acteurs.
C'est parce que ce sont des non-professionnels qui nous offrent leur vision du monde par le cinéma, que l'on rencontre un cinéma trop rare et si marquant : ici une femme, filmée au volant d'une voiture, est le vecteur de dix histoires, 10 portraits entrecroisés de femmes iraniennes d'âges et milieux différents que l'on voit défiler, dix destinées touchantes saisies au hasard des rencontres, de ce voyage curieux, tantôt drôle, tantôt dur... C'est jubilatoire comme toujours puisqu'on oscille entre la fiction dramatique et le documentaire précis et curieux de tout ! La mise en scène est d'une spontanéité incroyable et pourtant si professionnelle ; on sent au fil des images la caméra chargée de missions sur l'épaule de Kiarostami qui reste l'apôtre du cinéma humaniste venu d'Iran...


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