Profil de Nicole C. > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Nicole C.
Classement des meilleurs critiques: 977.355
Votes utiles : 396

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Nicole C.

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3
pixel
Entertainment
Entertainment

11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Hypnotique et crucial, 3 novembre 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Entertainment (CD)
On a beaucoup écrit sur cette formation mythique de Leeds apparue dès 1977 à la faveur de l'explosion punk. Leur engagement militant, d'obédience d'extrême-gauche, demeure notoire. Mais, outre la critique sociale salutaire, il convient d'insister, ce qui est au reste tout un, sur leur radicalité musicale. Leur chef-d'oeuvre de premier album, "Entertainment !", sorti en 1979, l'atteste : on a rarement eu affaire à une telle tension hypnotique, été littéralement baladé par des basses aussi martiales, été violenté par une telle puissance rythmique asphyxiante, été bousculé par de telles stries guitaristiques hallucinées. Le secret de cette puissance corrosive réside dans le minimalisme assumé de la construction musicale, laquelle confine à l'abstraction. A l'instar du Durruti Column, des ultimes Buzzcocks, de Wire, Magazine, PIL et bien sûr Joy Division, le Gang Of Four d'"Entertainment !" s'avère un groupe non-figuratif à l'extrême, réponse typiquement anglo-saxonne, et ô combien efficace, à l'aristrocatisme punk new-yorkais de Television ou Talking Heads. Ce qui est au fond d'autant plus paradoxal que cet album introduit prophétiquement une pincée de funk dans la brutalité sauvage du punk. Mais c'est précisément d'un funk abstrait, très "blanc", anti-festif, endolori et brumeux qu'il s'agit, dans la lignée la plus expérimentale et ambitieuse de Parliament ou Sly Stone. Un album hypnotique donc, fondé sur des boucles répétitives fascinantes, et qui pourtant conserve une réelle urgence de tous les instants. Notons enfin que, à l'instar de tous les grands disques de cette période bénie, il n'a pas pris une ride, et demeure décidément en avance sur un temps qui a érigé la médiocrité et la posture musicales en valeurs dominantes.


Born Sandy Devotional [10 Trx]
Born Sandy Devotional [10 Trx]
Proposé par Hottest Sounds Around UK
Prix : EUR 4,00

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Desertshore, 3 novembre 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Born Sandy Devotional [10 Trx] (CD)
Sorti en 1986, ce quatrième album des méconnus Triffids est typiquement le genre de disque que l'on a envie de défendre avec ardeur. Rappelons pour mémoire que les Triffids sont un collectif australien ayant, à l'instar des Go-Betweens ou du Birthday Party de Nick Cave, dominé les années 80 de leur lyrisme noir et bilieux, de leurs textes sombres et crépusculaires, de leur aura inquiétante et nébuleuse.
Dominé est toutefois un bien grand mot, tant la reconnaissance planétaire aura fait défaut à un groupe dont le miraculeux "Born Sandy Devotional" aurait pu, aurait dû même, faire l'une des forces majeures du rock des années 80, au même titre que, par exemple, The Jesus And Mary Chain ou Echo And The Bunnymen. Tel n'aura point été le cas, le destin ne l'ayant sans doute pas entendu de cette oreille. "Born" est pourtant l'un de ces chefs-d'oeuvres mythiques et intemporels qui parsèment l'histoire du rock, une de ces oeuvres cultes et fiévreuses qui en orientent souterrainement le cours et lui confèrent son authentique prix. David McComb, guitariste et chanteur à la voix profonde et puissante (disparu en 1999) distille ici des poèmes de rage et de ferveur quasi religieuse (culte païen), poèmes portés par des murs de claviers et de violons ascétiques, quand soudain surgit la douce voix innocente, sublime et un brin perverse de Jill Birt qui hisse l'émotion véhiculée par ce disque à son point d'incandescence. A-t-on jamais entendu une mélodie aussi pure que le "Tender Is The Night" qui clôture l'album dans une atmosphère de paix et de béatitude nocturne ? A-t-on été souvent à ce point bouleversé par la puissance lyrique et fascinante d'un "Stolen Property" mémorable ? Et que dire du vibrant et décisif "Wide Open Road", lequel justifierait à lui seul l'achat de l'album ?
"Born" est un magnifique chant de désert et d'espace infini, remontant aux sources primitives de la country ou du blues pour en renouveler les modes d'expression et les transmettre, en une sorte d'héritage oraculaire, aux témoins des générations futures. Par cette radicalité créatrice, il apparaît l'égal de disques aussi fondamentaux que le "No Other" de Gene Clark ou les albums de Gram Parsons (dont McComb était un grand admirateur). De même, il se donne comme l'équivalent musical d'oeuvres cinématographiques aussi essentielles que "Paris-Texas", "Unforgiven" ou, peut-être plus encore, "The Misfits" : un même souffle abyssal et venu d'ailleurs y résonne à travers les dunes...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 19, 2010 1:01 PM CET


A Wizard, A True Star
A Wizard, A True Star
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 34,38

29 internautes sur 29 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 kaléidoscopique, 4 septembre 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : A Wizard, A True Star (CD)
De Todd Rundgren, je ne savais guère que deux ou trois choses. Musicien multi-instrumentiste plus ou moins inclassable, confiné au statut de créateur "culte" et adulé par une poignée de fanatiques de par le monde, producteur éclectique (Badfinger, New York Dolls, XTC, mais aussi Meat Loaf, hum), auteur enfin de quelques albums fantasques, dont certains, au cours des années 70, se sont payés le luxe d'entrer dans la légende du rock, et par la grande porte s'il vous plaît.
Les albums justement. Autant commencer par celui (avec "Something/Anything") que l'on considère quasi unanimement comme son chef-d'oeuvre absolu : "A Wizard, a true star" (73), acclamé en son temps par rien moins que Patti Smith et Yves Adrien réunis. L'objet ne peut que déconcerter de prime abord. On y entend une profusion de sonorités étranges, des bruits bizarroïdes tout droit sortis d'un film de science-fiction, ça clapote, ça ronronne, ça explose par endroits, ça fuse, ça dépote, ça grince, ça feule, ça ricane.
Et soudain (ou progressivement, c'est selon), tout ce petit monde prend forme, revêt une cohérence improbable, la texture sonore infiniment dense prend tournure, et on réalise qu'on a affaire à de vraies chansons, savamment orchestrées par une espèce de fou génial nous concoctant ses mixtures du haut de quelque donjon retranché dans les brumes. Rundgren a endossé son costume d'Arlequin pour déambuler au sein de son bric-à-brac touffu et génial, faisant à présent tournoyer sa lanterne magique, distillant au passage une espèce de féerie psychédélique, carnavalesque, une fête sensorielle tous azimuts. Des mélodies rêveuses en apesanteur ("Zen Archer", "Never Never Land", "Sometimes I Don't Know What To Feel") glissant sur des nappes de synthés en délire ("International Feel", "Is It My Name ?") répondant à des sections de cordes affolées, tel est le labyrinthique "A wizard", paré pour le dérèglement de tous les sens en une symphonie orgiaque qui fait penser à une sorte de croisement lunaire entre "Sergent's Pepper" et la face B d'"Abbey Road", le tout à l'envers, s'il vous plaît.
Un vrai magasin de jouets tout bariolé, systématiquement créatif, inventif, audacieux, expérimental, qui, s'il peut rebuter de prime abord, doit se laisser apprivoiser avec patience tant ses richesses sont prometteuses. Il suffit de prêter une oreille au merveilleux medley soul (avec sa reprise sublime du "I'm So Proud" de Curtis Mayfield) ou au splendide bouquet final, jaillissant et multicolore dans son style Brill Buildind/Carole King ("Just One Victory"), pour s'en convaincre. On a là, au final, une sorte de pop baroque raffinée et sophistiquée, une espèce de rock progressif ayant laissé ses boursouflures à la maison, pour se révéler fragile, vulnérable et touchant, et un artiste de premier plan qui ne mérite sans doute pas la confidentialité dans laquelle il demeure confiné.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 12, 2014 9:00 AM MEST


Late For The Sky
Late For The Sky
Prix : EUR 11,00

17 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Douleurs et exaltations, 3 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Late For The Sky (CD)
Récemment, dans son petit livre "31 songs", Nick Hornby rendait un hommage vibrant à Jackson Browne, auteur-compositeur de "folk introspectif" californien, qu'il prétend avoir longtemps méprisé dans sa jeunesse pour ses coupes de cheveux (!) et sa tendance au lyrisme, alors que lui, Hornby, ne jurait que par la violence et l'agressivité rebelles du punk. A l'heure des bilans de la quarantaine, retour aux vraies valeurs, semble-t-il. Et, en effet, ce "Late For The Sky" de Browne est un véritable joyaux déchirant, ne serait-ce que pour le premier titre, éponyme, qui relate, dans la tristesse, la dignité et l'amertume, la douleur d'une séparation. Mais le reste, côté grandeur, est à l'avenant. On a ici affaire à des morceaux de toute beauté, à la construction complexe, souvent longs (beaucoup dépassent les cinq minutes), si bien que plusieurs écoutes attentives seront requises pour se pénétrer de la sève secrète de ces trésors introspectifs, aux paroles élaborées, traitant du divorce, de la solitude, de la mort, voire de spiritualité religieuse. C'est le cas notamment de l'immense titre final, "Before The Deluge", d'une profondeur incroyable pour un morceau de rock, où la voix de Browne se fait à la fois suppliante et exaltée, appelant la "musique à maintenir nos esprits en altitude", tandis que la guitare de l'excellent David Lindley sonne, de manière proprement ahurissante, telle un vieux violon rouillé sorti tout droit du folklore irlandais. Métaphysique. Même les titres plus rapides, plus rock n'roll, sont teintés d'une manière de mélancolie qui finit par imprégner tout l'album, surtout due à ce piano lancinant et à la voix de Browne, laquelle n'est pas sans évoquer celle d'un de ses descendants les plus obvies, un certain Ron Sexsmith.


Surrealistic Pillow
Surrealistic Pillow
Proposé par SeeDeez
Prix : EUR 2,79

25 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Surréaliste, 26 avril 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Surrealistic Pillow (CD)
1967...Déjà ça s'annonce sous les meilleurs auspices. La plus grande année pour le rock, incontestablement. Et il est non moins incontestable que ce disque mythique y contribue ! Exhalant des parfums délicieusement communautaires, suintant l'utopie et la quête d'un ailleurs, il distille une nostalgie de tous les instants pour ces époques révolues que l'on n'a pas eu l'heur de côtoyer. Disque symbole du psychédélisme alors en vogue, il tient parfaitement son rang aux côtés des opus du Grateful Dead et de Quicksilver, avec un léger accent cérébral en prime. Les guitares acides du virtuose Jorma Kaukonen, la voix inimitable, à la fois glaçante et totalement délurée, de Grace Slick, installent des climats tantôt inquiétants, tantôt chaleureux et exaltants, comme sur le fameux "Somebody To love". Mais ce sont surtout deux ballades qui méritent toute l'attention de l'auditeur : le délicat et mystérieux "Today", universellement célébré, et surtout,oui surtout, le fabuleux "Comin' Back To Me", qui, à la faveur d'une phrase de guitare relativement simple, constitue une des plus belles et plus pures mélopées jamais entendues de mémoire d'homme. Espérons que cette remasterisation sera à la hauteur de cet album exceptionnel, tant les éditions précédentes se trouvaient grevées par un son d'une qualité plus que médiocre, où la substance des morceaux se voyait sacrifiée au profit d'une mélasse inaudible.


I Am The Cosmos
I Am The Cosmos
Prix : EUR 15,92

14 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Cosmic dancer, 8 février 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : I Am The Cosmos (CD)
Ceci n'est pas un album. D'abord il s'agit d'une compilation de titres et autres démos orchestrée par le frère de l'auteur, David Bell. Mais surtout, il s'agit bien plus d'un concentré de vie et de mort, d'une réunion de débris stellaires, de fragments éthérés issus d'une âme en perdition, l'âme tourmentée et dépressive d'un beautiful loser pas si beautiful que ça, hanté par la fatalité du destin, de cette déveine qui s'accroche à nos basques pour ne plus nous lâcher. A travers un canevas de morceaux magistraux, l'ancien leader de Big Star (avec le non moins tourmenté Alex Chilton), nous livre ici sans détour le fruit défendu d'une introspection existentielle désespérée, où plane le spectre de la mort qui le happera en 1978. Où l'on retrouve la classe intemporelle du divin Big Star, dans l'alternance de ballades somptueuses et douloureuses, et de titres agressifs d'inspiration rythme n'blues. Queue de comète de la grande étoile en quelque sorte. On s'attardera notamment sur la beauté dénudée et foudroyante de "You and your Sister", sur la splendeur quasi symphonique de l'immense "Look Up", sur les puissants et oppressants "Better Save Yourself" et "Speed Of Sound", ainsi que, bien entendu, sur la chanson-titre, le fabuleux et classique "I Am The Cosmos", qui font de cette compilation posthume un authentique poème cosmique en apesanteur, parsemé de trous noirs, gorgé de poussière celeste. Chris Bell s'est désormais envolé vers d'autres cieux, reste la musique, éternelle. Tu étais poussière, tu redeviendras poussière, RIP.


Grand Prix
Grand Prix
Prix : EUR 9,00

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Powerpop forever, 1 février 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Grand Prix (CD)
Oyez, oyez, braves gens ! L'écriture infectieuse d'Alex Chilton a imprégné lentement les consciences juvéniles jusqu'à engendrer ses enfants de la nuit, tous prêts à servir le culte, à dresser ses autels powerpop au légendaire Big Star. Ignorée de son vivant, confinée au statut de groupe culte, voire maudit, la formation d'Alex Chilton et Chris Bell n'en espérait sans doute pas tant : Wilco, The Replacements, The Posies, Action Figures, The V-Roy...et surtout, surtout, le Teenage Fanclub, dont on jurerait que le nom même n'est qu'un gage d'allégeance supplémentaire, se sont revendiqués d'eux.
Certes, un des plus brillants morceaux de cette remarquable collection est dédié à Neil Young ("Neil Jung"), autre influence majeure, mais le ton, la couleur, le style, la construction, les harmonies vocales, la voix même de Norman Blake, tout ici transpire la méditation inlassable des Tables de la Loi du divin Big Star. Mais alors, qu'attendre d'un groupe aussi apparemment dénué d'originalité ? Hé bien d'abord reconnaître, tout confus, que son originalité réside précisément dans cette absence d'originalité revendiquée et assumée, dans cette fidélité sans faille au mythe de cette powerpop 70's, qu'il s'agissait tout bonnement de faire renaître de ses cendres, afin d'en entretenir désormais le feu sacré.
Et celui-ci se trouve ici-bas admirablement préservé : si l'on ne retrouve pas, si l'on ne PEUT retrouver l'inquiétante étrangeté du groupe de Chilton (encore que...), on se voit aussi bien assailli de mélodies succulentes, délicieuses, à consommer sans fin (le prodigieux "Going Places", l'émouvant "Tears"), bouleversé par des morceaux jubilatoires ("Sparky's Dream", "Don't Look Back"), enfin bref reconnaissant devant de telles pièces d'anthologie, déjà éternelles, qui donnent envie de courir dans tous les sens, de vider sa chambre de tous ses meubles afin de la transformer en piste de danse ou, mieux, en piste de défouloir, en champ de bataille, afin de pogoter tous ensemble, ou seul, avec son âme.


Chelsea Girl
Chelsea Girl
Prix : EUR 9,99

15 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Lumineuse noirceur, 20 janvier 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Chelsea Girl (CD)
Ce premier album de Nico est aussi son plus accessible. Sans doute parce qu'il ne traduit pas encore la vision singulière, unique de la reine des neiges. On serait toutefois bien mal inspiré de le considérer comme un album de commande. Il s'agit d'une pure merveille, à la beauté déjà trouble et angoissante, comme si les tourments de la chanteuse étaient encore ici contenus en germe sous un halo de lumière vaporeuse. Cette lumière diffuse on la doit ici surtout à son compagnon du moment, l'excellent Jackson Browne, qui signe deux titres d'une puissance et d'une beauté éblouissantes : "These Days", dont les arrangements fastueux irradieront des formations comme Felt ou Belle And Sebastian, et l'héroïque "Somewhere there's a feather". Mais les compagnons de fortune du Velvet ne sont pas en reste (plutôt au rayon noirceur quant à eux, surtout Cale, bien sûr), John Cale offrant à Nico un "Winter song" qui donne déjà dans l'expérimentation, alors que la réunion des trois talents (Cale, Lou Reed et Nico elle-même) débouche sur un délire expérimental particulièrement osé, lequel n'a rien à envier à l'audace mortifère d'un "Heroïn" (écoutez le violon fou de Cale, ça ne vous rappelle rien ?), voire à la névrose obsessionnelle qui transit le mythique "Sister Ray" ! Une reprise brillante de Dylan vient agrémenter le tout, mais le clou de ce spectacle multiforme réside dans le dernier morceau du disque, peut-être le meilleur : Nico, sous la houlette du génial Tim Hardin, se fend d'un hommage à Lenny Bruce, le dépressif et marginal "comique" américain (auquel Bob Fosse a dédié un film remarquable en 1974), or cet hommage est profondément déchirant, à la fois lacrymal et extraordinairement digne, comme savait l'être Hardin. Une chanson magnifique qui, à elle seule, justifie le statut de chef-d'oeuvre de cette première oeuvre méconnue, mais que tout invite à redécouvrir sans délai (y compris son prix actuel, pour le moins modique !).


No Other
No Other
Proposé par ZOverstocksFR
Prix : EUR 4,23

63 internautes sur 64 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le chef-d'oeuvre inconnu, 7 janvier 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : No Other (CD)
Ne pas se fier, surtout, à la première impression éprouvée à l'orée de ce disque : un style countrysant, optimiste, tranquille, un brin "laid-back" ("Life's greatest fool") : il n'en est rien (on réalisera rétrospectivement que ce premier titre est tout aussi pervers), ce que vient aussitôt confirmer le second morceau, tout de noirceur inquiétante ("Silver raven"). Qu'est-ce que ce corbeau argenté et mystérieux qui plane au-dessus des rivières sans retour ? Ici la rythmique se fait entêtante, les basses percutantes, les guitares obsessionnelles : voilà le grand album baroque auquel, depuis maintenant trente ans, un culte (très) secret est dévolu.
Son auteur, Gene Clark, est pourtant loin d'être un inconnu : membre fondateur, avec David Crosby, des légendaires Byrds, il a quitté précocement le groupe (1966), à l'issue de conflits internes et autres jalousies latentes. Après huit années de carrière solo quelque peu erratiques - à l'image du personnage - il signe là assurément, après le très remarquable et très peu remarqué "White light", son chef-d'oeuvre absolu. Ce disque produit une impression fascinante : nous voilà plongés dans les grands espaces désertiques d'une Amérique rêvée, tels que le Cinéma, des grands westerns de John Ford à "Paris-Texas" (Wenders) en passant par l'onirique "Zabrisky Point" d'Antonioni nous les a donnés à voir, et à vivre. On a le sentiment d'une prise directe avec cette nature hostile et grandiose, cette terre brûlée par un soleil rougeoyant, où les corbeaux altiers déploient leurs ailes argentées, comme en une augure secrète, une prophétie inavouable. La voix traînante, amère, désolée, fragile, à chaque fois rompue, et pourtant digne et chaleureuse de Gene Clark, règle la marche d'un opus foisonnant, aux arrangements ambitieux et déroutants, aux choeurs surpuissants (on croirait parfois entendre les I-three !), qui donne à certains moments un sentiment de vertige et de perdition, comme sur le magnifique "Strength of strings".
Mais ce n'est rien encore comparé à ce monument absolu de lyrisme fiévreux et maladif que représente l'invraisemblable "Some misunderstanding", au mitan de l'album, chef-d'oeuvre au sein du chef-d'oeuvre, incroyable morceau de plus de huit minutes, bouleversante confession de Gene à la femme aimée, porté par une orchestration démesurée, excessive et désarmante (piano, synthés, cordes, saxos, etc.), à la beauté sauvage et primitive : inoubliable car éternel. Cet album de désert, de distance, de lointain et d'inconnu oraculaire, comme imprégné de mysticisme indien, cet album qui, tel l'être heideggerien, ne se découvre qu'en se voilant, se referme alors sur une page musicale d'un grand raffinement et d'une belle complexité, "Lady from the north, lequel suit le très entraînant et jubilatoire "The true one". "No other" s'affirme, en toute simplicité, comme l'un des plus grands disques de tous les temps, mais aussi comme l'un des plus méconnus, à ranger aux côtés du "Odessey and oracle" des merveilleux Zombies.


Treasure
Treasure

13 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Froideur céleste, 31 décembre 2003
Ce commentaire fait référence à cette édition : Treasure (CD)
Le troisième album des Cocteau Twins est généralement considéré comme leur plus abouti, comme l'album réalisant au mieux l'équilibre entre la fraîcheur mélodique pop et les ambiances éthérées et stratosphériques, lesquelles font la marque de fabrique du groupe. Les incantations, les psalmodies, les "miaulements" mystérieux, voire mystiques, de Liz Frazer apparaissent plus percutants et entraînants que jamais, tandis que le nouveau bassiste et claviériste Simon Raymonde distille habilement des atmosphères lourdes et cotonneuses, comme en un rêve langoureux ou, mieux, comme dans cet état transitoire qui nous voit à mi-chemin de la veille et du sommeil. Un disque onirique donc, un disque de rêve, qui nous fraie un chemin dérobé à travers les limbes, nous dévoile des paysages mythologiques (cf. les titres énigmatiques des morceaux), aux accents ésotériques, sans se départir d'une tonalité cérébrale et désincarnée, toute de froideur céleste. Quatre titres au moins se signalent tout particulièrement à l'auditeur par leur étrange beauté : le puissant "Lorelei", l'entraînant "Pandora", l'excellent "Aloysius" et surtout l'extraordinaire "Domino" qui referme de ses rythmes lancinants et douloureux un album à la densité exceptionnelle. Un grand disque des années quatre-vingt, à redécouvrir.


Page : 1 | 2 | 3