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Contenu rédigé par Eric Terranulla
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Commentaires écrits par
Eric Terranulla (France)

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Histoire de l'Italie, du Risorgimento à nos jours
Histoire de l'Italie, du Risorgimento à nos jours
par Sergio Romano
Edition : Poche
Prix : EUR 9,60

21 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un livre à refondre complètement, 29 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire de l'Italie, du Risorgimento à nos jours (Poche)
La collection Points Seuil publie, en matière d'histoire, les livres de référence des premiers cycles universitaires. Le lecteur un peu habitué leur reconnaît des qualités (annexes solides, bibliographie, segmentation précise du récit qui appelle à la prise de notes et au surlignage) mais aussi des défauts (style défaillant, peu de vrais enjeux historiographiques, aussi peu enthousiasmants qu'un cours de première année à la fac, des références vieillies, des rééditions hasardeuses).

Loin de moi l'idée de remettre en cause l'utilité de cette collection, dont la cible étudiante est bien définie. Mais avec Histoire de l'Italie du Risorgimento à nos jours de Sergio Romano, le lecteur est malheureusement confronté à l'illustration exhaustive des défauts de la collection. Publié la première fois en 1977, puis réédité plusieurs fois, le livre de Romano est dépassé. Pour ce qui est de la partie 1861-1945, je trouve le récit parfois hasardeux dans ses choix, mais le pire se trouve dans la partie post-1945. Romano n'a jamais refondu les paragraphes des années 60 et 70 qui se perdent dans l'écume du passé immédiat et ne parviennent jamais à dresser des perspectives. Que Romano n'ait pu le faire en 1977, nul ne peut lui reprocher. Mais les rééditions successives n'ont fait qu'ajouter des strates de commentaires électoraux. La dernière partie date de 1994. L'importance de ce début de décennie 90 pour l'Italie contemporaine est complètement sapée par la médiocrité des chapitres finaux. Romano n'a pas retouché ces chapitres lors des rééditions. Vu son âge, aucune nouvelle version ne devrait sortir. Et Le Seuil pourrait, à l'occasion, relancer un nouveau projet sur l'Italie depuis 1861.

Car les défauts dont souffre ce livre ne tiennent pas seulement à une actualisation défaillante. Cette histoire d'Italie est vieillie : pas de symboles, pas d'histoire culturelle, pas d'histoire des représentations, pas d'histoire des phénomènes sociaux, pas d'histoire intellectuelle, pas de vision affinée des groupes sociaux, pas même d'histoire urbaine. La bourgeoisie veut. La bourgeoisie pense. La bourgeoisie fait. Schématique et mal ficelé : la collection Points Seuil devrait refondre complètement cet ouvrage, plutôt à destination d'un public étudiant. De l'histoire politico-sociale marxisante caricaturale. Et pas assez d'évènements pour servir réellement l'étudiant en premier cycle, malgré une bonne chronologie et des notices biographiques détaillées en annexes.

Cette histoire est terriblement vieillie. Ses analyses ont maintenant plus d'une trentaine d'années. On a du recul désormais sur le compromis historique DC/PC. Il y a eu l'opération mani pulite, l'effondrement du système politique et de la Ière République, le berlusconisme etc... On a également du recul sur le transformisme et les aléas historiques de l'Italie depuis sa fondation.

C'est exactement le genre de livres d'histoire ennuyeux, schématiques, partiaux, vieillis qui ne devraient plus exister. Sous prétexte d'être synthétiques, ils sont schématiques, sous prétexte d'être courts, ils sont elliptiques, sous prétexte d'être complets, ils sont superficiels, sous prétexte de présenter des analyses, ils fondent l'histoire de l'Italie dans un boulghour marxiste scientifiquement indigeste de nos jours.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 29, 2013 6:36 AM CET


Président Kissinger
Président Kissinger
par Maurice Girodias
Edition : Broché
Prix : EUR 21,30

2.0 étoiles sur 5 Parodie vieillie, 29 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Président Kissinger (Broché)
Cette petite uchronie, Président Kissinger, a été interdite aux USA et n'y a jamais été publiée. Si certaines scènes sont lourdement caustiques, elles ne justifient probablement pas la censure dont le roman a été victime. Ce jeu littéraire, historique et politique a en fait été la victime de manœuvres, rapidement rappelées en guise d'introduction, sans rapport avec son contenu.
Ceci posé, il ne faut pas espérer d'éléments sulfureux justifiant, sur le fond, l'interdiction dont a été victime "Président Kissinger". Une bonne partie du livre retrace dans les grandes lignes la vie de Kissinger. L'histoire alternative ici décrite se fonde sur des modifications constitutionnelles et ne prend forme qu'à mi-livre : l'obligation d'être né américain pour se présenter à la Présidence des USA n'existe plus. Kissinger, juif né en allemagne dans les années 20, se présente pour les républicains en 1976 et devient le président des USA. Ce monde, au fur et à mesure de l'avancement de la décennie 70, se désintègre progressivement : explosion de la Yougoslavie, déclin de l'URSS, etc... Kissinger va devoir être particulièrement réactif.

Les hypothèses de départ sont parfois bien vues, et Kissinger, ici héros relativement positif, est l'exact inverse du salaud intégral qu'il représentait alors aux yeux de la gauche des années 70. L'auteur, Girodias, écrit une uchronie à la fois charge contre le vrai Kissinger, contre la politique américaine et plus largement contre le monde de la guerre froide. Quelques banalités utopiques de gauche, assez typiques de la période affaiblissent la portée de l'histoire et en polluent le déroulement par des invraisemblances.

Autant la première partie, sous un angle gentiment satirique, décrit bien l'ascension de Kissinger et d'éventuelles crises en Europe de l'est, autant la seconde, en forme de leçon d'anti-kissingérisme, sombre dans l'irrationnel. Quelques bonnes intuitions (explosions de la Yougoslavie et de l'URSS, rôle de l'islam) parsèment, peut-être par hasard, le livre, mais la plupart des crises et des solutions trouvées par le merveilleux Henry sont de vieux poncifs gauchistes.

Ceci dit, ma critique est un peu hors de propos : il s'agissait de toute manière d'un livre de combat, qui aurait pu (et dû) trouver son public dans les années 70. Une amusante manière de combattre Kissinger, un livre jouant sur l'actualité, une histoire reprenant à contre-emploi quelques hommes importants de l'époque, etc... Malheureusement, le lire en 2009, c'est un peu comme si vous lisiez des romans d'anticipation sur la IIIe guerre mondiale entre les Soviétiques et les Américains. Ce livre de circonstance est réédité par les éditions Tristram, sans qu'aucune des circonstances qui ont présidé à son écriture ne soient encore présentes. Quel intérêt? il ne peut être lu que comme une charge, parfois bien vue, parfois lourdaude, contre la politique menée à l'époque de Nixon. Avouons que tous ces évènements sont gentiment sortis de la tête des lecteurs d'aujourd'hui.


L'histoire oubliée des guerres d'Italie
L'histoire oubliée des guerres d'Italie
par Jacques Heers
Edition : Broché
Prix : EUR 24,50

24 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Synthèse rapide mais complète, 26 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'histoire oubliée des guerres d'Italie (Broché)
Jacques Heers est un médiéviste prolifique qui, depuis sa retraite universitaire, publie énormément de synthèses sur le Moyen-Âge. Il est difficile de trouver une histoire des guerres d'Italie qui ne soit pas le seul récit du passage de Charles VIII et de ses successeurs dans la péninsule. Heers en profite donc ici pour combler une lacune évidente dans le domaine.

Vu ses connaissances en la matière, Heers aurait pu produire quelque chose de bien plus important et détaillé. Néanmoins, ce livre jouira probablement, pendant un temps, d'un monopole aux yeux de tous ceux que le sujet intéresse de loin et de tous les honnêtes hommes qui n'ont pas le temps de se plonger dans les revues spécialisées.

Le récit démarre avec la croisade de Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, que le Pape envoie à Naples et en Sicile pour le débarasser, enfin, des encombrants rejetons des Hohenstaufen, empereurs allemands. Le livre s'achève, trois siècles plus tard, avec la fin des entreprises italiennes de François Ier et les débuts de la mainmise Habsbourg sur l'Italie. Cette présence française, dont la mémoire collective ne retient que les points saillants (les Vêpres siciliennes, Fornoue, La Palice, Bayard, "chevalier sans peur et sans reproches", Marignan, "Tout est perdu fors l'honneur"), méritait bien un livre. Heers revient sur l'installation des Hohenstaufen, leurs conflits avec les Papes, la Croisade de Charles d'Anjou, la conquête de Naples, celle de la Sicile, presque aussitôt perdue, les règnes brillants des premiers angevins (Heers y est un peu rapide, sauf pour la reconstruction urbaine de Naples). Puis les dissenssions dynastiques, l'éloignement de Naples de ses points d'ancrage européens (la France et la Hongrie, où règnent des capétiens et des angevins), les querelles avec les papes et l'Aragon pour aboutir enfin aux "guerres d'Italie" proprement dites.

L'intérêt de ce livre est de remettre en perspective les interventions française des années 1490-1510 dans un temps long. Dans celui des trois oppositions successives qui se structurèrent au fil des siècles : opposition guelfe/gibelin, puis angevine/aragonaise et enfin française/habsbourgeoise. D'ailleurs, à l'histoire strictement chronologique de la présence française à Naples et en Sicile, Heers ajoute une intéressante synthèse finale sur les évolutions de la pratique guerrière entre le milieu du XIIIe et le milieu du XVIe siècle. C'est bien écrit, dynamique et instructif : utile pour le néophyte et l'amateur de moyen-âge ; peut-être pas indispensable aux fins connaisseurs de la dynastie angevine ou du royaume de Naples, qui trouveront certaines analyses un peu vieillies.

Edité par une petite structure catholique très à droite (Via Romana édite principalement Diesbach, des prêtres lefebvristes et Jean Madiran), le texte de Heers s'inscrit néanmoins dans les canons de la synthèse historique classique, si l'on excepte deux ou trois saillies contre les mensonges de l'école républicaine (ah son terrible complot pour cacher la vérité sur Charles d'Anjou...). Le lecteur intéressé peut, comme d'habitude, faire confiance à ce livre de Jacques Heers.


Pour l'amour de Staline : La face oubliée du communisme français
Pour l'amour de Staline : La face oubliée du communisme français
par Jean-Marie Goulemot
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Pratiques médiatiques du stalinisme, 26 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pour l'amour de Staline : La face oubliée du communisme français (Broché)
L'ouvrage de Jean-Marie Goulemot est une réédition approfondie du "Clairon de Staline", étude publiée à la fin des années 70.
Goulemot retrace trois moments collectifs centraux dans l'histoire du PCF de l'immédiat après-guerre : le 70e anniversaire de Staline, le 50e anniversaire de Maurice Thorez et la mort de Staline (soit 1949, 1950 et 1953). Le délire absurde et l'hystérie commémoratrice des communistes français de l'époque sont retranscrits avec beaucoup de sérieux et de précisions. Quelques réflexions sur l'approche tronçonnée du temps rapprochent la façade médiatique du communisme (Lettres françaises, Daix, Wurmser, Casanova, l'Humanité, etc...) des journaux de la dystopie d'Orwell, 1984 : hystérie quotidienne organisée par le sommet à propos d'un thème précis, durant des semaines entières, puis, une fois les effets politiques atteints ou dissipés, silence total à ce sujet, l'important étant de faire vivre le militant dans une mobilisation permanente donnant un sens à son engagement ; mélange des références présentes et passées qui permet, sans le dire, de tracer un lien entre Staline (ou Thorez) d'un côté et les grandes légendes du passé national et révolutionnaire, et de brouiller la perception du présent au regard du passé.

Le "petit père des peuples" illustre cette théorie : lorsque Staline approcha de 70 ans, le monde communiste vécut, durant plusieurs semaines, dans une ambiance de culte de la personnalité complètement ahurissante à nos yeux. Chaque cellule du PCF était encouragée à offrir des présents à Staline, de la lettre du déporté aux objets spéciaux manufacturés pour l'occasion par les ouvriers, des mèches de cheveux aux photographies des fusillés durant l'occupation allemande, des documents historiques aux spécialités culinaires. Cette démesure en faveur du tyran donnera lieu à l'envoi de trains bondés de victuailles et de cadeaux à destination du Kremlin, après qu'une exposition en ait révélé l'ampleur au grand public. Le destin de ces présents n'est pas connu. Une fois l'évènement passé, il n'est plus évoqué par la presse communiste. L'opération a atteint ses buts de mobilisation des militants et compagnons de route. Elle ne fait donc plus l'objet de commentaires ultérieurs. Une nouvelle histoire, un nouveau sujet accapareront l'attention du militant, le mobiliseront un temps jusqu'à ce que les comités centraux, voire les chefs eux-mêmes ne décident d'autres campagnes.

Le PCF relancera d'ailleurs l'opération, cette fois en faveur de Maurice Thorez, sur des tonalités légèrement divergentes. Présenter Thorez comme Staline aurait constitué une erreur politique qu'évite le PCF : la commémoration est particulièrement laudative quand même. Les communistes célèbrent cependant en Thorez plus la figure du Camarade que celle du Chef. L'hystérie dépassera tout ce qui était humainement envisageable à la mort de Staline. Il faut relire les odes d'Aragon et d'Eluard à Staline, les insultes lancées par Daix, Casanova ou Wurmser à ceux qui ne pleuraient pas Staline pour prendre la mesure de l'abjection dans laquelle s'est vautrée "l'intelligentsia" communiste française avant Budapest.

L'étude de Goulemot reprend les archives des quotidiens et hebdomadaires communistes, nationaux ou locaux, pour retracer cet avilissement d'une partie de l'intelligence française (qui s'en est rarement repentie). L'ensemble est convaincant. A la suite de ce court essai en partie réécrit, l'auteur associe d'intéressantes considérations sur l'approche temporelle du PCF et sur sa pratique de la commémoration ainsi qu'un petit dictionnaire biographique de l'intelligentsia communiste pré-budapest - et de son devenir au sein du Parti.

Ce livre est une étude ciblée, cohérente et intéressante sur le PCF de l'après-guerre et sa communication dans le cadre de trois "évènements" organisés au sommet de la pyramide communiste.


Firmin : Autobiographie d'un grignoteur de livres
Firmin : Autobiographie d'un grignoteur de livres
par Sam Savage
Edition : Broché
Prix : EUR 18,30

13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Petit conte pour adultes et adolescents..., 11 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Firmin : Autobiographie d'un grignoteur de livres (Broché)
Firmin, de Sam Savage, est un petit conte moderne, publié à Actes Sud. Un rat naît dans une cave de Boston dans les années 60. Il s'avère que cette cave appartient à une librairie et que le rat, en se nourissant de papier, découvre un jour qu'il sait lire... Du coup, il cesse de dévorer les livres au propre, pour les dévorer au figuré. De ces sommes de lectures, il apprend sur les hommes, la société et le monde, mais ne peut malheureusement, et ce malgré ses efforts désespérés, communiquer avec les hommes.

L'histoire est une remémoration, par ce petit rat cultivé, de sa vie de lecteur isolé au milieu d'animaux qui ne le comprennent pas et de "grands esprits humains" qui ne peuvent savoir ce qu'il pense. Au delà de l'aspect formel, toujours un peu enfantin, du conte antropomorphique, la réflexion sous-jacente est assez fine : le lecteur qui dévore des livres est souvent condamné à ne jamais vraiment pouvoir les partager, dans un monde qui ne reconnaît pas l'enrichissement personnel, la culture et le partage comme des valeurs centrales. L'individu qui refuse de ne faire que consommer et forniquer s'isole dans une société conformiste et le sentiment de supériorité qu'il tire en se comparant à ses congénères se métamorphose vite en constat de solitude totale. Lire, apprendre, connaître ne peuvent être que les moyens d'une fin supérieure, si ce n'est ni la carrière, ni le partage - impossibles dans son cas - qu'au moins l'étude soit le marchepied vers une forme de bonheur ou, pour le moins, d'équilibre. Ce n'est pas le cas, Firmin n'a pas une vie beaucoup plus joyeuse que ces congénères et on en vient presque à regretter qu'il ait cette conscience, ce fardeau à porter sur ses maigres épaules voûtées. Il sait lire mais il ne peut rien faire de ce qu'il apprend, les connaissances qu'il accumule ne lui donnent aucun moyen d'atteindre son objectif (à savoir : communiquer avec les humains). Et si cette connaissance ne sert pas une fin bien particulière, que lui aura-t-elle permis? Que lui auront donné ces milliers de lectures? Rien, ou peu s'en faut, et c'est sur ce constat amer et désabusé que s'achève le livre. Allégorie de la vie de milliers de lecteurs enfermés dans leurs prisons de papier et qui n'en feront jamais rien ?

L'écrivain, Sam Savage, publie là son premier roman et il a 68 ans : contrairement au petit Firmin, Savage aura réussi, peut-être de justesse, à laisser quelque chose dans une vie elle aussi probablement remplie de lectures.

Le style est léger sans être simpliste, l'auteur lâche quelques belles petites formules (dont une me plaît bien : "certains écrivains n'ont jamais égalé leur premier roman, je n'ai jamais égalé ma première phrase") et, en 200 pages, il parvient à composer une histoire un peu banale mais suffisamment finement racontée pour laisser un souvenir agréable.

Alors évidemment, ce n'est pas de la grande littérature classique. Mais pour de la petite littérature de divertissement, et à la condition d'apprécier ce genre, je trouve ça plutôt plus intelligent que la moyenne.


La vie du livre contemporain : Etude sur l'édition littéraire 1975-2005
La vie du livre contemporain : Etude sur l'édition littéraire 1975-2005
par Olivier Bessard-Banquy
Edition : Broché

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Analyse complète de l'édition française, 10 juin 2009
Il s'agit d'une chronique, plutôt bien écrite, des trente dernières années de l'édition française, principalement littéraire. Les dates sont bien choisies : elle s'ouvre avec la création d'Apostrophes - premier mouvement vers la massification et la surmédiatisation - et se clôt avec Houellebecq, et le lancement démesuré de La possibilité d'une île - dernière phase du mouvement ouvert par Apostrophes -.

Bessard-Blanquy montre l'émergence, sur trente ans, de l'édition française contemporaine, à savoir quelques gros éditeurs généralistes qui, pour rentrer dans leur frais, publient de plus en plus de "fast books", au succès éphémère, pour un public de lecteurs moins cultivé qu'auparavant (1975 : en tête des ventes Gary devant Soljénitsyne, 2005 : Lévy devant Musso). A cette démocratisation du champ littéraire, devenu consommation de masse, horizontale, sans ambition artistique précise, a correspondu la création de petites structures dynamiques, au succès relatif, qui investissent le champ de la littérature d'avant-garde, plus pointue (POL d'abord, puis le dilettante, Viviane Hamy, etc...) avant un éventuel rachat par un grand groupe. Bessard-Blanquy raconte, par des chapitres couvrant chacun 3 à 5 ans d'édition littéraire, l'histoire récente de l'édition française.

Il coupe ce récit chronologique un peu aride par des intermezzo, petits chapitres très bien pensés sur des sujets divers : le pouvoir de prescription de Pivot entre 75 et 90, le succès puis la chute du système Sulitzer, le déclin de la lecture, l'essor d'Actes Sud, le rôle des libraires, le livre électronique, etc... Honnêtement, ces passages constituent le morceau de choix de l'ouvrage. Le reste est intéressant, quoique parfois fastidieux, notamment quand, pour appuyer son propos, l'auteur énumère les transferts d'éditeurs entre les différentes maisons. Ceci explique cependant la tendance convergente des publications de la plupart des gros groupes (Gallimard, Seuil, Grasset, etc...) et de la perte d'identité propre de leurs collections au fil du temps. Bessard-Blanquy connaît très bien son sujet et explique avec pertinence et acuité les tendances de l'édition française depuis 1975.

La question finale, sur la qualité et la culture des lecteurs laisse songeur. Si le nombre de gros lecteurs décline, que le nombre de lecteurs occasionnels progresse, qu'une bonne campagne de lancement peut faire vendre massivement des produits stéréotypés au profit d'un public semi-cultivé, que les éditeurs doivent publier énormément pour essayer d'imposer un livre de temps en temps, pourquoi s'embêter à essayer d'imposer un certain standard de qualité? Au final, et un peu caricaturalement, on est passé d'un univers où l'éditeur imposait un auteur au public à un système où l'éditeur formate le livre pour qu'il plaise au public. Bessard-Blanquy est nettement plus fin que mon résumé, mais son constat ne manque pas de pertinence : l'édition vend des livres, et si l'on veut en vendre beaucoup, dans un univers d'extrême concurrence avec d'autres divertissements, le plus simple est de ne prendre aucun risque et de coller au goût du lecteur moyen. Or celui-ci est peut-être moins affirmé que par le passé, plus fade... Difficile de rentrer dans ses frais avec une certaine édition pointue... Le constat n'est pas pessimiste. Au crédit de l'édition française, il reste beaucoup d'éditeurs différents, la littérature étrangère est désormais amplement traduite et les libraires gardent l'opportunité de transmettre certaines découvertes, au lieu de vendre uniquement les têtes de gondole.

Une analyse détaillée et informée, à découvrir cependant avec un coupe-papier en main - l'ouvrage n'est pas massicoté -.


La Lanterne verte
La Lanterne verte
par Jerome Charyn
Edition : Broché
Prix : EUR 8,90

3.0 étoiles sur 5 Vignettes du stalinisme, 10 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Lanterne verte (Broché)
Charyn, écrivain inclassable, aborde ici les rivages tragiques du stalinisme. Même s'il n'indique pas la date de son roman, la lanterne verte s'ouvre selon toute probabilité en 1935 ou 1936 en URSS alors que les premiers signes de la Terreur stalinienne commencent à se manifester. A Moscou, un acteur amateur d'une compagnie théâtrale minable interprète par hasard le Roi Lear de Shakespeare. Et miracle pour lui et sa troupe, son jeu magistral dépasse tout ce qui a été vu auparavant. Il devient en peu de temps un phénomène de société, reconnu et aimé de tous. L'ironie de la situation c'est que la pièce traite d'un tyran vieillissant, veuf, qui a une fille unique. Ce qu'est exactement Joseph Staline à ce moment là. L'attention du géorgien finit d'ailleurs par se porter sur la pièce.

La compagnie et son protecteur, un écrivain géorgien imaginaire, tchékiste et arriviste, sont alors pris dans le tourbillon terrifiant des années 35-42. On aperçoit, au fil du roman, Eisenstein, le réalisateur, Maxime Gorki, le Grand Ecrivain Soviétique, Boukharine, condamné en sursis, Genrikh Yagoda, Nikolaï Iejov et Beria, les trois chefs successifs du NKVD, mais aussi Molotov, le "premier ministre" et bien sûr le tyran lui-même, Staline. La collection d'images est réaliste : je reconnais les traces de mes propres lectures dans certaines descriptions de Charyn. Son Staline, que Soljénitsyne avait déjà dépeint dans le premier cercle, est une réussite : imprévisible, dangereux, inquiétant, même et surtout lorsqu'il est détendu. La lanterne verte, c'est d'ailleurs cette sinistre lampe de chevet qui brille au Kremlin tard le soir, dans le bureau du tyran, annonciatrice des purges sans fin. C'est aussi le titre de la nouvelle écrite par le romancier tchékiste, qui enclenche la tragédie à mi-roman.

L'histoire, en elle-même, me semble un peu faible : elle sert d'alibi à la mise en scène des personnages célèbres, l'intrigue est irréaliste, théâtrale. Le détour par la Loubianka, l'immeuble du NKVD et par le goulag sont des passages intéressants mais dont l'atrocité potentielle est largement laissée de côté au bénéfice d'un ton ironique servant une suite de rebondissements inattendus. L'histoire s'avère être un prétexte à la mise en situation historique et ne présente donc pas d'intérêt romanesque majeur. Le scénario global cède au spectaculaire, non seulement comme accumulation de péripéties invraisemblables, mais comme approche principalement concentrée sur la société du spectacle (acteurs, écrivains, cinéastes). Peut-être était-ce la condition nécessaire à l'ascension rapide et à la chute des personnages, à leur proximité inconsciente du pouvoir : leur dangereux butinage passe totalement à côté des aspects proprement politiques et des réalités sociales. C'est, à mon sens, ce qui affaiblit notablement le propos. Le stalinisme n'est ici qu'une pièce de théâtre absurde, cruelle et superficielle. L'abjection des grandes purges staliniennes ne saurait pour moi se résumer à une collection de vignettes historiques, dans lesquels se promènent des ahuris égocentriques sans conscience. La vision du pouvoir et de la politique reste ici très primitive.

Ceci dit, malgré ces critiques de fond, la lanterne verte est un agréable roman contemporain, bien qu'assez faible stylistiquement - ce sont surtout des dialogues - , mais plein d'ironie, d'astuce et de références. Le fond du scénario m'a déplu, mais je ne doute pas qu'il plaise largement aux amateurs de romans historiques et aux curieux du stalinisme. L'écriture de Charyn parvient à faire très couleur locale.

La lanterne verte constitue donc une mise en image spectacularisée et plutôt légère des purges staliniennes.


Le Siècle des intellectuels
Le Siècle des intellectuels
par Michel Winock
Edition : Poche

11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Classique au statut mérité, 10 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Siècle des intellectuels (Poche)
Ce livre, comme le défendent fort justement les autres commentateurs, s'est imposé en quelques années comme un classique de l'historiographie française. Winock brosse ici le tableau des engagements des intellectuels depuis le conflit séminal que représenta l'Affaire Dreyfus jusqu'aux décès de Sartre et d'Aron, et avec eux, d'une figure type de l'intellectuel engagé. Cette synthèse, qui court, chronologie comprise, sur plus de 800 pages, repose sur des chapitres assez courts, thématico-chronologiques, très lisibles. L'ensemble, bien rédigé, se lit avec une grande aisance.

Difficile de passer outre le travail de Winock quand on s'intéresse à la vie intellectuelle française depuis 1900. La réédition, en cette année 2009, du dictionnaire des intellectuels français, accompagnera utilement ce livre. Attention à ne pas se méprendre, ce n'est pas là une histoire des oeuvres ou des courants littéraires (au-delà de l'inévitable ouvrage de Benda, La trahison des clercs), mais plutôt un panorama de l'engagement des écrivains (principalement) dans les grandes causes du XXe siècle : Dreyfus, la première guerre mondiale, le 6 février 34, la guerre d'Ethiopie, la guerre d'Espagne, la seconde guerre mondiale, les débuts de la guerre froide, l'Algérie, les années 60, le maoïsme des années 70. Autour de trois figures majeures, que sont Barrès, l'antidreyfusard, Gide, l'anticonformiste et Sartre, l'anti-anticommuniste, Winock raconte ce que furent les prises de position des intellectuels dans l'espace public. Le lecteur croisera Zola, Maurras, Péguy, France, Breton, Aragon, Martin du Gard, Malraux, Drieu, Mounier, Camus, Alleg, Foucault, etc... Le livre ne se résume pas à ce name-dropping : le champ intellectuel connaît une évolution propre, décrite ici de manière sous-jacente avant d'être résumée dans la conclusion.

L'Affaire Dreyfus cristallise de manière manichéenne le monde intellectuel : un camp de la vérité finira par émerger et par l'emporter. Les engagements suivants ne retrouveront jamais la pureté originelle de la geste dreyfusarde ou antidreyfusarde. Réagissant aux grands enjeux du temps de la période 1914-56, les intellectuels, par idéalisme, par volonté d'émettre des positions morales et politiques que permet leur talent ou leur réputation, seront de tous les combats, surtout les mauvais d'ailleurs. Le plus impressionnant dans ce livre, c'est finalement de constater la faillite répétée de l'intelligence française face à la politique. Le cri naïf de Romain Rolland "l'intellectuel qui s'engage en politique est une réclame sur une poubelle" est un des rares éclairs de lucidité des écrivains engagés : Aragon tresse les louanges de Staline et de la tchéka, Breton joue les maximalistes de gauche, Benda se trahit lui-même en approuvant le procès Rajk, les pacifistes finissent par approuver l'inacceptable pour éviter la guerre, Drieu cède à la fascination envers la virilité fasciste, Brasillach se vautre dans le nazisme, ...
Pour un Suarès dénonçant le nazisme en 1936 dans un livre que Grasset refusera de publier par opportunisme, combien de Fernandez et de Jouhandeau? d'Aragon et de Wurmser? Utilisés par les politiques comme des cautions, incapables de reprendre leur indépendance, englués dans leurs prises de position.

Peu d'intellectuels ont finalement gardé une certaine dignité morale dans ces engagements, peu défendent la démocratie, peu défendent la liberté, la plupart posent, fanfarons, dans les uniformes de l'indignation, de la simplification et de l'extrêmisme. Cet espace 6 février 34 -> 1956 prend près de la moitié du livre.

Après 1956 et le tournant de Budapest, les engagements intellectuels se délitent peu à peu, jusqu'à l'émergence de figures d'expertise sectorielle à rebours des penseurs ou romanciers généralistes investissant des causes qu'ils considèrent comme justes. A ces spécialistes, sociologues ou économistes, s'adjoindront des intellectuels médiatiques, dont l'oeuvre passe loin après les interventions télévisées. Une dichotomie qui achèvera de démolir le rôle synthétique de l'intellectuel, prenant appui sur sa condition d'écrivain ou de philosophe pour se positionner dans l'espace public sur des sujets où il n'est pas spécialiste.

Le lecteur suivra donc, au fil du siècle, le récit des engagements intellectuels français, parfois confus ou imbéciles, souvent pleins de bonne foi et d'ardeur. Je ne regrette qu'une chose, l'impression de bâclage que laissent les chapitres finaux, à partir du maoïsme des années 70. Foucault, Barthes ou, plus tard Bourdieu, méritaient plus que les maigres paragraphes qui leur sont consacrés. Tout cela est peut-être trop récent pour avoir suscité une bibliographie utilisable et conséquente?

Cette remarque mise à part, l'ouvrage mérite son excellente réputation.


Les enfants de Socrate : Filiation intellectuelle et transmission du savoir XVIIe-XXIe siècle
Les enfants de Socrate : Filiation intellectuelle et transmission du savoir XVIIe-XXIe siècle
par Françoise Waquet
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Synthèse intéressante mais bancale, 19 mai 2009
Les enfants de Socrate, travail d'histoire culturelle, porte sur la nature des liens entre les maîtres et les disciples depuis le XVIIIe. Dans une introduction légèrement jargonnante, Françoise Waquet annonce vouloir s'intéresser à "l'écologie" des milieux universitaires, afin de dessiner un "pattern" des relations qui s'y mettent en place. L'usage de notions nouvelles en histoire peut être un moyen efficace de délimiter de nouveaux champs de recherche : je trouve néanmoins que Françoise Waquet, dont le travail est pourtant sérieux, l'objectif ambitieux et le ton modeste, se complait là dans des complexités sémantiques qui desservent le propos. Au-delà de cette petite critique de forme, la démarche s'avère originale. Au lieu de s'intéresser à une généalogie des idées et des disciplines, Waquet cherche à voir quels types de liens peuvent exister au sein de l'université entre ceux qui enseignent et ceux qui apprennent. Waquet prend pour ce faire un échantillon de célébrités universitaires françaises et italiennes à travers les 3 derniers siècles.

Cet échantillonnage est un peu flou. F.Waquet l'admet tout à fait, avec une grande intégrité. La France et l'Italie offrent un terrain particulier à cette étude, terrain peut-être d'une trop grande proximité culturelle et intellectuelle pour être étendu aux systèmes allemand, britannique ou américain. C'est un des éléments gênants de l'analyse.

La nature des liens qui s'établissent au sein de l'Université entre maîtres et disciples (filiation, domination, émancipation, hommage, etc...) est relativement bien illustrée. Les exemples sont nombreux, appuient le propos quand il le faut, avec juste assez de contre-exemples pour donner l'impression d'une analyse approfondie. Cependant, ses exemples, nombreux, ont tendance à se répéter. Sur le fond, je trouve que son travail manque finalement de profondeur : une ou deux idées par chapitres, assaisonnées de nombreux exemples qui ne dépassent malheureusement pas souvent le stade du constat, du témoignage et de la collection d'hommages, à rebours des ambitions théoriques claironnées dans l'introduction.

Il aurait peut-être été préférable soit d'élargir le champ géographique, soit de restreindre les cas étudiés à quelque exemples bien plus approfondis. En plus, l'étude de la domination maître/disciple n'est abordée que dans le cadre des carrières universitaires, avec toutes les limites qu'induisent les exemples d'hommage et de reconnaissance émis dans une structure de cooptation. Waquet s'en rend compte et très honnêtement (c'est un des mérites du livre) reconnaît ses limites et celles de son travail. Peut-être le premier jalon d'un travail plus ambitieux?

Malgré mes réserves, je reconnais que ce livre analyse avec finesse les points communs de toutes ces relations maître/disciple, montre à quel point la domination institutionnelle et intellectuelle du maître s'accompagne le plus souvent d'une somme de rapports informels qui débouchent sur des gratifications symboliques à destination du disciple. Elle montre également comment le disciple a pu sortir (ou ne pas sortir) du giron du maître.

Au final, cet ouvrage s'avère un peu lassant, se répète, et manque cruellement d'une perpective théorique plus ambitieuse. Le dernier chapitre, sur l'effondrement de la relation de maître à élève dans l'université post-1945 eût mérité de plus longs développements. Je reste un peu déçu par une analyse qui s'attarde sur l'accessoire et évacue finalement l'essentiel.
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Goebbels : Portrait d'un manipulateur
Goebbels : Portrait d'un manipulateur
par Lionel Richard
Edition : Broché
Prix : EUR 20,20

15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Aussi déplaisant que son sujet, 13 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Goebbels : Portrait d'un manipulateur (Broché)
Ce livre, publié chez un éditeur relativement confidentiel se présente comme la première biographie de Goebbels en français. Etrangement, j'avais moi-même déjà lu une biographie du même personnage en français (Viktor Reiman, Flammarion, 1973). La version de Reiman, relativement complète, ne laissait pas un souvenir impérissable mais s'appuyait sur un ensemble de sources relativement maîtrisées. Ici, Lionel Richard présente une bibliographie d'à peine deux petites pages, sans beaucoup de sources différentes. Il s'en justifie en accusant, avec un jésuitisme aussi déplaisant que présomptueux, les autres biographes et prétendus historiens de ne pas faire leur travail et de produire des ouvrages qu'il ne sert à rien de compulser. Partant du principe que ses condisciples ne cherchent qu'à réhabiliter l'antipathique maître de la propagande du IIIe Reich, Lionel Richard se prive malheureusement d'une partie non négligeable de l'historiographie du sujet. Pour un David Irving noyé dans son révisionnisme, combien de Broszat et de Kershaw? Cette approche prétentieuse permet surtout à celui qui la développe de mijoter ses rares sources dans le jus de ses petits préjugés et de sa paresse. Quand une discipline, car l'histoire du régime nazi est une discipline, comprend au dernier recensement plus de 40 000 titres différents, qu'une vie ne suffirait pas à maîtriser, il est particulièrement malvenu de se permettre les commentaires arrogants qui ouvrent ce volume.

Puisqu'aucun historien ne trouve grâce à ses yeux, qu'apporte donc Lionel Richard au public avide de connaître le régime nazi?

Rien. Ou peu s'en faut. Les principales sources de l'énervement de l'auteur concernant la construction mythologique d'un Goebbels "innocent" par des pseudo-historiens sont des hagiographies commandées par les nazis dans les années 30... Cette biographie s'avère déplaisante et peu instructive. Oui, Goebbels était un vilain, un salaud, un pervers. Oui, il est un des mauvais génies de l'histoire du XXe siècle. Et alors? Plutôt que de passer son temps à expliquer que les historiens allemands sont indulgents avec le docteur Goebbels, Richard aurait pu porter à la connaissance du public l'ampleur des forfaits du propagandiste qu'une communauté historique complaisante semble vouloir dissimuler.

Pour s'épargner de comprendre son sujet (car évidemment pour des "historiens" pareils, comprendre s'apparente à justifier et à approuver), Richard s'est privé des 20 000 pages du Journal de Goebbels. Dommage. Parce que tout le travail de l'historien est justement de travailler ses sources, de les comprendre, de les confronter, jusqu'à faire émerger une version proche de ce qui a été. Richard ne le fait pas. Parce qu'il n'y a rien à trouver selon lui. Quant au reste, la jeunesse est moyennement retracée, les années berlinoises relativement honnêtement expliquées, tout comme les débuts du Reich et les difficultés rencontrées par son sujet en 39-40. Il bâcle ensuite littéralement la partie 43/45 (alors que, pendant le coup d'état raté de juillet 44 et ses suites, Goebbels a un des premiers rôles) pour achever son opuscule sur une bibliographie étique.

Cette biographie ne servira que celui pour qui Goebbels est un nom : aux autres, elle n'apportera et n'expliquera rien.


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