Profil de Luc REYNAERT > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Luc REYNAERT
Classement des meilleurs critiques: 80
Votes utiles : 2412

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Luc REYNAERT (Beernem, Belgium)
(TOP 100 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
LE FANTÔME DE LA LIBERTÉ(1974) DVD IMPORT UNIVERSAL EUROPE AVEC VERSION FRANÇAISE
LE FANTÔME DE LA LIBERTÉ(1974) DVD IMPORT UNIVERSAL EUROPE AVEC VERSION FRANÇAISE
DVD ~ Michael Piccoli, Adriana Asti, Adolfo Celi, Jean Claude Brialy,Michael Lonsdale Monica Vitti

5.0 étoiles sur 5 Spectre et chimère, 1 août 2015
Ce film apparemment énigmatique de Luis Buñuel a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ci-après, une tentative d’analyse de certains événements étranges et de quelques messages cachés dans ce chef-d’œuvre.
Le film joue sur deux notions du mot fantôme : spectre (menace) et chimère (illusion).
Le film se développe aussi sur plusieurs plans : politique, religieux, social, psychologique (mental) / physique, symbolique, psychanalytique.

Politique
Le slogan ‘A bas la liberté’ est entendu au début et à la fin du film. Son message est clair.
Au début, nous assistons à une mise en scène du fameux tableau de Goya ‘Les Fusillades du 3 mai’, où (en criant le slogan en question) des prisonniers espagnols sont fusillés par l’armée républicaine française. ‘A bas la liberté’ veut dire ici ‘A bas la République française’ et ses sans-culottes, les défenseurs de la devise progressiste ‘Liberté, Egalité, Fraternité’.
A la fin du film, le spectateur entend vaguement une foule (apparemment une manifestation) qui crie le même slogan. Le film a été tourné pendant une période où le Parti Communiste en France avait encore un pouvoir politique et social important, notamment par l’intermédiaire de son syndicat. Ce parti était encore sous les ordres d’un Etat totalitaire, qui ne voulait en aucun cas de certaines libertés, notamment politiques. ‘A bas la liberté’ veut dire ici également ‘A bas la République’.

Religion, Justice
La religion (catholique) aussi était (est) menacée par la liberté, et les sans-culottes. Le spectateur assiste d’ailleurs à une profanation d’une église et des hosties de la part de l’armée républicaine française. De plus, pour L. Buñuel, les représentants de l’Eglise sont corrompus : dans le film, des moines jouent aux cartes et boivent de l’alcool.
Un tireur isolé tue indistinctement des personnes dans la rue, apparemment pour semer la panique parmi la population ; il s’agit donc d’une provocation (un sujet on ne peut plus actuel). Les juges le condamnent, mais leurs sentences ne sont pas respectées. Au contraire, le tueur est félicité par le pouvoir en place et par une partie de la population : à bas la liberté (judiciaire).

Vie physique et mentale
Un aspect difficile des films de L. Buñuel est la dissociation entre la réalité mentale (les sentiments) et physique (le temps, l’espace).
On peut voir un bel exemple de cette dissociation dans un autre film de L. Buñuel (‘Un Chien Andalou’) où un fils reçoit une gifle de son père, suivie par une pancarte ‘treize ans après’ et l’action continue. En d’autres termes, en une fraction de seconde (le temps réel d’une gifle) le fils a vieilli de treize ans (temps psychologique).
Cette dissociation est (peut-être) une explication pour la séquence du film où une fille a disparu tout en étant présente. Sa présence est physique, mais pas mentale pour les parents.

Chimères
La liberté est une chimère au niveau des instincts (le zoo). A ce sujet, des scènes de déviances sexuelles sont, comme ici, des constantes dans les films de L. Buñuel, comme des séquences de rêve. D’autres éléments ‘psychanalytiques’ sont la fixation anale (le diner où les invités sont assis sur des toilettes), ou le dédoublement de personnalité (les deux préfets à la fin du film).
D’ailleurs, la liberté en tant que chimère est le schéma de base du scénario : l’itinéraire des personnages est tout le temps perturbé par des rencontres imprévues, des accidents, du mauvais temps ou des incidents fortuits.

La fin du film est un plan d’une tête d’autruche, comme si L. Buñuel voulait dire au spectateur : ne mettez pas votre tête dans le sable comme une autruche, mais regardez la réalité en face comme l’oiseau à l’écran.

Se non è vero, è molto ben trovato ?


Century Classique Vol 3
Century Classique Vol 3
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 14,99

5.0 étoiles sur 5 Musica Reservata et des danses paysannes. Pas de textes, 28 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Century Classique Vol 3 (CD)
Ce CD présente des extraits de récitals par le 'Collegium Aureum’, le ‘Cantus Cölln’ et la ‘Schola Cantorum Basiliensis’ publiés sur d'autres CDs par DHM. Comme expliqué dans l'excellente introduction, ce CD montre merveilleusement le contraste entre la ‘Musica reservata' (de la musique polyphonique pour des connaisseurs) et les airs de danse ‘simples’ pour le commun des mortels. Tous les scores sont néanmoins des sommets de la musique de la Renaissance.

Certains des airs de danse des compositeurs-imprimeurs T. Susato, J. Moderne, P. Attaignant, C. Gervaise et P. Phalèse ont un ton plus intime (P. Attaignant), mais la plupart d'entre eux sont de belles mélodies monophoniques rythmiques.

La ‘Musica reservata' contient des pièces sacrées (extraits de la ‘Missa in duplicibus' de G. P. da Palestrina) et profanes.
Des exemples de musique profane sont des madrigaux d’O. Lassus, de G. de Wert, de L. Marenzio et de B. Pallavicino, ainsi que des chansons allemandes d’un compositeur allemand moins connu, L. Lechner, un élève d’O. Lassus.
La musique de Lassus (sur des poèmes de Pétrarque et de P. de Ronsard) et de G. P. da Palestrina, excelle par ses superbes ondes sonores et ses imitations splendides. 'Udite, lagrimosi spirti d'Averno - Écoutez, esprits de l’Averne pleins de larmes’ de G. de Wert brille par son ton élégiaque.
Les chansons sur des textes de G. B. Guarini (Il Pastor fido - Le Berger fidèle) comprennent de vraies lamentations amoureuses.
Pour L. Lechner, '17 - Ein Musicus wollt fröhlich sein - Un musicien veut être de bonne humeur’, nonobstant sa chanson '18 - Ach Lieb, ich muss dich lassen - Oh mon amour, je dois vous laisser’. Le compositeur a parfaitement assimilé le style musical de Lassus.

L'excellente introduction (en allemand, français et anglais) présente sommairement les développements politiques, religieux et intellectuels importants pendant le 16ème siècle.

Malheureusement, il n'y a pas de textes dans l’introduction. Mais, ils peuvent assez facilement être trouvés sur l’Internet, sauf les chansons de L. Lechner, qu’on peut trouver dans la présentation du CD original DHM RD 77182.
Il y a aussi des erreurs dans le programme: les pièces 9 et 12 (pas les 10 & 11) sont des extraits de ‘Il Pastor fido’ par G. Battista Guarini. Les madrigaux de Luca Marenzio (les pièces 10 & 11) ont été publiés dans ‘Il Settimo libro de Madrigali a 5 voci’.

Ce CD est une excellente introduction à tous les genres de musique de la Renaissance.


Le Jardin de Mélodies / Danses et chansons françaises du XVIème siècle
Le Jardin de Mélodies / Danses et chansons françaises du XVIème siècle

5.0 étoiles sur 5 Ménétriers et danseuses, 23 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Jardin de Mélodies / Danses et chansons françaises du XVIème siècle (CD)
Ce CD comprend des compositions (chansons et musique instrumentale) de ‘musiciens’ et de ‘ménétriers’, dont la différence est clairement expliquée par Kate Van Orden dans son excellente introduction. Elle y explique aussi le rôle social de la dance.
Alors qu’un musicien publiait ses compositions, le ménétrier, en tant que membre d’une corporation, était soumis au secret professionnel afin de contrôler le savoir-faire (le jeu et les mélodies) par un système corporatif basé sur la mémorisation, la transmission orale et l’improvisation.
Ce secret a été rompu par des éditeurs de musique (ici, Pierre Phalèse, Adrian Le Roy et Pierre Attaignant), qui ont publié des recueils ‘posthumes’ basés sur les indications d’élèves d’un grand maître – ménétrier.
Quant à la danse, Kate Van Orden cite Thoinot Arbeau qui publia en 1588 le premier traité consacré aux danses françaises : la danse est nécessaire pour bien ordonner une société, car elle permet de ‘cognoistre si les amoureux sont sains et dispos de leurs membres’. Par après, ‘il leur est permis de baiser leurs maistresses, affin que respectivement ilz puissent sentir et odorer l’un l’aultre, silz ont l’alaine souefue, et silz sentent une senteur malodorant que l’on nomme l’espaule de mouton’.

Les chansons
Ce qui est plutôt rare pour la musique de la Renaissance, les chansons sur ce CD comprennent des lamentations amoureuses de femmes, qui se plaignent de l’ (éventuelle) infidélité de leurs amants : ‘11 – O Combien est heureuse’ (publ. A. Le Roy) : ‘Bien vous pry cependant N’estre ailleurs pretendant’, et, ’24 – Je suis desheritée’ de C. Le Jeune : ‘Seulette il m’a laissée Pleine de dueil & de soucy’.
Les complaintes des amoureux sont également explicites. Dans ’10 – O Ma dame pers-je mon temps’ (publ. A. Le Roy) : ‘Celle à qui amour je porte Est parfaitte en toute sorte De corps, d’esprit, & de sens : De cœur, je n’en scay que dire’. Dans ’12 – Ton amour ma maistresse’ (Anon.) : ‘Ton œil meurtrier de moy Me mect en tel esmoy Que mourir je m’en vois’. Dans ‘26 – Rossignol, mon mignon (texte de P. Ronsard)’ de C. Le Jeune : ‘Toutefois Rossignol, nous diferons d’un point, C’est que tu es aymé & je ne le suis point’. La chanson ‘1 – Mon Dieu la belle Entrée’ (Anon.) chante la belle Entrée d’un roi à Paris et la ’27 – Hélas faut-il que je lamente’ (Anon.), regrette la mort d’un souverain.

La musique
En général, les danses et les chansons sur ce CD brillent par la pureté de leurs mélodies, soient elles originales ou empruntées. La ‘27 – Hélas faut-il que je lamente’ (Anon.) utilise le chant de ‘Dames d’honneur, je vous prie à mains jointes’ publié en 1568 par Benoist-Rigaud (l’éditeur de Nostradamus).
La pièce instrumentale avec ses belles imitations ‘Baisés moy tant tant’ de A. Willaert reprend la mélodie d’une chanson anonyme à trois voix ‘Au joly bois je rencontrai ma mye’ publiée par P. Attaignant.
‘Pavane and Gaillarde de la Bataille’ (publ. P. Phalèse) est une variation sur la chanson ‘La Bataille’ de C. Janequin.
‘Susanne un jour’ de O. Lassus et de C. de Rore sont des versions instrumentales de leurs chansons sur un poème de G. Guéroult, qui est inspiré par la scène biblique ‘Susanne et les Deux Vieillards’.

Ci-après quelques sommets sur ce CD.
Pour les pièces instrumentales : ‘7 – Schiarazula Marazula’ (pub. P. Phalèse) avec ses crescendos rythmiques ; ’13-15 – Pimontoyse/Vous estes la personne/Bransles de Poictou’ et ’20-23 – Le Pied de cheval/Sixième bransle de Bourgogne/ Bransle gay/Je ne seray jamais bergere’ (pub. A. Le Roy) avec leurs accords ‘de musique espagnole moderne pour guitare’, joués brillamment par Paul O’Dette.
Quant aux chansons, il y a la pureté mélodique et tonique de ‘11 – O Combien est heureuse’ (pub. A. Le Roy) et les rythmes envoûtants de ‘1 – Mon Dieu la belle Entrée’ (Anon.).

Ce récital est admirablement chanté et interprété par ‘The King’s Noyse’.
Tous les textes sont traduits en anglais et allemand avec une présentation du CD en trois langues.
Ce CD ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique classique.


Sviatoslav Richter Collection
Sviatoslav Richter Collection

5.0 étoiles sur 5 Admirable, 25 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sviatoslav Richter Collection (CD)
Les concertos pour piano de N. Rimsky-Korsakov et le No. 1 d’A. Glazunov ne sont que très rarement joués par des pianistes de renom. Ils n’atteignent évidemment pas la qualité musicale des concertos de Mozart ou de Beethoven.
Sur ce CD, ils sont remarquablement interprétés par Sviatoslav Richter et l’Orchestre Symphonique de Moscou sous la direction de Kirill Kondrashin. Les mêmes interprètes y jouent aussi d’une manière exemplaire le concerto No. 1 de S. Prokofiev.
En tant que bonus, S. Richter joue sublimement la sonate pour piano No. 7 de S. Prokofiev.

Aucune de ces interprétations n’est reprise dans ‘The Birthday Edition’ du pianiste.

Ce CD ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique classique.


Le roman de monsieur de Molière
Le roman de monsieur de Molière
par Mikhaïl Boulgakov
Edition : Poche
Prix : EUR 7,00

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un génie comique, 21 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le roman de monsieur de Molière (Poche)
Le roman de Mikhaïl Boulgakov n’est pas une hagiographie de Molière, mais l’œuvre d’un sympathisant.
Il suit l’itinéraire (longtemps un calvaire) de Molière, qui avait courageusement choisi le métier de comédien, condamné par le premier état, le clergé.
A partir du moment que Molière commençait à écrire lui-même les pièces de théâtre pour sa troupe, les insultes volaient de partout et très bas. Le clergé le considérait comme ‘un démon vêtu de chair et habillé en homme’. Pour les gens de lettres, il n’était qu’un vulgaire bouffon. Mais, il a été sauvé par son public, qui a rempli (pas toujours, car il y a eu évidemment des échecs) la caisse de sa compagnie de théâtre.
Boulgakov évoque objectivement les combats venimeux de Molière avec une censure parfois cocasse (le roi, le clergé), des critiques ‘littéraires’ de mauvaise volonté et des collègues jaloux. Un autre point d’achoppement était les droits d’auteur. Le compositeur J.- B. Lully, par exemple, avait reçu un privilège royal pour toutes les œuvres dramatiques dont il avait écrit la musique. Cela signifiait qu’il avait un droit d’auteur sur de très nombreuses pièces de Molière.

De plus, il y avait des combats au niveau personnel : sa responsabilité pour son entreprise de théâtre (organisation, gestion financière, acteurs, personnel, décors et machinerie), sa maladie (l’hypocondrie) et ses démêlés avec les femmes, y compris une affaire d’inceste.
Les disputes ont même continué après sa mort. En tant que comédien, Molière ne pouvait pas être enterré. Avant de mourir il n’avait pas abjuré sa profession condamnée par l’Eglise. Pas un prêtre ne voulait accompagner son corps, et aucun cimetière ne voulait le recueillir. Mais, pour prévenir que son corps soit jeté dans la rue, le roi lui-même a contourné les lois cléricales par une astuce.

Il est évident que Mikhaïl Boulgakov avait beaucoup de sympathie pour Molière. Ce dernier était le reflet de ses propres difficultés : une censure par un roi séculier (le premier secrétaire) et par un ‘clergé’ laïque (les idéologues), des problèmes financiers et relationnels et la jalousie de certains de ses collègues.

Ce roman admirable devrait être lu par tous les amateurs de littérature d’un niveau mondial.


Sprezzatura
Sprezzatura

5.0 étoiles sur 5 De l’interprétation plutôt que de l'ornementation ou de la virtuosité aveugle, 17 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sprezzatura (CD)
Stephen Stubbs définit dans son excellente introduction de ce récital la signification de Sprezzatura comme ‘le comportement de toute personne ayant assimilé les règles de l'art de vivre (ou de tout autre art), au point de les transcender et de parvenir à la vraie liberté’. Ses caractéristiques sont ‘l’aisance, la spontanéité, le naturel et les bonnes manières’.

La musique ‘italienne’ du 16ème et du 17ème siècle sur ce CD est une parfaite illustration de ce naturel et de cette spontanéité, que nous trouvons déjà dans les mélodies des deux premières pièces ‘1 - Tempo la cetra' de C. Monteverdi et '2 - Odi Euterpe’ de G. Caccini, ou, dans '20 -22 - Qual flor che all'alba ride' de G. F. Händel. La composition '23 - Ah, che pur troppo è vero’ du même compositeur est une pure mélodie élégiaque.

Une vraie trouvaille est la ‘9-13 - Toccata e ballo’ de H. Kapsberger avec une 'Colascione' très originale (la combinaison d’un tambour de basque et d’un chitarrone) et un ‘Canario’ rythmé.
Le '17 - Sonata per basso solo’ de G. Strozzi excelle par ses splendides crescendos mélodiques et ses variations rythmiques / atmosphériques.
Le '8 - Anchor che col partire per la viola bastarda' par C. de Rore / R. Rognoni est une étonnante composition virtuose languissante.
Le '14 -16 - Sonata per tre bassi’ de S. Landi brille également par son ton élégiaque (14-15) et sa mélodie rythmique sautillante (16).
La sonate RV 82 d’A. Vivaldi contient des morceaux plus joyeux (24, 26).

Les pièces de GB Vitali '18 - Toccata' et '19 - Capritio sopra otto figure’ se distinguent par la fluidité naturelle de leurs lignes mélodiques et leur force atmosphérique.

Ce récital splendide est joué d’une manière sublime par l'ensemble 'Tragicomedia'.
Ce CD (avec une introduction anglaise, traduit en français et allemand) ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique classique.


Music for the Lion Hearted King Import Edition by De Nesle, Gothic Voices, Page (1993) Audio CD
Music for the Lion Hearted King Import Edition by De Nesle, Gothic Voices, Page (1993) Audio CD
Proposé par ONLINE STORE US
Prix : EUR 64,27

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Guerre et Paix, Amour et Justice, 15 juin 2015
Guerre et Paix, Amour et Justice

Bien sûr, la musique (les conduits et les chansons) sur ce CD, écrite au 12ème siècle pour la plupart par des compositeurs anonymes, n’est pas aussi sophistiquée que les œuvres polyphoniques d'un Orlandus Lassus. Mais, les pièces sortent du lot par la qualité des textes et par la pureté des lignes mélodiques.

Les textes
Les principaux thèmes des partitions sont la guerre et son opposé la paix. Un grand texte moderne est le conduit ‘7 - Etas auri redditur (L’âge d’or est de retour)’ (Anon.): ‘maintenant le riche perd de ses plumes et le pauvre est exalté. Paix et Justice s’embrassent mutuellement ... il est mis fin aux pillages, le clergé suivra le chemin de la justice, et il y a de la place pour la vérité’. Dans '1 - Mundus Vergens (Le monde en déclin)' (Anon.): ‘Le monde longtemps florissant à cause de la paix, est mis en feu maintenant par la torche de la guerre‘. En '11 - Purgator criminum (Celui qui purge ses péchés)’ (Anon.): ‘La vérité rejoint la miséricorde et la paix; la bonté rejoint la justice’. En '15 - Ver pacis apperit' (Anon.): ‘Le printemps de la paix ouvre le sein de la terre’.
Comme de partout, ici aussi la Guerre et la Mort sont un duo inséparable. Dans ‘9 - In occasu sideris (Quand l'étoile tombe)’ (Anon.) une guerre intestine jette le deuil sur l’Angleterre. Dans '6 - Anglia, planctus itera (Angleterre, répétez votre lamentation)’ (Anon.): ‘La mort a fait rage à l’intérieur de vos frontières’. En '13 - Pange melos lacrimosum (Compose une mélodie pleine d’émotion)' (Anon.): ‘La mort, le prince de cette terrible loi, régit sans pitié’.
Un autre thème est l'amour, qui fait partie des trois conseils donnés dans '14 - Ma joie me semont' de Blondel de Nesle. L'amour peut générer des éloges de l'être aimé, comme dans '10 - L'amours dont sui espris’ de Blondel de Nesle: ‘Plus bele ne vit nuns, ne de cors ne de vis’. Dans cette chanson, il y a encore de l'espoir, mais il n’y en a plus dans la '3 - A la douçour de la bele saison’ de Gace Brulé: ‘Mes je ne puis oncore apercevoir qu’ele des biens me vuelle nus merir’, ou, dans '12 - Li nouviauz Tanz’ de Li Chastelain de Couci: ‘pour coi l’ai de mes ieuz reguardee, la douce rienz qui Fausse Amie a non'.
Il y a aussi des thèmes religieux/sociaux/moraux. Dans '5 - Hac in anni ianua (En cela, la porte de l'année)’ (Anon.) le compositeur souhaite que la naissance du Christ puisse ‘détruire le mal qui détruit la vertu’, et dans ‘8 - Vetus abit littera (L’ancienne loi est morte)' (Anon.) 'un nouveau-né renforce l‘engagement pour la paix’. En '16 - Latex silice (De l’eau ressort du rocher)' (Anon.), par la mort du Christ vous serez convaincus de suivre le chemin à moins d’être ingrat’.

La musique
En général, les conduits sont des mélodies pures et simples sans sentiments, avec des contrepoints rudimentaires et des rythmes fixes, générant un style pas trop prononcé de staccato (1, 2, 4, 11, 15) avec parfois des mélismes (7, 8). Mais, le '5 - En cela, la porte de l'année' et le '16 – De l’eau ressort du rocher’ ont un ton joyeux avec des rythmes vifs et des mélismes. Les conduits sur la mort ont une réelle intonation élégiaque (6, 9) avec des mélismes de deuil (13).
Les chansons se distinguent par leurs magnifiques mélodies pures et fluides (3, 10, 12, 14). Elles sont beaucoup plus expressives que les conduits, comme '12 – Li nouviauz tanz’, qui est une véritable complainte amoureuse.

Toutes les pièces sont sublimement chantées par les ‘Gothic Voices’ sous la direction de Christopher Page.
Un seul regret: pas de traduction des textes en français, ni de l’excellente introduction de Christopher Page.
Ce CD ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique classique.


Musique Pour Mona Lisa
Musique Pour Mona Lisa
Prix : EUR 22,97

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La pureté des lignes mélodiques, 17 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Musique Pour Mona Lisa (CD)
Ce récital splendide contient de la musique de la Renaissance d’autour de l’an 1500: des chansons françaises et italiennes, et de la musique instrumentale (des airs folkloriques et de la musique de danse).’

Les textes
Les thèmes principaux de ce récital sont la religion chrétienne, l'amour et les ‘douleurs du monde’.
La chanson '14 - Si jamais dans l'émerveillement’ (Anon.) remercie le Christ, mort crucifié pour nous libérer du péché originel et pour nous sauver de la damnation éternelle. La chanson '18 - Belle Vierge (texte de Pétrarque)’ de B. Trombocino demande pitié à la Vierge Marie pour l'extrême misère de la cause humaine.
L'autre chanson de B. Trombocino est une plainte amoureuse ‘6 - Maintenant que le ciel et la terre sont silencieux (texte aussi de Pétrarque)’: ‘celle qui me fait mal est toujours devant moi, et seulement quand je pense à elle, je trouve la paix', tandis que la '2 - Ma dame est tellement plus belle' d’ A. Coppini loue l'être bien aimé: ma plus grande joie est de pouvoir contempler ce visage angélique.
'8 - Le grand désir’ de L. Compère est un appel d’un amoureux: ‘Que vostre amy tenu je soye'. Mais, dans '4 – Ne frappe pas à la porte' (Anon.) un rendez-vous galant est hors de question, car ‘mon mari est ici maintenant’.
Des exemples de la misère des choses humaines sont la '11 - Latura tu et nennin dea (pour la traduction, voir plus loin)' d’A. Bruhier: ‘Mon père si m’a bastue, et despoullie toucte nue’, ou la '9 - Je ne fay plus’ de A. Busnois: ‘Toute ma joye est de soupirs escrips en dueil et cris’. Mais, en '22 – J’ai vendu l'espoir maintenant’ de M. Cara, la malchance (‘chaque marché présente des risques et dans cette entreprise j’ai été malchanceux’) est une bonne leçon pour l’avenir: ‘Si j’obtiens un autre contrat, je ne compterai plus sur l'espoir’.

La musique
La caractéristique omniprésente dans la musique sur ce CD est la pureté des lignes mélodiques.
Pour les pièces instrumentales, les danses de J. A. Dalza '15 - Pavana alla Venetiana, 16 - Saltarello, 17 - Piva ', la '19 - Petit Vriens (Petits riens)' (Anon.), la '13 - Gagliarda la traditora '(Anon.), la '10 - Dit le burguygnon’ et la ‘1- Saltarello el francosin' (Anon.) sont de belles, gracieuses et joyeuses mélodies rythmées. Le sommet, néanmoins, est la pièce '21 - Hor oires un chanzon’ (Maintenant écoutez une chanson) (Anon.) par sa crèation remarquable d’une atmosphère envoûtante. La '7 – Amours’ de Jean Japart est une plainte mélancolique, qui contraste complètement avec la ‘5 - Helas la fille Guillemin' (Anon.) d’un rythme vif et joyeux, alors que la '12 - Pavana el bisson ' a une intonation plus solennel de deuil.

Les chants religieux se distinguent par la noblesse de leurs mélodies et par leurs contrepoints discrets voix / instruments; la '14 - Si jamais dans l'émerveillement' (Anon.) a un accent plus admiratif et la '18 - Belle Vierge’ de B. Trombocino ressemble plus à une prière.
La '6 - Maintenant que le ciel et la terre sont silencieux’ de B. Trombocino et la ‘9 - Je ne fay plus’ de A. Busnois sont des plaintes amoureuses lentes.
Plus joyeuses sont la '4 – Ne frappe pas à la porte' (Anon.) avec son esprit plaisantin, la '2 - Ma dame est tellement plus belle' d’A. Coppini dont émane un bonheur radieux, la '22 - Je viens de vendre l'espoir' de M. Cara, et étonnamment aussi '11 - Latura tu' d’A. Bruhier bien que ‘mon père si m’a bastue'.
Mais, le sommet absolu est la '8 - Le grant désir’ de L. Compère avec sa mélodie merveilleuse et sa combinaison de contrepoints brillants entre la voix et les instruments et entre les instruments eux-mêmes.

La musique est sublimement chantée et interprétée par le groupe ‘Concordia’.
Ce CD ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique de la Renaissance.
Un grand regret : traduction des textes uniquement en anglais.

N.B. Dans ‘The Mediaeval Society of America - Publication n ° 42’, les mots de ‘Latura tu et nennin dea’ dans la chanson 11 d’A. Bruhier sont considérés comme n’ayant aucun sens. Mais, ils en ont peut-être un: Latura = fem. du Latin laturus (= portant, travaillant - à la sueur de son front), nennin (= du Wallon pour 'non'), dea (= déesse). Le sens pourrait donc être: tu es un être humain (tu es obligée de travailler) et pas une déesse.


The A-La-Mi-Re Manuscripts - Flemish Polyphonic Treasures by Gascogn, Fevin, Desprez, Moulu, Wi (2000) Audio CD
The A-La-Mi-Re Manuscripts - Flemish Polyphonic Treasures by Gascogn, Fevin, Desprez, Moulu, Wi (2000) Audio CD
Proposé par ONLINE STORE US
Prix : EUR 26,12

5.0 étoiles sur 5 Miséricorde, amour et mort, 7 mai 2015
Comme E. Schreurs l’explique dans son excellente introduction, Petrus Alamire était un pseudonyme pour un calligraphe de musique allemand, qui a vécu aux Pays Bas (Anvers et Malines). Un de ses manuscrits est le ‘Chansonnier’ de Marguerite d'Autriche, disponible à la Bibliothèque Royale de Bruxelles.
Les extraits de ce manuscrit sur ce CD sont centrés principalement sur deux thèmes: la religion et la chanson flamande populaire (aussi à cause de son texte) 'Myn hert altyt heeft verlanghen naer u' (Mon cœur t’a toujours désiré) de Pierre de la Rue.

Les textes
Le thème principal des chants religieux est un appel à la miséricorde: ‘1 - Kyrie eleison’ de M. Gascogne; ‘2 - Faveur du ciel / Notre aide’ de J. Mouton / A. de Févin: ‘que votre miséricorde nous aide à trouver rapidement du secours'; '5 - Agnus Dei’ d’A. Willaert: 'donnez nous la paix’; et, '6 - Salve Regina’ (Anon.): ’tournez vos yeux de miséricorde vers nous’.
Le sujet principal des chansons profanes est la mort: ‘3 – Proch dolor' (attr. à Josquin Desprez), une chanson de deuil pour la mort de l'empereur Maximilien Ier; '13 – Plaine de duel’ de J. Desprez exprime ‘les derniers mots de Didon’: ‘qu’a vous me rens la reste de ma vie’; ‘14 – Soubz ce tumbel’ (attr. à P. de la Rue) est une chanson de deuil pour la mort de ‘l’amant vert’ (un perroquet); '15 – Douces reliques’ de M. de Orto: ‘recevez cette âme et libérez moi’; et, '12 – Plus Oultre’ (Anon.): ‘Adviengne ce gu’en doibt venir’.
Le thème de la chanson d'amour ‘9 - Mon cœur t’a toujours désiré’ de P. de la Rue est également dans un certain sens ‘la mort’, la peur de la fin d'une histoire d'amour: ‘mon amour, ne me quitte pas’.
La chanson ‘4 - Mère prospère’ de P. Moulu est une ode à la musique et à de nombreux musiciens de la Renaissance avec le souhait ‘que la mélodie rythmique des musiciens ait du succès’.

La musique
La principale composition dans ce récital est la chanson d’amour intimiste / mélancolique '9- Mon cœur t’a toujours désiré‘ de P. de la Rue, caractérisée par ses imitations lentes, comme la plupart des autres chansons. Sa mélodie est utilisée dans 4 autres compositions: ‘1 – Kyrie’ de M. Gascogne, '10 - Celle que j’ay' de C. Rigo de Bergis, '6 - Salve Regina’ (Anon.) et l'adaptation la plus «moderne» pour luth solo de H. Newsiedler (11).
Les chansons de (ou attr. à) Josquin Desprez ('3 – Proch dolor' et '13 – Plaine de duel’) et celle de P. Moulu (4 - Mère prospère) sont de pures merveilles avec leurs belles ondes sonores générées par l’ensemble des voix et des instruments.
Les pièces instrumentales sont plus vives, comme '7 - Maudit soyt’ de H. Isaac; '8 - Autant en emporte' de P. de la Rue, qui est une version instrumentale de sa chanson ‘Autant en emporte le vent’ :’ qu’il n’a qu’ung baisier seulement, se le cueur ne donne la touche’ ; et, ‘16 - Jam Sauche (Joyssance vous?)' de P. de la Rue.
La seule pièce de P. Alamire est la '17 - Tandernaken op den Rijn (Dans la ville d’Andernach sur le Rhin)', qui est une adaptation instrumentale d’une chanson néerlandaise, où deux jeunes filles se rencontrent. La première pleure parce que sa mère lui interdit de rencontrer son amant, alors que l'autre regrette qu'elle n’ait pas suivi les conseils de sa mère. Elle est enceinte et son amant l'a quittée.

Ce CD avec des interprétations excellentes de la ‘Capilla Flamenca' est hautement recommandé à tous les amateurs de musique de la Renaissance.
Un seul regret: les traductions des textes sont uniquement en anglais.


The Field of Cloth of Gold
The Field of Cloth of Gold
Prix : EUR 20,40

5.0 étoiles sur 5 Un récital splendide bien ficelé, 3 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Field of Cloth of Gold (CD)
Musica Antiqua of London présente sur ce CD un récital de musique française et anglaise de la Renaissance avec des chansons et des pièces instrumentales de compositeurs connus (C. Gervaise, H. Isaac, T. Susato, L. Compère, C. de Sermisy ou J. Clemens non Papa) et moins connus (J. Lloyd, A. Brugier, Henry VIII), et d’un compositeur (Doctor Cooper), sur lequel il n’y pas la moindre référence sur l'Internet.

Les textes
Les chansons sont surtout des complaintes amoureuses, comme ‘2 - L'Amour de moi’ (Anon.): ‘il n’est si doulce chose que du gentil rossingnole’; '6 - Adieu ma joie’ de Doctor Cooper: ‘vous partez maintenant, me laissant tout seul’; '9 - De mon triste deSplaisir’ de J. RichAfort: ‘ l'amant qui est mort de deuil’; ou, '12 - Dont vient cela' de C. de Sermisy: ‘Dont vient cela que plus a moy ne vous recommandez’.
L’appel pour du commerce sexuel d’A. Willaert ('10 - Baisez moi ') devient chez P. Certon un rendez-vous galant ('10 – J’ay le rebours’), qui tourne en ‘ma douleur n’est moins grande que secrete’; pour J. Clemens non Papa ('10 - Au Joli Bois’), au contraire, le rendez-vous est plus prometteur: ‘Ie seray vostre amye’.
‘Carpe diem’ est l'avis du ‘4 - Le cuer est bon' de C. de Sermisy: 'sans deuil et sans melencolie vivront toujours les enfants sans soucy’.
Dans '7 – allons fere nos barbes’ de L. Compère, un salon de coiffure fournit plus qu’une coupe de cheveux car le merlan est une dame. Mais, dans la version instrumentale de Henry VIII la chanson devient '7 - En vray amour'. De plus, le roi utilise la complainte de J. RichAfort pour nous donner une leçon de morale dans ('9 – Un passetemps en bonne compagnie’): ‘l'oisiveté est la maîtresse-en-titre de tout vice’.

La musique
Une humeur mélancolique traverse les lamentations amoureuses. Mais, la mélodie originale des chansons est transformée par A. Brugier ('2 - L'Amour de moi') en variations joyeuses, par T. Susato ('12 - Basse danse et reprise ',' 4 - Reprise ') en danses populaires et par P. Attaignant ('10 – Pavane’) en une danse en forme de procession.
Certaines pièces instrumentales sont des compositions rythmiques plus animées (1, 2, 4, 7 - Henry VIII, 10 - P. Attaignant, 11). Le récital finit avec l'adaptation par T. Susato (14) de ‘La Bataille’ de C. Janequin. D'autres pièces sont plus mélancoliques (3 - H. Isaac, 5 - C. Gervaise, 12 - T. Susato et 13 - Fantasia de P. van Wilder).
Le matériau mélodique excelle dans les compositions 1, 2, 4, 9 - Henry VIII, 10, 11, 14. Certaines pièces sont écrites avec des contrepoints discrets entre la voix et les instruments, comme dans 2 (Anon.), 4 (C. de Sermisy), 6 (Doctor Cooper) et avec des jeux d'écho, comme dans ('8 - La Fa Sol’ de W. Cornish), ('10 - Au Joli Bois’ de J. Clemens non Papa) et (‘11 – Four consort pieces’).
Le contrepoint entre les différentes voix de (‘7 - Allons fere nos barbes’) crée une impression que le salon de coiffure a vraiment du succès!

L'interprétation par le ‘Musica Antiqua of London’, avec du chant angélique, est tout simplement sublime.
Ce splendide récital ne devrait pas manquer dans la médiathèque de tous les amateurs de musique de la Renaissance.
Un seul regret: pas de traduction des textes anglais.


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20