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Contenu rédigé par Pokespagne
Classement des meilleurs critiques: 1.330
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Commentaires écrits par
Pokespagne "Pok" (São Paulo, Brésil)

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Adore Life
Adore Life
Prix : EUR 25,46

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 L'émotion vitrifiée, 14 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Adore Life (Album vinyle)
Comme son médiocre prédécesseur, "Adore Life" pose un problème relativement inédit : alors que Savages est un remarquable groupe "live", puissant, spectaculaire, convulsif, on ne sait que faire de ses disques lisses, surproduits, survitaminés, manquant autant de charme que de chaleur. "Adore Life", avec ses compositions uniformément faibles (de nombreuses et patientes écoutes sont nécessaires pour discerner quelques fragments de vie dans ces chansons atones et mornes), et son énergie lyophilisée, ou mieux (pire ?), vitrifiée, est une sorte d'ersatz de disque de Rock, comme on l'entendait il y a 20 ans au moins. Une célébration à la fois exagérée et vidée de toute substance de gestes qui furent autrefois synonymes de rébellion, ou tout au moins de singularité, parfois symboliques : le poing levé, le doigt dressé, la pose sexy-agressive de la rockeuse vêtue de noir, les potentiomètres dans le rouge. On peut être tenté de sauver ici la chanson "Adore", seul véritable moment d'émotion - théâtralisé certes, à la manière finalement plutôt "honorable" d'une Patti Smith -, qui tranche par rapport aux simulacres-zombies qui peuplent cet album de leur présence cinématographique : ce n'est pas beaucoup. Quand on pense à la hype qui entoure Savages, alors qu'au même moment, un Blood Red Shoes, à la culture assez similaire, responsable de véritables brûlots émotionnels, végète dans l'indifférence générale, on est bien obligé d'admettre combien notre musique est devenue vaine en 2016. Tragiquement vaine.

PS: Savages reste une redoutable machine sur scène, on ne saurait leur enlever ça !


Ex Machina
Ex Machina
DVD ~ Domhnall Gleeson
Prix : EUR 9,99

4.0 étoiles sur 5 Danse avec les Robots, 3 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ex Machina (DVD)
Grand lecteur depuis mon adolescence de S.F. (je ne parle pas ici de Space Opera ou d'Heroic Fantasy, que j'ai tendance à considérer comme des genres mineurs), j'entre avec un a priori forcément positif dans un film comme "Ex Machina", dont je découvre - sans rien avoir lu dessus avant, pour ne pas être influencé ou déçu - que le scénario renvoie intelligemment à Asimov ou encore à Dick (pour la seconde meilleure scène du film, reprenant directement une obsession phildickienne, celle du doute sur sa propre réalité). J'apprécie le rythme mesuré du film, son refus (relatif quand même) des scènes choc et des coups de théâtre (tout ce qui gangrène le cinéma commercial depuis 20 ans), l'intelligence avec laquelle il utilise la topographie extérieure et l'architecture intérieure de la très belle demeure où il est tourné, et le soin avec lequel Garland relie les thèmes classiques de la SF à l'actualité de la technologie (Google et le Big Data en particulier). Je respecte les tentatives d'apporter une vraie profondeur au débat sur l'A.I., grâce à des considérations scientifiques (simplifiées) ainsi qu'artistiques, même si cette profondeur finit sacrifiée sur l'autel du thriller qui prend finalement la main. Je déplore les références religieuses - un must de notre triste époque, semble-t-il - aussi lourdes que fondamentalement hors sujet. Je regrette profondément l'utilisation omniprésente d'une musique "évidente", même si le basculement final est intéressant : quand est-ce que les réalisateurs modernes comprendront à nouveau que le silence complet est préférable dans ce genre de film ? Mais, finalement, n'est-ce pas la performance remarquable d'Oscar Isaac qui fait vraiment tenir le film debout, et lui donne une force - et une noblesse - qu'il n'aurait pas sans lui ? A ce titre, il est probable que la plus belle scène du film, celle de la danse, soit ce qui reste finalement de "Ex Machina".


Billy Bat T17
Billy Bat T17
par Naoki Urasawa
Edition : Broché
Prix : EUR 8,05

3.0 étoiles sur 5 200 pages "pour rien"?, 2 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Billy Bat T17 (Broché)
Dans la ligne directe du tome précédent, Urasawa et Nagasaki nous narrent dans ce dix-septième volume les tentatives de Kevin Goodman pour alerter les autorités américaines sur la menace terroriste contre le WTC, entravées par le jeu pour le moins paradoxal de la "chauve souris" : si dans le monde uchronique de "Billy Bat", le 11 Septembre a bien également lieu (même si l'on peut tergiverser quant à l'endroit de l'impact des avions tels que dessiné pages 146-147), et si cette évocation est bien évidemment la source de moments forts du livre, il faut bien avouer que nous nous trouvons aussi désemparés que Kevin devant cette nouvelle boucle du récit !. Et ce d'autant que l'inclusion - comme dans le tome précédent - de flashbacks sur les derniers jours de Chuck Culkin (l'imposteur) ainsi que sur des souvenirs de l'Agent Smith ne contribuent pas à simplifier l'affaire ! J'ai envie de dire qu'on a encore lu 200 pages "pour rien", puisque les choses se sont compliquées plutôt qu'éclairées, alors qu'a priori la conclusion de la saga devrait être proche, et que, pire, on a pris relativement peu de plaisir à leur lecture. Espérons que le voyage au Pays Basque qui se prépare ouvrira une brèche dans la fiction. Espérons aussi que la rencontre pour le moins surprenante qui clôt ce dix-septième tome apportera un nouveau basculement de perspective dont "Billy Bat" a cruellement besoin.


Reality
Reality
Prix : EUR 6,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 La dure réalité, 29 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Reality (CD)
La dure réalité, c'est que "Reality" est le SEUL album de David Bowie que je n'ai pas acheté, ni même écouté lors de sa sortie. En 2003, rien de tout ça ne me semblait pertinent : à l'époque j'écoutais les White Stripes ou Adam Green, loin, bien loin du rock à l'anglaise classique de "Reality". La disparition de Bowie m'a évidemment donné envie de me plonger dans cet album en général peu aimé : quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un disque assez... plaisant, illuminé par quelques vraies bonnes chansons : "New Killer Star" qui aurait même pu être un vrai "classique" du répertoire de Bowie, si nous nous y étions un peu intéressés, la belle ballade "Days", l'excitant "Never Get Old" qui nous offre un Bowie "remonté" comme rarement (comme jamais ?) sur le difficile sujet de la perte de l'énergie et de la pertinence... Mieux, grâce à une production exemplaire de Visconti, et à un groupe qui offre une vraie cohérence musicale au projet dans son ensemble, même les morceaux faibles restent intéressants. Quelle surprise ! Quels regrets a posteriori d'être passé à côté d'un tel album, certes un peu anecdotique, mais qui prouvait quand même que la crise de créativité était désormais bien loin derrière ! On sait malheureusement que la santé de Bowie commença à décliner lors de la tournée qui suivit, et que nous affronterions de longues années de silence, avant un ultime chant du cygne : la dure réalité de la vie viendrait donc mettre fin à ce rêve-là, aussi.


Jet Plane and Oxbow
Jet Plane and Oxbow
Prix : EUR 18,99

4.0 étoiles sur 5 Une bonne nouvelle..., 29 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jet Plane and Oxbow (CD)
Il fut un temps, entre 2006 et 2010 disons, où Shearwater était une proposition musicale hors du commun, et nous procurait un ravissement intense comme peu de groupes surent jamais le faire. Jonathan Meiburg chantait des histoires d'oiseaux rares et d'archipels perdus avec une voix de haute-contre, et je ne m'en remis jamais complètement. Le retour de Jonathan vers les territoires plus triviaux de la réalité - voire même de la politique US - s’avérèrent une déception, tout autant que sa volonté de faire du rock énergique. La bonne nouvelle de "Jet Plane and Oxbow", matérialisée par ailleurs en live lors d'un beau concert au Point Ephémère, est que la nouvelle formule, si elle n'a rien d'exceptionnel, fonctionne désormais plutôt bien. Quelques gimmicks électroniques surprennent d'abord, mais ajoutent finalement un peu d'étrangeté aux morceaux toujours infiniment lyriques de Meiburg. On sera plus réservé quant aux guitares galopantes, qui peuvent rappeler ci et là l'époque maudite du rock héroïque façon Simple Minds. Heureusement, plane cette fois sur les belles mélodies de "Jet Plane and Oxbow" l'ombre tutélaire du Bowie "berlinois", qu'on s'étonne un peu de retrouver ainsi admiré à Austin, Texas : oui, je le maintiens, c'est une bonne nouvelle !


Wayward Pines - Saison 1
Wayward Pines - Saison 1
DVD ~ Matt Dillon
Prix : EUR 22,50

4.0 étoiles sur 5 Stimulant !, 29 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wayward Pines - Saison 1 (DVD)
Il y a des œuvres "ratées" qui s'avèrent beaucoup plus stimulantes que de jolis "chefs d’œuvre" parfaitement consensuels, et pour moi, "Wayward Pines" transcende largement ses incontestables défauts : ce déséquilibre radical entre ses deux parties, à partir de la révélation de la "vérité" à mi parcours, chacune semblant faire partie d'un genre différent ; ces incohérences nombreuses dans l'évolution des personnages, et en particulier du personnage-clé qu'est l'infirmière ; ces négligences curieuses dans les détails de l'action, qui tranchent avec un sujet qui est lui, assez parfaitement bouclé (dieu merci, on échappe tout de suite au syndrome de "Lost", qui gangrène tant de séries soit disant fantastiques !). Pour vraiment apprécier "Wayward Pines", il faut également mettre de côté l'épuisant jeu des références, puisque les petits malins que nous sommes citeront successivement (et au moins) "Twin Peaks", "Lost" et "Walking Dead" pour les séries TV, "The Dome" pour les livres, et, logiquement "The Village". C'est en fait cette dernière piste, "shyamalanienne", qui est la plus féconde, et qui irrigue le beau sujet, POLITIQUE et AMERICAIN, du film : en partant du même thème que celui de son chef d’œuvre, le mensonge comme moyen de protection de la société, Shyamalan et ses scénaristes dressent ici un constat beaucoup plus troublant et pessimiste que dans "The Village", preuve que des mensonges stupides de l'ère Bushiste, on est passée au contrôle total et à l'émergence nouvelle du fascisme (voire du nazisme) : malgré tout notre idéalisme et notre bonne éducation, qui dit que nous ne préférerons pas nous aussi - et ce, dès aujourd'hui -, l'état d'urgence et la vénération des politiciens "sauveurs", la mise en spectacle de l'éradication du mal et la célébration aveugle d'un mode de vie fondamentalement dépassé ? Terriblement pessimiste (ou lucide), la première saison de "Wayward Pines", comme toute bonne œuvre de SF, nous pose d'excellentes questions.


Rebecca [Import anglais]
Rebecca [Import anglais]
DVD ~ Laurence Olivier
Prix : EUR 9,00

5.0 étoiles sur 5 Essentiel, 29 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rebecca [Import anglais] (DVD)
Découvert tardivement, ce premier film "américain" de Hitchcock, même s'il est situé dans sa majeure partie dans une Cornouailles très gothique, avait constitué à l'époque pour moi un véritable choc esthétique, et était entré directement dans les cimes de mon top personnel des films du maître. Situé plus dans le drame romantique que dans le thriller mental (encore que...), "Rebecca" permet en effet à Hitchcock de déployer de manière typiquement expressionniste toute sa magistrale syntaxe de la terreur et de l'obsession, dans le contexte d'un scénario assez exemplaire tiré de Daphne du Maurier : c'est ainsi que le personnage de Mme Danvers deviendra l'une des plus remarquables "méchantes" de l'histoire du Cinéma. Mais c'est surtout quand le film bascule soudainement, alors que les faux semblants s'évanouissent comme une illusion, à laquelle le spectateur a participé de son plein gré, on se dit que toute cette magie d'une mise en scène parfaite, d'une imagerie à la lisière du fantastique, et d'une interprétation étrangement décalée (qu'on peut trouver gênante jusqu'à comprendre qu'elle fait partie du "piège" hitchcockien), sont au service de l'un des sujets les plus modernes qui soit : celui de notre soumission docile à la croyance "naturelle" que nous avons acquis vis-à-vis des images et du récit. C'est ainsi que "Rebecca", que certains trouvent parfois formellement "daté", se trouve être l'un des films les plus modernes d'Alfred Hitchcock. C'est aussi l'un de ceux qui marque le plus profondément notre inconscient, constituant ainsi une œuvre d'Art essentielle de notre temps.


The Rover [Blu-ray]
The Rover [Blu-ray]
DVD ~ Guy Pearce
Prix : EUR 14,99

3.0 étoiles sur 5 L'homme est un loup pour l'homme ?, 29 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Rover [Blu-ray] (Blu-ray)
On sait que dans tout Art, la caractéristique la plus évidente de la "décadence" est la prépondérance de la forme sur le contenu, ou plutôt un formalisme extrême qui fait que la forme n'est plus au service du fond, mais constitue l'objectif primordial de l'artiste. Pour le 7ème Art, cette situation critique, anticipée dès la fin des années 80 par l'offensive des "pubards", a même largement contaminé le cinéma dit "d'auteur" : si Michôd n'est heureusement pas atteint au même degré que l'ignoble Iñarritu, il régresse néanmoins salement dans son second film par rapport à la réussite de son premier, "Animal Kingdom". Car si l'élégance et l'intelligence de sa mise en scène bluffe le spectateur pendant la première partie du film, avec en particulier une excellente gestion du temps, qui est toute à l'honneur de Michôd, on finit par ce rendre compte que "The Rover" n'a rien d'intéressant à nous dire, si ce n'est que "l'homme est un loup pour l'homme" (... mais pas pour le chien !). Le surjeu de Pattinson, tranchant avec le sous-jeu de Pëarce (mais les deux approches sont excessives, et fondamentalement formalistes), mais aussi le désir obsessionnel qu'a Michôd de surprendre à tout prix son spectateur, soit par la mise en scène, soit par le récit, finissent par jouer contre le film, et par nous détacher des enjeux de la fiction. La dernière scène, sensée être le "twist" révélateur qui remet en perspective ce que nous venons de voir, ridiculise en fait le film tout entier, et montre que tout le récit ne fonctionnait en fait que sur la convention artificielle du comportement mutique du personnage principal. Michôd n'avait rien d'intéressant à nous raconter, il nos a juste impressionné par son savoir faire formel.


Caprice
Caprice
DVD ~ Virginie Efira
Prix : EUR 10,70

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 De l'audace, encore de l'audace !, 25 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Caprice (DVD)
Emmanuel Mouret a les bonnes références : Edwards, Wilder, Lubitsch. Ses films, lorsqu'ils sont à peu près réussis, nous évoquent plutôt Rohmer (sans la cruauté et l'intransigeance), Allen (sans l'angoisse existentielle) ou Guitry (sans la faconde roublarde). Et c'est malheureusement dans ces "sans" que se niche la limite, désormais claire, de son cinéma : dans "Caprice", tout est bon, depuis ces deux actrices parfaitement dans leur rôle jusqu'à ces dialogues posés qui tranchent audacieusement avec la vulgarité du monde, en passant par des situations scénaristiques propres à ouvrir des failles dans la mécanique réglée du vaudeville (deux garçons, deux filles, mais qui aime vraiment qui ?). Et de fait, "Caprice" procure beaucoup de plaisir au spectateur qui se laissera doucement séduire par ce conte léger, distancié, et pourtant lucide quant à l'Amour et notre propre état face à lui. Le problème surgit peu à peu, au fil de scènes charmantes qui laissent attendre que… et puis non : comme si Mouret n'avait pas l'audace - ou la méchanceté, peut-être - d'aller jusqu'au bout de la logique de son scénario, et de déboucher sur le mélodrame, le drame ou le "conte moral", au choix. Sa conclusion suspendue, réconciliatrice mais pas que… paraît du coup comme, au pire, une sorte de lâcheté, et au mieux une maladresse involontaire. On voit très bien où "Caprice" aurait pu nous mener, vers quelles zones d'ombre son scénario nous entraînait, mais Mouret a préféré rester au soleil avec son personnage trop évident de tendre maladroit.


The Best of the Cutting Edge 1965-1966: the Bootleg Series, Vol. 12
The Best of the Cutting Edge 1965-1966: the Bootleg Series, Vol. 12
Prix : EUR 23,00

5.0 étoiles sur 5 Génie absolu, 23 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Best of the Cutting Edge 1965-1966: the Bootleg Series, Vol. 12 (CD)
Tout le monde sait, ou plutôt tout le monde devrait savoir, que sur quelques mois de 1965-1966, Robert Zimmerman, dit Bob Dylan, a atteint un niveau artistique que l'on ne peut que qualifier de GÉNIE ABSOLU, un niveau qui lui a valu une reconnaissance globale immédiate, mais qui l'a ensuite, logiquement, condamné à une vie entière à rattraper ou contredire ou encore ridiculiser le matériel alors produit, et en particulier les albums "Highway 61 Revisited" et "Blonde on Blonde". Écouter les démos et versions alternatives des chansons écrites en 1965 - 1966 revient peu ou prou à ouvrir une fois encore la Boîte de Pandore de nos émotions et de notre admiration : on se croyait "guéris" de Dylan, on découvre qu'il n'en est rien, que ces morceaux font toujours les mêmes trous béants dans notre tête, dans notre monde, que leur impact est toujours aussi dévastateur. Il y a les mots qui coulent comme un torrent, dans lequel nous nous engloutissons, émergeant juste assez, ci et là, pour une goulée d'oxygène que nous accorde généreusement le jeune barde (ces formules à l'emporte-pièces, déguisées en poésie, qui auront tant été utilisées par ceux qui prétendront en avoir été illuminés). Il y a cet esprit de confrontation permanente qui règne ici, que ce soit avec les puissants qui nous oppriment, les femmes qui nous dominent, ou les amis qui nous trahissent ou nous déçoivent : combien de chansons de Dylan ne sont que d'impitoyables règlements de compte, je vous le demande ? Il y a cette voix, nasillarde, provocante, qu'il est si facile de rejeter, de détester, et qui touche pourtant tellement juste. Bref, cette musique est ESSENTIELLE. Maintenant, que dire de cette compilation "The Cutting Edge", qui existe en un format monstrueux (plus de 300 chansons, me semble-t-il...) et aussi en version un peu plus humaine, accessible, d'un double CD ? Personnellement, et je sais que je ne suis pas comme tout le monde, je n'en ai rien à battre de comprendre comment un artiste a fait pour en arriver au résultat final qu'il a considéré comme correspondant assez à sa vision pour le proposer à son public, par quelles étapes il est passé. Au contraire, je préfère respecter son désir de nous faire écouter une certaine version de ses chansons, plutôt que les 5 ou 10 brouillons qui ont précédé. Que "The Cutting Edge" soit riche en "insights" sur la manière dont Dylan fonctionna et travailla durant cet âge d'or, je ne le nierai pas : pourtant, il est indéniable - et logique - que les versions figurant ici sont inférieures aux versions finales. On a même droit, du coup, à d'aimables plaisanteries, quand Dylan et ses musiciens poussent la logique rythmique ou mélodique de certains morceaux de manière caricaturale : c'est amusant, certes, mais c'est tout. Bref, je me permettrai de vous donner un conseil : gardez plutôt vos sous et votre temps précieux pour racheter les originaux et les réécouter, encore et encore... Finalement, le plus gros mérite de ce "Cutting Edge", c'est de remettre Dylan au centre de l'échiquier en 2015 - 2016, cinquante ans plus tard, à une époque où l'absence d'un tel génie se fait sentir plus douloureusement que jamais.


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