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Contenu rédigé par Paeye
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Paeye "papasam" (France)
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Le Vertige de Babel
Le Vertige de Babel
par Pascal Bruckner
Edition : Poche

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un mondialisme inéluctable ?, 27 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Vertige de Babel (Poche)
Dans le combat qui se déroulerait entre un camp nationaliste, xénophobe, qui sentirait "la rancoeur, la province et l'hospice" et un camp cosmopolite, qui porterait "l'auréole des grands espaces, de la jeunesse et de l'espoir", l'auteur a fait son choix. Par le biais de ce petit livre il s'attache à préciser sa pensée et à bien différencier ce qu'il entend par "cosmopolitisme" de ce l'on dénomme habituellement "mondialisme".
Si on peut suivre assez facilement l'auteur dans la première partie de ce livre, on ne peut en dire autant de la seconde... Même s'il ne veut pas souscrire à l'injonction manichéenne d'Edgar Morin, "association ou barbarie", ses exemples de célèbres "cosmopolites" et les éléments avancés dans le développement de sa position ne sont ni très parlants ni bien étayés et peuvent même mettre mal à l'aise le lecteur attentif ou pointilleux. Peut-on affirmer à la fois que "les grands apatrides constituent la noblesse et l'aiguillon de l'esprit", qu'une identité "est toujours mobile" et que "la nation demeure indispensable sinon indépassable" ? La position de l'auteur semble finalement bien naïve et utopiste : "Il faut donc prôner un attachement critique à sa propre nation qui n'écarte ni la faculté d'examen, ni la faculté d'amour". Un juste milieu bien inconfortable qui, en plus, ne conviendra en fait qu'à une certaine élite car 'il est "impossible, impensable ... de démocratiser le cosmopolitisme...".
Cette sorte de cosmopolitisme moderne que l'auteur essaie de défendre ne peut être bénéfique que si elle s'appuie sur des bases saines, solides et partagées, or ces bases, qui sont de plus en plus attaquées de partout, apparaissent purement et simplement abandonnées par ceux-là qui devraient les défendre ! Il n'y a qu'à penser à cette Europe mal fichue d'aujourd'hui, totalement déséquilibrée, aux trop nombreux centres de décision, ces derniers étant de plus en plus éloignés des soit-disant "citoyens" ravalés au seul rôle de consommateurs ! Le livre, qui est sorti en 1994, semble maintenant bien dépassé mais le problème de fonds reste, il s'est seulement aggravé. Ainsi, dans le même registre, Richard Millet écrit, dans son essai récent "Fatigue du sens", que l'on ne peut que constater "la déconstruction de toute verticalté nationale au profit d'une horizontalité sans tradition ni mémoire".
Les questions sont donc toujours là, de plus en plus pressantes, mais c'est au lecteur de faire le tri parmi tout cela si jamais il pensait que cette évolution qui semble malheureusement inéluctable pouvait encore être tant soit peu déviée ou atténuée...


Johnny Chien Méchant
Johnny Chien Méchant
par Emmanuel Dongala
Edition : Poche
Prix : EUR 10,45

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Au coeur des ténèbres..., 20 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Johnny Chien Méchant (Poche)
Un très bon livre... Un livre à la fois crédible, honnête et relativement accessible, mais un livre très dur. Un livre très dur car son personnage principal est un enfant soldat embourbé dans une guerre civile affreuse.
Emmanuel Dongala, congolais d'origine, est, à ma connaissance, l'écrivain qui a su le mieux se mettre dans la peau d'un enfant soldat sans lui faire interpréter une partition, sans l'utiliser, sans en faire sa marionnette. Son roman, car il s'agit bien d'un roman, réussit la gageure de ressembler par moments à un reportage de guerre et, dans cette sauvagerie extrême des guerres ethniques africaines assez cliniquement rapportées, où les populations civiles sont moins considérées que du bétail, le comportement de ces "enfants soldats" est dépeint avec beaucoup d'objectivité -c'est en cela que le récit est "honnête"- car, si ces derniers peuvent eux aussi être considérés comme des victimes immatures, ils sont surtout devenus des tueurs irresponsables, des bourreaux insensibles, des animaux féroces et dénaturés, à l'instinct aléatoire. La naïveté et l'angélisme n'ont pas lieu d'être ici...
Contrairement à un autre roman très connu, où il est aussi question d'enfants soldats, l'auteur n'a ressenti nul besoin, dans ce livre, d'affubler le personnage principal de quatre dictionnaires pour lui faire dire ce qu'il pense, ou pour lui faire délivrer un message... En n'utilisant pas ce genre d'artifice purement littéraire l'auteur a certainement voulu, et a pleinement réussi, à s'effacer derrière son personnage : "Chien méchant", laissé à lui-même, nous parle à sa façon, nous sommes avec lui, nous ressentons son vécu et je pense que c'est cela, cette présence et cette véracité, qui touche intimement le lecteur.
On ne peut terminer un commentaire sur ce livre sans dire que ce roman c'est aussi, et heureusement, l'histoire de Laokolé... Laokolé qui est de l'autre côté, du côté des victimes, du côté des populations martyrisées et humiliées qui ne tentent plus que de survivre. La fière Laokolé, tenace et courageuse, Laokolé qui nous permet de garder un soupçon d'espoir dans l'humanité, Laokolé qui représente peut-être la dernière chance de partager un peu d'amour au coeur des ténèbres...


Black Bazar
Black Bazar
par Alain Mabanckou
Edition : Poche
Prix : EUR 6,84

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Un vrai bazar, 20 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Black Bazar (Poche)
"Fessologue", qui se veut spécialiste de la "psychologie" des fesses féminines, largé par sa femme "Couleur d'origine", se met à écrire pour se raconter mais surtout pour dépeindre son milieu, relater ses rencontres, pour décrire en fait le "Black bazar" dans lequel il erre, quelque part entre Château-Rouge, Château-d'Eau, la gare du Nord et la fontaine des Halles... Fessologue est ausi un "ambianceur" qui a "six grosses malles d'habits et de chaussures- pour la plupart des Weston en croco, en anaconda ou en lézard,..." mais un ambianceur qui survit en partageant à plusieurs un studio minable, une "vraie porcherie".
Ce coté "fana de la SAPE" est très significatif, même s'il n'a pas été consciemment voulu par l'auteur ! En effet, le "Paraître" est essentiel pour les "sapeurs", lui seul compte : les sapeurs ne sont et ne se veulent que des "esthètes de la surface" ! De même ce livre reste à l'extérieur des choses et "Fessologue" ne raconte, à part de rares exceptions, que des rencontres avec des caricatures qui n'ont rien de consistant pour "accrocher" l'intérêt du lecteur. Les personnages féminins ne peuvent compenser cette impression générale car ils sont peut-être encore plus stéréotypés, plus convenus, que les personnages masculins ! De ce livre on ne retiendra peut-être, et avec une certaine affection, que le personnage de "l'Arabe du coin"...
Quant au fonds on peut se poser la question de savoir si un roman peut se construire à partir de ces portions d'histoires disparates mises bout à bout, et dont on se demande, au fil de la lecture, où elles vont bien pouvoir nous mener ? Nous avions pourtant été prévenus dès le début du livre : "J'écris comme je vis, je passe du coq à l'âne et de l'âne au coq..." ! Ce traitement fait que l'intérêt que l'on pouvait éprouver au début du livre pour ce "bazar" faiblit peu à peu et finit par laisser place à une certaine indifférence. Au bout du compte le constat est là : un personnage improbable et superficiel qui se met à taper sur une machine à écrire, cela ne fait pas un écrivain ! On pourrait même avancer que, s'il y a une marge significative entre tous ces professeurs de philosophie qui, aujourd'hui, se disent philosophes et un philosophe digne de ce nom, il y a une marge encore plus grande entre un professeur de littérature francophone et un écrivain... le bagage intellectuel est très loin de suffire, il faut avoir du style, c'est évident, mais surtout "il faut avoir un vécu pour écrire", comme le dit d'ailleurs un personnage du livre, et en plus, et là on touche vraiment à l'essentiel, savoir faire passer ce "vécu" au lecteur...


Verre Cassé
Verre Cassé
par Alain Mabanckou
Edition : Poche
Prix : EUR 6,37

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 "L'Intérêt a voyagé"..., 15 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verre Cassé (Poche)
Désolé... mais je n'ai pas du tout "accroché" !

Dès le début du livre le lecteur est confronté à un oukase technique... uniquement des virgules pour aérer le récit ! Et, suprême défi, le point n'est même pas toléré en fin de paragraphe ! Certains disent que ce choix est fait pour rendre l'aspect "oral" du conte et je me demande encore comment un conte, avec ses différentes intonations, avec ses suspensions et ses accélérations, ses silences et ses cris, ses sourires et ses peurs, ses halètements et ses lenteurs, pourrait être correctement rendu par cette systématisation uniforme et absolue de la virgule ! D'ailleurs Verre Cassé ne conte pas, il écrit ! Et cet effet d'accumulation systématique, d'empilage de phrases en apposition, qui vient encore alourdir le récit... Dans un certain sens on peut dire que Verre Cassé, le "récitant-rédacteur" du livre, réussit finalement son objectif puisqu'il voudrait qu'en le lisant on dise "c'est quoi ce bazar, ce souk, ce cafouillis, ..., ce bavardage, cette chute vers le bas-fonds des belles-lettres, ...". De plus, dans cet empilage artificiel, alors même que l'on commence à s'habituer au "style" et à s'intéresser aux multiples personnages attachants mais "improbables", comme les qualifie un autre commentateur, surgissent ces clins d'oeil, ces sous-entendus ou ces ameçons, destinés certainement à captiver l'attention du lecteur "intelligent et cultivé", mais qui finissent par apparaître au fil du récit comme le résultat peu naturel d'un simple procédé littéraire répétitif. On pourrait aussi discuter de la "probabilité" des propos tenus par cet ivrogne d'instituteur au rabais, titulaire du seul certificat d'études, même s'il donne l'impression à Escargot entêté, le patron du bar, de dialoguer "avec des gars comme Proust ou Hemingway"... Quant à ce bar "mythique", au nom trop africain pour être honnête, on peut se demander s'il a jamais pu exister tant il ne "colle" pas, de près ou de loin, à tous ceux, qu'ils soient bars, buvettes ou maquis, que n'importe quel voyageur un peu aventureux ou simplement curieux aurait pu fréquenter lors de ses pérégrinations africaines !

L'auteur s'est certainement fait plaisir en écrivant ce bouquin et on ne peut nier qu'il y a mis beaucoup d'intelligence et de savoir-faire... on n'est pas enseignant de littérature francophone aux USA pour rien ! Mais est-ce celà seulement qui peut faire un bon roman ? Un bon roman n'est-il pas celui qui arrive à captiver le lecteur en lui faisant oublier à la fois le style et l'auteur ? Et même si on peut, à la limite, accepter ou tolérer que "la langue française n'est pas un long fleuve tranquille" mais "plutôt un fleuve à détourner", ne faut-il pas qu'il reste au final un minimum de symbiose entre le fonds et la forme ?


Le sanglot de l'homme noir
Le sanglot de l'homme noir
par Alain Mabanckou
Edition : Broché
Prix : EUR 14,54

8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 intéressant mais un peu léger..., 15 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le sanglot de l'homme noir (Broché)
Si le titre du livre semble répondre à celui de Pascal Bruckner ("Le sanglot de l'homme blanc"), le parallèle que l'on serait tenté de faire entre les deux ne mènerait pas bien loin tant ils sont différents... je serai tenté de dire, en simplifiant, qu'ils ne concourent pas dans la même catégorie.

Dans ce livre Mabanckou prend une position courageuse contre l'attitude, à la fois simpliste et peu volontariste, qui est très répandue parmi les africains en général, qui consiste à reporter sur l'Europe, et plus particulièrement sur les anciens pays colonisateurs, la cause de tous leurs malheurs actuels. Il y parle également de la soi-disant "Identité" africaine et va jusqu'à dire que "l'expérience du colonialisme ne crée pas une identité" ! De même l'auteur fait une énorme différence entre l'africain et l'africain-américain... Quant au français, c'est bien "la" langue par laquelle il faut passer ! Certainement que tout cela ne va pas plaire dans certains milieux ou dans certaines "communautés" et, a fortiori, à certains africanistes "bien-pensants"... L'auteur se montre relativement optimiste ; Il se veut responsable mais donne l'impression de vouloir rester en deçà de certaines limites, et c'est bien dommage.

Le livre aurait gagné à avoir un peu plus de consistance et de structure et, à ce point de vue, il ne peut pas vraiment être considéré comme un véritable essai. Certaines conversations rapportées sont-elles réellement utiles ? N'aurait-il pas mieux valu les résumer ou les condenser ? On peut donc lire ce livre avec un réel plaisir mais on ne peut assurer qu'il va aller jusqu'à marquer durablement le lecteur. Et peut-être que ce lecteur sera incité à approfondir sa réflexion sur ce thème en lisant certains des livres cités dans cet ouvrage ! Il ne faut pas oublier que l'auteur enseigne la littérature francophone en Californie.


Le Mauvais Démiurge
Le Mauvais Démiurge
par Emile Michel Cioran
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un livre à part dans l'oeuvre de Cioran, 11 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Mauvais Démiurge (Broché)
Ce livre regroupe en fait six essais... et c'est le premier d'entre eux qui donne son titre au livre. Les autres essais sont respectivement "Les nouveaux dieux", "Paléontologie", "Rencontres avec le suicide", "L'indélivré" et "Pensées étranglées".
A part le dernier de ces essais qui est un regroupements d'aphorismes et de textes très courts relatifs à des thèmes divers, les cinq premiers abordent des thèmes spécifiques. Le "Mauvais démiurge" pose le problème de la contradiction qui existe entre l'auteur du "scandale de la création" d'une part et le "dieu bon" ou le "père" d'autre part, comme, au niveau de l'homme, se pose le problème du "goût de la descendance". Le christianisme, vu essentiellement comme un monothéisme qui, comme tout monothéisme, "contient en germe toutes les formes de tyrannie", est le sujet du deuxième essai. Le christianisme l'a emporté sur le polythéisme romain mais périra comme lui, par érosion de son intolérance. "Paléontologie" traite de la chair "périssable jusqu'à l'indécence" qui, par rejet, peut inciter au renoncement. C'est peut-être cet essai qui est le plus difficile d'accès avec "L'indélivré" qui tourne autour d'un thème très proche : le désir, la non-permanence, la délivrance, le vide. Quant au chapitre intitulé "Rencontres avec le suicide", le petit extrait qui suit peut lui servir d'introduction : "Pourquoi je ne me tue pas ? - Si je savais exactement ce qui m'en empêche, je n'aurais plus de questions à me poser puisque j'aurais répondu à toutes".
Un livre qui ne fait pas partie des livres les plus connus et les plus réputés de Cioran, mais qui mérite le détour.


Bréviaire des vaincus
Bréviaire des vaincus
par Emile Michel Cioran
Edition : Poche
Prix : EUR 9,17

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le bréviaire d'un non-croyant..., 9 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bréviaire des vaincus (Poche)
Ce livre est le dernier que l'auteur a écrit en roumain entre 1940 et 1944, alors qu'il était déjà installé à Paris depuis 1937. Le Cioran de ce "Bréviaire" n'est pas encore le Cioran connu, celui des "Syllogismes" ou des "Aveux et anathèmes" : ici il n'est pas encore "canalisé" par ce carcan de la langue française qu'il vêtira un peu plus tard, comme une ascèse. Dans ce livre l'auteur donne donc libre cours à son lyrisme... le ton de l'ouvrage y est souvent excessif, fiévreux, les expressions débridées, enflammées, les images emphatiques, les attributs secs et cinglants.
C'est peut-être pour cela, pour ce côté "brousse" touffue et flamboyante,ce côté "non affiné", que j'ai un petit faible pour ce livre et plus particulièrement pour ses deux premières parties. Parmi les chapitres les plus prometteurs de l'oeuvre mature qui s'y trouve en gestation le lecteur attentif pourra aussi déceler de-ci de-là l'influence non négligeable de Nietzsche, que le thème abordé soit relatif à la religon (chap 10, 13), aux civilisations (chap 23, 40, 41), à l'homme vis-à-vis du "troupeau" (chap 36) ou plus globalement à l'opposition "vérité/vie".
Un livre plutôt destiné à ceux qui connaissent déjà un peu Cioran et qui voudraient revenir aux origines de sa pensée dans une formulation moins élaborée.


Cahiers: (1957-1972)
Cahiers: (1957-1972)
par Emile Michel Cioran
Edition : Broché
Prix : EUR 36,67

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un réservoir de matière., 9 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cahiers: (1957-1972) (Broché)
Ce très gros livre regroupe le contenu des cahiers que Cioran a tenus entre 1957 et 1972. Il a été édité en 1997 après le décès de l'auteur qui, de son vivant, n'aurait certainement pas accepté une telle parution en l'état...
Ces "cahiers" sont en effet plus des cahiers de brouillon, des cahiers de notes, qu'un journal régulièrement tenu. Dans ces cahiers il y a peu d'évènements datés mais beaucoup de redites, de reprises, de re-formulations... c'est donc pour moi plus de la matière accumulée au fil des jours, assez irrégulièrement, et susceptible d'être transplantée, telle quelle ou plus ou moins affinée, dans d'éventuels livres à venir.

On comprendra que ce pavé, très intéressant pour les "aficionados" qui pourront même le considérer comme un ouvrage essentiel bien que profanateur, ne sera pas très utile pour le lecteur débutant en "Cioranie"...


Brèves de philo : La sagesse secrète des phrases toutes faites
Brèves de philo : La sagesse secrète des phrases toutes faites
par Laurence Devillairs
Edition : Poche
Prix : EUR 9,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 De philo ?, 2 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brèves de philo : La sagesse secrète des phrases toutes faites (Poche)
Des phrases toutes faites, passe-partout, éculées à force d'usage répété et irréfléchi... voilà la matière que l'auteur commente en la questionnant. Que se cache-t-il réellement derrière ces expressions inoffensives qui appellent le consensus ?
Ce livre se lit facilement et peut-être trop rapidement ! Attention donc à ne pas se laisser entraîner par cette apparente facilité ! L'attention doit rester en éveil... En effet si certains développements sont tout-à-fait en phase avec les phrases commentées (et heureusement !), d'autres paraissent pour le moins "décalés" quand ils ne méritent pas tout simplement la mention "hors sujet". Même si ce ne sont que des "Brèves" de Philo, il y a un minimum à assurer !
Ceci étant, et comme le dit l'auteur elle-même : "penser par soi-même, c'est au contraire digérer, interpréter, refuser"... A vous donc d'interpréter, d'exercer votre réflexion et de refuser éventuellement certaines conclusions qui pourraient vous sembler bien trop hâtives ou peu justifiées. Finalement, et pour conclure de façon positive, ce livre pourrait être considéré comme un "livre-test" genre "cherchez l'erreur"... comme un livre que les jeunes devraient pouvoir utiliser pour se faire les dents en éprouvant leur esprit critique.


Les racines du ciel
Les racines du ciel
par Romain Gary
Edition : Poche
Prix : EUR 7,98

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un livre majeur, 27 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les racines du ciel (Poche)
Nous sommes au Tchad au temps de l'Afrique Equatoriale Française. Certains de ceux qui ont été marqués à vie par la seconde guerre mondiale qui vient de se terminer, en tant que victimes civiles, prisonniers de guerre ou combattants, s'y sont retrouvés. Les Indépendances sont proches et le petit monde de la Colonie commence à prendre peur. Voilà le cadre dans lequel nous allons découvrir l'histoire fragmentée de Morel...

Morel, ancien prisonnier des stalags, a pris fait et cause pour la défense de la nature et plus particulièrement pour la défense des éléphants. Il a commencé son combat de façon non violente, en essayant de faire signer ses pétitions, mais très vite il va le radicaliser en prenant les armes et en s'attaquant physiquement à tous ceux qui déciment ces splendeurs qui sont "les racines du ciel".
Bien que ce livre soit souvent présenté comme le premier roman "écologique" -un mot qui était d'ailleurs encore pratiquement inconnu à l'époque de sa parution- le lecteur se rendra vite compte qu'il déborde très largement ce cadre bien restrictif. Même si l'auteur écrit dans sa préface que les éléphants de son roman "ne sont nullement allégoriques" et qu'il ne mesurait pas "l'étendue des destructions qui se perpétraient", ce lecteur découvrira très vite que les éléphants sont également utilisés comme un révélateur de l'état de notre humanité... les personnages se révèlent face aux autres mais aussi à eux-mêmes !

Non, le livre n'est pas d'un idéalisme naïf comme le dit un commentateur... ni idéaliste, ni simpliste ni manichéen et les personnages sont très loin d'être des pantins ! Si Morel apparaît comme le combattant porteur d'une valeur universelle, le but qu'il poursuit devient vite une obsession qui le submerge et qui lui fait dépasser les bornes : son "écologie" se transforme en extrémisme. L'activiste africain Waïtiri, personnage secondaire mais très important du livre, ne cherche d'ailleurs qu'à tirer politiquement profit de cette lutte armée... Il vise une audience internationale et ne se soucie nullement des populations locales qu'il juge trop primitives. Waïtiri préfigure les despotes africains à venir... On ne peut pas non plus dire des autres personnages qu'ils sont naïfs ou simplistes, bien au contraire : que ce soit Minna, l'allemande au bout du rouleau, qui à la fin du livre semble "avoir atteint quelque chose que personne ne pourrait jamais plus lui enlever", ou encore Schölscher, l'officier méhariste, le père Fargue pour qui la vraie et la seule priorité est la lutte contre les maladies qui déciment les indigènes, Saint-Denis, l'administrateur remercié devenu gardien de réserve, le père Tassin, jésuite paléontologue, ou encore le photographe de guerre américain Abe Fields, Habib le tenancier du "Tchadien", Orsini le grand chasseur qui finira écrasé par les éléphants, De Vries, le traficant qui sera tué par Morel, et tant d'autres qui se croisent, qui se mesurent, qui s'allient, qui se réconfortent ou s'affrontent... Sans oublier le pays Oulé et ses populations pour qui les éléphants, en plus de constituer un danger permanent pour les plantations, représentent surtout une source de protéines.

Un livre qui est donc d'une extrême richesse de contenu en plus d'être très bien écrit. C'est un livre majeur qui demande néanmoins une lecture attentive car sa structure non linéaire, constituant indispensable du livre, peut paraître confuse au premier abord.


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