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fathier "fathier"

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Pour une révolution fiscale : Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle
Pour une révolution fiscale : Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle
par Camille Landais
Edition : Broché
Prix : EUR 11,80

32 internautes sur 40 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une révolution juste et raisonnée, 28 janvier 2011
Si les livres d'économie ont l'habitude de se faire discret, relayés depuis quelques années dans une sous-catégorie des ouvrages de gestion, celui-ci a clairement pour ambition de faire du bruit. Outre le côté « dream team » de la nouvelle génération d'économistes français (même si on peut penser que Piketty est le rédacteur principal), ce livre vient armé d'un site, prolongement démocratique espéré, mais aussi espace pour clarifier et compléter certains thèmes simplement esquissés dans l'ouvrage. Par ailleurs, si l'ambition d'un livre se mesure à son public, la volonté, dans la perspective de 2012, d'influer sur la politique fiscale est évidente : c'est en effet aux parlementaires que les auteurs adressent en priorité leur travail, notamment parce qu'il permet - via le site- de chiffrer des propositions. Le plan de l'ouvrage est on ne peut plus simple et efficace : une première partie évalue la fiscalité française à l'aune de la justice sociale ; une seconde présente le nouvel impôt sur le revenu proposé par les auteurs, tandis qu'une troisième, forcément plus décousue, traite des objections, interrogations et adaptations liées à ce nouvel impôt. La première partie est évidemment la plus importante et la plus riche en surprises. D'elle, dépend la force de conviction des propositions ultérieures. Dans cette première partie, les auteurs cherchent à déterminer si les impôts en France sont « justes » et ce dans un double sens : respectent-ils le principe à revenu égal, imposition égale ? et par ailleurs, conformément à un objectif classique de justice sociale, assurent-ils une réelle progressivité dans le paiement de l'impôt ? A la première question, les auteurs opposent la complexité du système français, propre à instiller le doute si ce n'est à persuader qu'on se débrouille « moins bien » que son voisin, qu'on est moins « malin », tous critères qui -on en conviendra- ne devraient pas être décisifs dans le calcul de l'impôt (cf frais réels et autres...). Mais c'est surtout leur réponse à la deuxième question qui surprend, tant il est d'ordinaire implicite dans le débat public que les plus riches sont fortement imposés en France. Bien sûr l'affaire Bettencourt a révélé au grand jour une aptitude à contourner l'impôt qu'on a toujours soupçonné, sans toutefois en mesurer l'ampleur. Mais les données des auteurs ne laissent pas surprendre. Un point méthodologique tout d'abord : les auteurs ont choisi d'intégrer dans les impôts non seulement l'impôt sur le revenu mais aussi la CSG, l'ISF ou encore...la TVA. L'idée en elle-même n'a rien de choquant. Tous ces éléments combinés, on découvre que les impôts sont effectivement progressif, mais uniquement jusqu'au 95ème centile. Pour le dire autrement, quand on arrive aux 5% les plus riches, la part du revenu versée aux impôts tombe. Et pour les 1% les plus riches, elle est carrément presque dit points en dessous du premier décile, autrement dit, les 10% les plus pauvres consacrent une plus grosse part de leur revenu aux impôts que le 1% le plus riche ! Ces données sont si surprenantes qu'il faut sans doute expliquer l'origine de cette « déformation de la perception » qui touche la plupart des français. Tout d'abord, on s'illusionne sur le poids des différents impôts. L'impôt sur le revenu, cœur imaginé de la progressivité de l'impôt, ne draine que peu de recettes. Ensuite, certains impôts censés être neutres car à taux unique sont en fait dégressifs. Ainsi, les cotisations sociales, assises sur le seul travail, sont proportionnellement assez faibles voire très faibles pour des hauts revenus largement basés sur le revenu du patrimoine. De même, la TVA touche davantage ceux qui consomment une large part de leur revenu, autrement dit les revenus les plus faibles. Dans le cadre des débats actuels, il est intéressant de noter que le seul impôt très efficace en terme de progressivité, et à ce titre essentiel au système, n'est autre que le tant décrié ISF. Dans la deuxième partie, les auteurs proposent un nouvel impôts sur le revenu qui intégrerait l'IRPP actuel et la CSG. Comme cette dernière, il aurait une assiette beaucoup plus large que l'IRPP et intégrerait donc largement les revenus du patrimoine. On peut noter que selon les calculs des auteurs, 97% des français paieraient moins d'impôts avec leur réforme - baisse assez faible le plus souvent, mais n'oublions pas que l'objectif des auteurs est avant tout de rétablir une certaine justice et donc légitimité de l'impôt. Enfin, la troisième partie aborde diverses questions et plaide, entre autres, pour un maintien de l'ISF. L'ouvrage est globalement convaincant, même s'il passe un peu rapidement à mon goût sur certaines questions, comme l'imputation des impôts payés par les entreprises aux ménages, procédure pourtant essentielle à leur démarche. Pour ce qui est du site, j'avoue une certaine déception : vanté tout au long de l'ouvrage, sa portée démocratique risque d'être limitée puisqu'il n'y a aucun espace pour des commentaires. Qu'en dirait Dominique Cardon, auteur de la même collection et défenseur de la « démocratie internet » ? Manifestement, le débat est ouvert - mais pas à nous. Dommage. Il n'en demeure pas moins que la rigueur de l'ouvrage et sa mesure devrait empêcher quiconque d'esquiver le cœur du propos : nos impôts sont terriblement injustes. Et accuser les auteurs de ne pas se soucier de l'efficacité économique serait une attaque très basse : toute leur réflexion est menée à niveau de recettes constant et, surtout, le texte est parsemé de réflexions sur les incitations ou désincitations produites par ces « transferts » d'impôt. Au final, leur plus grande réussite est peut-être de convaincre que l'impôt, avant d'être une question technique, est affaire de justice sociale.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 10, 2011 9:43 AM MEST


Le Monstre doux: L'Occident vire-t-il à droite ?
Le Monstre doux: L'Occident vire-t-il à droite ?
par Raffaele Simone
Edition : Broché
Prix : EUR 17,75

25 internautes sur 29 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Matière à polémique à gauche, rien de plus, 20 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Monstre doux: L'Occident vire-t-il à droite ? (Broché)
Reprenant notamment l'argumentation de Tocqueville, Raffaele Simone tente de saisir en quoi l'époque contemporaine a vu s'accomplir les prophéties de l'aristocrate normand. A cela, il mêle une réflexion sur les orientations politiques en Europe, qui peut se résumer par la question posée en sous-titre de l'ouvrage : l'Occident vire-t-il à droite ? Autant le dire tout de suite, cet ouvrage, bichonné par les médias, m'a déçu et ce à deux titres. D'abord, on peut s'étonner de la quantité de propos à l'emporte pièce, de généralisations hâtives, de caricatures... Alors qu'il existe sur ce domaine nombre de penseurs subtils et riches, Simone se distingue quant à lui par sa pauvreté. Il n'est pas un Zygmunt Bauman, même s'il semble parfois le croire. Ensuite, sur le fond, j'avoue avoir été un peu lassé par son approche si peu nuancée de la société de consommation et de son développement actuel, ce qu'il appelle parfois la société de la vision ou du visionnaire. C'est comme si Richard Hoggart n'avait jamais existé, comme si les « cultural studies » et d'autres n'avaient jamais montré que le « récepteur » peut avoir un rôle actif, qu'il n'est pas cette page blanche sur laquelle la société de l'écran imprimerait sans résistance ses caprices et futilités. Ainsi, on peut lire sous la plume de Simone (gageons qu'il refuse d'écrire autrement parce que le fait de pouvoir effacer les ratures, vous comprenez, ça éteint une civilisation !) que les images des ordinateurs sont des « représentations techniquement fausses, mais qui nous sont désormais si familières que nous les traitons comme si elles étaient vraies et réelles sans percevoir aucun écart ». Un peu plus loin, il regrette que les jeunes ne sachent plus faire la distinction entre une vidéo montrant un meurtre réel et leurs jeux vidéos. On approche parfois du comique involontaire lorsque Simone laisse entrapercevoir un papi lubrique en lui. Ainsi, contrairement aux jeunes femmes d'hier qui éprouvaient un salutaire sentiment de honte lorsqu'elles étaient épiées à leur insu par des hommes alors qu'elles prenaient leur bain, une jeune femme « n'aurait plus honte aujourd'hui, peut-être se montrerait-elle d'elle-même en imaginant (ou en souhaitant) que, dissimulé derrière des branchages, quelqu'un puisse la regarder et même la filmer ». J'avoue ne pas pouvoir prendre tout à fait au sérieux les analyses d'un homme qui dresse un tel portrait des jeunes femmes actuelles. Malgré tout, quelques intuitions intéressantes sauvent un peu l'ouvrage, notamment en ce qui concerne l'évolution politique. Si son analyse de la gauche actuelle m'a semblé caricaturale, son portrait de la nouvelle droite est lumineux. Intéressante aussi, et certainement dérangeante pour le peuple de gauche, l'idée que les positions de gauche ont toujours été marquées par une certaine dureté, par de l'intransigeance, à l'opposé de cette nouvelle gauche permissive, un peu libérale, prompte à défendre les droits des minorités. L'actualité devrait d'ailleurs mettre sur le devant de la scène un des passages du livre, puisque Simone estime que l'évacuation de camps de Roms insalubres est une mesure... de gauche. Enfin, les derniers chapitres mettent en avant l'idée qu'être de gauche, c'est lutter contre certaines tendances naturelles, que c'est forcément un positionnement abstrait, et qu'il est donc tentant de « glisser » vers une droite nouvelle qui se présente comme « fun » et forcément d'accord avec ce qui aura été VOTRE choix. En bref, on imagine aisément que certaines des intuitions de l'auteur vont faire naître un débat à gauche, et même réactiver un clivage entre gauche « historique » et gauche libérale. Mais ces intuitions peuvent aisément être lues dans des interviews de l'auteur, et ce livre n'a pas la richesse d'analyse qui justifierait qu'on aille au-delà.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 10, 2010 9:02 AM MEST


Orages ordinaires
Orages ordinaires
par William Boyd
Edition : Broché

6 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un Boyd à boycotter, 24 mai 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Orages ordinaires (Broché)
Je n'avais jamais été déçu par du Boyd, c'est désormais chose faite. Tout y est stéréotypé, gentillet, attendu. La construction est très plate: je finis un chapitre sur un élément de suspens, et - ô quelle adresse! - la réponse n'est pas dans le chapitre suivant, mais dans celui encore après. En fait, ça ressemble un peu au scénario d'une série télé (genre que j'apprécie par ailleurs). Il n'y a jamais de surprise malgré ce que voudrait Boyd, on a tout le temps de deviner ce qui va se passer, sauf qu'au bout d'un moment, on s'en fout un peu de ce qui va se passer. Et c'est là que je maudis mon incapacité à fermer un livre avant la fin. Venant d'un auteur qui peut être aussi bon que Boyd, c'est vraiment navrant.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 28, 2010 7:45 AM MEST


Doggy bag : Saison 6
Doggy bag : Saison 6
par Philippe Djian
Edition : Poche
Prix : EUR 7,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Le Doggy bag va enfin à la poubelle, 11 décembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Doggy bag : Saison 6 (Poche)
Lecteur enthousiaste de Djian, fan de la série "Six feet under", j'avais accueilli le projet de Doggy Bag avec bienveillance et même enthousiasme: Djian était l'auteur français parfait pour faire ça (peut-être justement parce qu'il n'est pas très français dans son écriture). Les premiers volumes m'avaient laissé un peu sur ma faim, mais j'ai continué en me disant que les séries TV, justement, avaient elles aussi leurs mises en route difficile, leurs saisons mortes, etc.
Arrivé à la fin de ce sixième volume, j'avoue que je n'ai ressenti aucune émotion à quitter des personnages qui n'avaient depuis bien longtemps plus rien à dire. Curieusement, j'étais presque content pour Djian: au fil du texte, j'avais l'impression de pouvoir l'entendre, pestant contre lui-même de s'être embarqué dans un projet aussi gigantesque, enfilant ces catastrophes naturelles qui sont les seules à faire avancer un tant soit peu le récit (par contre, il faudrait en faire un top 5 des plus ridicules: prime à l'ours du volume 5 pour moi), replaçant les mêmes réflexions, les mêmes atermoiements chez chacun, faisant défiler des personnages purement pour la forme, un peu chacun son tour... J'espère pour lui que mon impression est fausse, mais quel manque de souffle, quelles lourdeurs dans le texte, quelle lassitude! C'est pourquoi j'ai refermé le livre avec un certain plaisir: voilà, doggy bag, c'est fini, bravo d'avoir été au bout. Maintenant, on peut mettre ça de côté et revenir à ces textes pré-doggy qui avaient été si bons (frictions, impuretés...). Vivement le premier djian post doggy bag! Libéré de ce boulet qu'il s'était lui-même accroché au pied, jetant ensuite crânement les clés au loin (je le revois sur les plateaux TV cet inconscient, un véritable ado flambeur), je suis sûr qu'il va nous faire quelque chose de très bon.


L'installation électrique
L'installation électrique
par Thierry Gallauziaux
Edition : Broché

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Excellent, 9 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'installation électrique (Broché)
Débutant complet en électricité, et souvent déçu par les manuels de bricolage (y compris ceux de cet éditeur), j'ai dévoré celui-ci, qui allie parfaitement les informations théoriques ou légales et les conseils pratiques. Il m'a semblé à la fois complet et accessible, puisque l'on peut sans dommage sauter les passages qui ne nous intéressent pas. Des schémas nombreux et très clairs. Rien à redire. C'est même passionnant.


L'Amérique que nous voulons
L'Amérique que nous voulons
par Paul Krugman
Edition : Poche
Prix : EUR 22,40

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'Amérique qui vient ?, 25 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Amérique que nous voulons (Poche)
« L'Amérique que nous voulons » a peut-être déjà le goût de l'Amérique qui vient. L'ouvrage semble en effet porté à la fois par un grand enthousiasme et par une forte conscience de ce qui est à accomplir : autrement dit, il décrit ce qui ressemble fort à une chance historique. Paru en 2007, il retrace presque un siècle d'histoire économique, mais aussi politique et sociale américaine, au bout duquel, espère Krugman, doit naître un mouvement démocrate qui parachèverait l'œuvre de F.D.Roosevelt. Cette histoire est tout sauf linéaire, bien sûr, puisqu'à partir de Reagan, c'est une Amérique soucieuse de revenir sur les acquis du New Deal, une Amérique richissime et pas si nombreuse d'après Krugman, qui va presque monopoliser les rênes du pouvoir. On peut distinguer deux grands moments dans ce livre, dont le premier, de loin le plus long et le plus détaillé, consiste justement à retracer l'historique des Etats-Unis avant tout sous l'angle des inégalités et des courants politiques. Et c'est d'ailleurs là l'une des petites surprises de ce livre, à savoir que Krugman insiste sur le lien très fort entre pouvoir politique et évolution des inégalités. Ainsi, l'Amérique d'avant le New Deal très similaire à celle d'aujourd'hui de par les inégalités de richesse, explosera sous les assauts de l'administration Roosevelt, avec ses taux d'imposition dépassant allègrement les 70%, sa bienveillance à l'égard des syndicats et ses interventions quasi directes pour relever le salaire minimal. A l'origine de cette « grande compression » réduisant de manière drastique les inégalités, il y a bien une volonté politique forte. La période suivante sera celle des classes moyennes toutes puissantes et d'un relatif consensus politique, le bien fondé des choix de Roosevelt étant progressivement reconnu par les Républicains eux-mêmes. Et ce n'est pas un hasard pour Krugman si cette période sera aussi celle d'une « économie magique », suffisamment solide pour assurer à ses membres que demain sera, d'un point de vue matériel, mieux qu'aujourd'hui. Les interventions de l'Etat sont ainsi corrélées avec la plus prospère des Amériques. Mais alors, se demande Krugman, pourquoi ce consensus a-t-il éclaté ? C'est sur le terrain politique qu'il va en priorité chercher la réponse, en reconstruisant l'émergence et la montée d'un « conservatisme de mouvement » - comprenez ultra conservateurs - parvenant à mêler au sein du parti républicain moralistes religieux, grands intérêts financiers et sudistes déçus par des démocrates acquis à la cause des droits civiques. Le portrait n'est pas tendre pour ce nouveau parti républicain radicalisé, truqueur, hypocrite, soumis aux intérêts financiers d'une poignée d'individus. Oui, mais il a conquis ce grand sud démocrate qui a du mal à avaler la fin de la ségrégation. C'est son principal fait d'arme et ce qui lui permettra de conquérir l'Amérique, ce qui met au cœur des enjeux un vieux démon américain, le racisme, plus important que les valeurs morales pour expliquer le succès des républicains selon Krugman. Cependant, et c'est là que débute le deuxième moment du livre, ce succès du conservatisme de mouvement appartient déjà presque entièrement au passé, notamment parce que la société américaine est de moins et moins raciste. Ce changement, la force de cette désaffection pour les républicains, il faut bien avouer qu'en France on ne l'avait pas trop vue venir, et on est surpris par le peu de doute de Krugman quant à la victoire des démcorates. Et de fait, un an avant les élections, il est déjà dans l'après, présentant les chantiers les plus urgents pour le nouveau président. C'est l'occasion d'un chapitre somptueux de clarté et de profondeur sur l'assurance-maladie, « impératif » pour la nouvelle administration. Objectif à plus long terme, Krugman examine les différentes mesures devant permettre de diminuer progressivement mais fortement les inégalités. Sans excès de chauvinisme, on notera d'ailleurs qu'il cite souvent la France en exemple (le portrait un brin idéalisé de notre situation serait-il le péché mignon des progressistes US ?) et appelle de ses vœux un fort renforcement de l'intervention de l'Etat et une modification du rapport de force dans l'entreprise en faveur des syndicats. Plusieurs éléments méritent d'être notés sur cet ouvrage agréable qui présente une Amérique pas si éloignée de nos préoccupations. D'abord, notons que notre beau prix Nobel d'économie 2008 énonce très clairement qu'une analyse purement économique, ne tenant pas ou peu compte des évolutions politiques, serait bien en peine d'expliquer les mouvements des inégalités au fil du XXème siècle. D'où ce retournement de la causalité habituelle chez les économistes : « le changement politique, la polarisation croissante, a été un facteur majeur de la montée de l'inégalité ». Autre élément, qui ne frappe qu'au bout d'un certain nombre de pages : bien que spécialiste d'économie internationale, Krugman évoque très peu la mondialisation et jamais comme un frein à des mesures risquant de conduire à une augmentation des coûts ou à une perte de compétitivité internationale, si ce n'est dans la bouche des autres. Ce qui semble aller dans le sens des conclusions d'autres études : s'il ne faut pas ignorer l'importance de cette compétition internationale, des marges de manœuvre existent bel et bien à l'échelle nationale et, non, les politiques nationales sont loin d'être sans importance - surtout, il est vrai, quand il s'agit des Etats-Unis. Au titre des limites, je dois avouer avoir souvent ressenti un certain inconfort devant son aisance à traiter comme identiques la moyennisation de la société et la démocratisation. Si des inégalités limitées sont sans doute souhaitables, quelques clarifications sur ces points auraient été les bienvenues. « L'Amérique que nous voulons » constitue au final une lecture agréable, souvent plus proche du commentaire politique que de l'analyse économique. Et c'est un texte qu'il faut lire maintenant : bénéficiant de l'amplitude des possibles propres aux programmes pas encore mis sur la table, décrypté par l'œil de lecteurs bénéficiant d'une courte mais intense année de recul, il fait naître l'étrange et grisante sensation de voir l'histoire en marche.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 13, 2013 8:49 AM MEST


La route de Los Angeles
La route de Los Angeles
par John Fante
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Démarrage en fanfare pour Fante, 20 février 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : La route de Los Angeles (Poche)
Il y a chez Arturo Bandini -' pardons, rendons hommage à ses rêves chimériques de postérité -' chez Arturo Gabriel Bandini, certains liens de parenté avec Ignatius Reilly, l''inoubliable personnage principal de la Conjuration des imbéciles. Tous deux partagent cette pratique innocente et inconsciente de la référence mal venue, anachronique ou socialement décalée. Tous deux oscillent étrangement entre frustration, ambitions et fainéantise du petit garçon qui sait encore trop bien que maman ne pourra jamais vraiment nous en vouloir (les deux pères sont d''ailleurs absents). Mais Arturo G.Bandini n''est pas aussi démesurément grotesque qu''Ignatius. Aspirant romancier superstar plutôt qu''austère apprenti écrivain, son statut futur, promis, qui ne fait aucun doute veut-il croire (c''est juste là, attendez une seconde que je prenne la plume) lui permet de se détacher de son statut présent, de cette misère partagée avec une sœur et une mère bigotes, à la pauvreté modeste, loin du clinquant des yachts, des stars et de l''argent gaspillé qui constituent son monde futur. Et du coup, tout assuré de son destin, Arturo G.Bandini peut mépriser ses collègues phillipins et mexicains de l''usine de conserverie de poissons au titre qu''ils n'ont pas lu Nietzche, n''entendent rien à Spengler, et n'ont pas en eux, secrète mais indéniable, la gestation d'un chef d'œuvre au titre aussi pompeux que « Le Colosse du Destin ». Sacré menteur que ce Bandini. Sacré rêveur aussi. Mais la réalité revient bien évidemment avec ses grands sabots, pour des coups de pied au cul mémorables. Et c''est ce qui fait peut-être la touchante beauté de ce livre : ces revers sont si énormes, son obstination à faire comme si de rien n''était si inoxydable, que les moments -' inévitables -' où notre Arturo dévoile ses souffrances rendent le personnage terriblement attachant. Classique sujet des frustrations sexuelles, sociales ou financières. Insupportable menteur, voleur, tricheur, mégalo, mytho, parfois violent, et pourtant on ne peut s''empêcher de l''aimer et de penser que, d''une certaine façon, c''est la vie qui est dure avec lui, alors qu''à l''évidence c''est aussi lui qui refuse la vie à moins qu''elle n''ait l''air d'une call-girl à paillettes. Premier roman de John Fante, « La route de Los Angeles » n''en est pas moins, avec « mon chien stupide », parmi ses tous meilleurs.


Confessions of an Economic Hit Man
Confessions of an Economic Hit Man
par John Perkins
Edition : Broché
Prix : EUR 12,56

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Tourments d'un être au coeur du pouvoir, 11 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Confessions of an Economic Hit Man (Broché)
D’abord, il me semble qu’il faut bien préciser que ce livre, d’un anglais facilement accessible, est avant tout une autobiographie, d’où une force et une faiblesse. La bonne surprise a été le plaisir de lecture, évident. La vie de John Perkins est assez fascinante en elle-même, il essaie constamment de prendre du recul – il analyse très bien, par exemple, les failles de sa personnalité qui ont attiré ses « recruteurs »-, et en même temps on le sent toujours baigné de cette culture d’entreprise ou de cabinets de consultants, exaltant l’accomplissement personnel, et ce même lorsqu’il aborde ses activités avec des peuples de l’Amazonie. Ceci est particulièrement marqué dans le chapitre final, « what can you do », qui fleure bon les cours de développement personnel. Tout ceci dresse un portrait complexe, assez brut, de Perkins. Là où l’ouvrage m’a déçu, c’est sur l’aspect de la réflexion. Perkins explique qu’il a été recruté par un cabinet nommé MAIN, aujourd’hui disparu, chargé par les grands organismes internationaux et notamment la Banque mondiale et le FMI, de réaliser des études sur l’impact de grands projets de construction, surtout dans les PVD. En fait d’études, il s’agissait surtout de gonfler les résultats escomptés de ces opérations, de manière à inciter ces PVD à accepter des prêts énormes de la part de ces grands organismes internationaux. De l’usage des consultants en tant qu’analystes prétendument neutres. Un grand classique. Grâce à ces prêts, ces grands organismes offrent des chantiers gigantesques à des multinationales américaines où l’on retrouve souvent des personnalités politiques de premier rang. Il est préférable que le PVD ne soit pas en mesure de rembourser, car il devient ainsi à la merci de ce qu’il nomme la « corporatocracy », alliance de politiciens, de multinationales et d’organismes internationaux. Faire accepter ces prêts à des politiciens de PVD pas toujours dupes était le rôle de John Perkins qui, au-delà de prévisions exagérément optimistes, savait donner ce que ces hommes de pouvoir attendaient : argent, femmes… L’ouvrage évoque aussi plusieurs épisodes laissant entrevoir ce qui se passe lorsque les « economic hit men » (EHM) échouent, avec les jackals, sortes de tueurs dont il n’aura connu que l’existence, dont il peut difficilement prouver les interventions, mais sur lesquelles il n’a aucun doute. C’est le cas pour Torrijos au Panama par exemple. Un des intérêts de ce livre réside également dans ces rencontres avec des hommes assez admirables, tels Torrijos justement, dont l’assassinat semble l’avoir beaucoup marqué. Sur toutes ces questions, comme sur tout ce qui a une dimension factuelle, l’auteur est assez convaincant. Par contre, pour une analyse plus globale du phénomène, on est très loin des subtilités d’un Stiglitz, dont le propos recoupe beaucoup celui de l’auteur. Perkins éprouve une réelle culpabilité vis-à-vis de ses activités passées. Il semble parfois être passé d’un extrême à l’autre, n’hésitant plus à mettre tous les maux des PVD sur le dos des EHM et de cette colonisation moderne, autrement plus subtile que ses lointaines (ou pas si lointaines) parentes. Vers la fin du livre, alors que j’avais toujours du mal à mettre des mots sur l’étrange impression que me faisait Perkins, il en a lui-même mentionné un qui m’a tout de suite semblé synthétiser son parcours et son regard actuel : la rédemption. Aussitôt je me suis dit qu’il y avait en lui quelque chose de ces protestants, musiciens par exemple, qui, au soir d’une vie remplie d’excès en tous genres, se retournent brutalement vers l’Eglise et modifient totalement leur mode de vie, se transformant en croyants béats, sans doute animés par le désir de rattraper le temps perdu. J’avoue que si cette capacité à rejeter son passé me fascine, je ne fais pas vraiment confiance à ces personnes pour avoir une certaine lucidité sur leur propre vie. J’ai parfois eu les mêmes doutes avec l’analyse de Perkins : ce qu’il décrit est sans doute très grave, d’une portée gigantesque, mais il semble difficile de faire des EHMs la source de toute difficulté sur cette planète. Mais, je le répète, son analyse est globalement convaincante. Elle gagnera sans doute à être croisée avec d’autres approches.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 13, 2013 8:58 AM MEST


Cette histoire-là
Cette histoire-là
par Alessandro Baricco
Edition : Broché
Prix : EUR 20,30

12 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Baricco toujours, 5 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cette histoire-là (Broché)
Sur ce coup-ci, on sent que Baricco s'est appliqué. Il a du souffler à la fin de chacun de ces sept parties qu'on pourrait presque dire indépendantes, tant leurs logiques, leurs styles sont distincts. La démarche est plutôt proche de l'inoubliable City, bien que le cadre soit totalement différent. Il y a cette fois une ambition de faire oeuvre historique qui n'est pas négligeable. Cette histoire-là commence par une ouverture très elliptique, collage de mots pour restituer l'ambiance des premières courses automobiles. Par la suite, on suit l'évolution d'Ultimo et de son père, à travers l'histoire automobile ou la guerre, mais surtout à travers une histoire d'amour non pas tellement jamais réalisée, mais plutôt où les deux personnages ne veulent pas que ça se réalise, du moins pas comme on l'entend ordinairement. Les dialogues sont de pures merveilles, comme toujours chez Baricco. Et on retrouve cette espèce d'intrigue à la fois métaphysique et très incarnée qui constitue la trame de nombre de ses romans. Des personnages non pas tellement en quête, car ils savent où ils vont sauf que personne ne veut les croire, mais plutôt obstinés à réaliser leurs chimères si excentriques. Ce que je trouve magique dans les romans de Baricco, c'est que l'on adhère sans réserve à ces vies dédiées à des chimères (je me rappellerai toujours du leitmotiv de city: "les hommes ont des maisons, mais ils sont des vérandas"), intimement convaincus que là, dans ces lubies, ils ont trouvé de quoi combler joliement une vie. Toute cette métaphysique s'insuffle dans le livre, fort heureusement d'ailleurs, sans qu'on n'y prête attention. C'est un peu la métaphysique appliquée par des gens qui ne savent pas ce que c'est et qui ont d'autres soucis dans la vie. C'est terriblement beau. C'est drôle. C'est touchant. Ce n'est sûrement pas à lire après bon nombre des romans qu'on nous annonce comme ceux de la rentrée...


No et moi - Prix des libraires 2008
No et moi - Prix des libraires 2008
par Delphine de Vigan
Edition : Broché

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Se lit vite, s'oublie vite, 5 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : No et moi - Prix des libraires 2008 (Broché)
No et moi tourne autour du personnage de Lou Bertignac, gamine de 13 ans surdouée, qui mêle sans grande finesse l'adulte et l'enfant. Souvent adulte, elle n'est pas très crédible quand elle est - ou plutôt fait- l'enfant. Delphine de Vigan s'essaie par moment à la naïveté, elle tente de bien nous faire comprendre que c'est une enfant, mais on sent surtout derrière tout cela l'adulte qui fait semblant de croire qu'elle a 13 ans. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas pour moi. On retrouve l'inévitable mauvais garçon qui s'attachera à Lou Bertignac, l'ado un peu paumée qui pique ses crises, mais tout cela traité gentillement (on sent dès le début qu'on ne va pas trop souffrir quand même). Bref, que du classique. Là n'est pas le problème diront certains - et ils auront raison. Sauf que, de mon côté, je n'ai jamais réussi à rentrer dans les personnages, j'ai toujours été conscient d'avoir sous les yeux les mots d'un écrivain qui ajoutait telle ou telle touche pour créer des personnages au final pas très profonds. No et moi m'a beaucoup rappelé Robert des noms propres d'Amélie Nothomb, que je n'avais pas aimé non plus. Ceux qui ont aimé l'un aimeront peut-être l'autre. Pour ma part, je l'ai oublié aussi vite que je l'ai lu.


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