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Contenu rédigé par D. RICHARD-MULTEAU
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Commentaires écrits par
D. RICHARD-MULTEAU (FRANCE)
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Mattéo: Premier cycle
Mattéo: Premier cycle
par Jean-Pierre Gibrat
Edition : Album

4.0 étoiles sur 5 Magnifique et fort, 5 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mattéo: Premier cycle (Album)
Très nouveau dans le monde de la BD, je suis avant tout attiré par le dessin en général, sa qualité, sa finesse, sa crédibilité voire les couleurs choisies en particulier.
Ensuite, vient l'histoire, du moins en ce qui me concerne.
Lorsque les deux sont réunis, j'achète compulsivement !
La couverture de ce « Mattéo » premier cycle si elle avait toutes les qualités requises en matière de dessin pour m'attirer, me laissait comme une impression de « BD à l'eau de rose », une bluette.
Il ne faut jamais en rester à l'impression donnée par la couverture d'un album...
Il n'en est rien, en effet, en feuilletant, chez ma libraire quelques pages sur ses conseils, je me suis vite rendu compte de l'incongruité de mon raisonnement!
Il s'agit donc de l'histoire de Mattéo fils d'anarchiste Espagnol réfugié en France au début du XXéme siècle, à travers le film épouvantable des évènements du début de ce siècle, première guerre mondiale puis révolution Russe.
Certes, histoire d'amour il y a, mais Jean-Pierre Gibrat, très intelligemment met plutôt l'accent sur l'Histoire en ce qu'elle forge ou broie les individus, provoque et malaxe les plus belles idées.
Mattéo en tant que réfugié Espagnol n'avait pas à faire cette guerre dans laquelle son pays n'est pas mêlé, seulement voilà, en ce début de siècle, tout le monde pense que la guerre ne peut durer au-delà de quelques jours, le goût de revanche, la juste cause, attire les exaltés.
Mattéo pour éviter de passer pour un lâche aux yeux de sa belle et de ses amis s'engage.
La guerre, dans ses absurdités, sa logique de mort et ses atrocités est particulièrement bien rendue, un enfer, avec quelques parcelles d'humanité noyées dans le grand bain de sang organisé.
Mattéo déserte cette boucherie pour mieux embrasser une belle et noble cause, la Révolution.
La révolution Russe en l'occurrence.
Qui engendrera elle aussi, et dès ses débuts, des morts au nom des idées....
Je vous laisse découvrir le reste et j'attends quant à moi avec impatience de lire la suite !
Le récit est très bien mené, même s'il y a quelques invraisemblances.
Les personnages bien rendus avec une épaisseur des personnages même secondaires qui attire l'empathie.
Les dessins sont sublimes, tout en finesse, les couleurs magnifiques avec juste ce qu'il faut de « sépia » pour rappeler que nous sommes dans les années 1914-1917.
Vraiment un très bel album.


Une femme fuyant l'annonce
Une femme fuyant l'annonce
par David Grossman
Edition : Broché
Prix : EUR 8,90

4.0 étoiles sur 5 Le cheminement d'une mère..., 29 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une femme fuyant l'annonce (Broché)
L'histoire commence par la guerre des six jours, évoque la guerre du Kippour, l'intervention Israélienne au Liban et l'Intifada, c'est dire à quel point cette guerre perpétuelle qui jalonne l'histoire d'Israël marque également chaque protagoniste, façonne leur histoire.
Nous suivons le périple d'Ora, cette « mère fuyant l'annonce » qui pense que dans la mesure où personne ne la retrouve pour lui annoncer la mort de l'un de ses fils, il ne peut mourir.
Réflexe de superstition, naïf, voire enfantin.
Qui ne s'est jamais persuadé de choses aussi absurdes?
Un peu comme Mathilde dans « un long dimanche de fiançailles »: « si je parviens à atteindre le virage avant la voiture alors il reviendra....Si je parviens à éplucher la pomme d'un trait sans que l'épluchure ne se brise....»
Ora est persuadée que continuer à parler de celui qui est au combat, maintenir par la parole sa présence suffira à le garder en vie.
Ora marchera donc à travers la Galilée, racontant son fils à Avram l'un de ses « hommes ».
Il faut dire qu'Ora s'inscrit dans un univers d'homme(s), que sa vie est marquée par les hommes, amants ou enfants.
J'ai lu quelque part que David Grossman s'était quelque peu ré-incarné dans son personnage féminin, c'est peut-être pour çà que j'ai trouvé le roman un peu machiste, non dénué d'une certaine empathie ni même de tendresse d'ailleurs, mais résolument machiste.
A l'opposé en quelque sorte d'un « Jules et Jim », il faut bien reconnaître que les hommes se soucient peu ou mal de celle qu'elle est, que son avis est toujours accessoire pour ne pas dire anecdotique.
Lorsque son cœur est partagé, ses amoureux ne la laissent choisir son compagnon qu'au travers le résultat d'un jeu de hasard.
Alors Ora assumera une vie d'épouse, de mère.
Ce n'est que lorsque son mari la quittera qu'elle retrouvera celui qui fut également son amant pour évoquer avec lui ce fils aujourd'hui soldat faisant face au danger.
Un long cheminement destiné à tirer de sa torpeur un amant déchiré par la guerre, long cheminement l'un vers l'autre, du passé vers le présent, du vécu vers le vivant.
Cheminement est d'ailleurs le mot que choisit une amie pour me parler de ce livre, et je crois que le choix est judicieux.

Ce livre parle d'une façon très sensible de l'amour, de la maternité, de notre propre pouvoir sur nos destinées, mais la vertu essentielle du livre c'est de nous poser les questions qui sont au cœur de chaque Israélien aujourd'hui, morales, philosophiques et même politiques, sur la vertu de l'état d'Israël, sur sa violence, sur l'oppression, sur la place de la guerre et son absurdité dans le quotidien de chaque famille, sur la façon dont elle marque et change à jamais chaque individu.

Un livre très fort, troublant et fort bien écrit.
Quelques longueurs dans ce cheminement, l'improbable précision des souvenirs, un peu trop d'anecdotes qui finissent par ne plus être signifiantes, mais cela n'est que détail tant l'œuvre est forte et le récit puissant.
La fin est haletante...


Et quelquefois j'ai comme une grande idée
Et quelquefois j'ai comme une grande idée
par Ken Kesey
Edition : Broché
Prix : EUR 24,50

11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Chef d'oeuvre !, 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Et quelquefois j'ai comme une grande idée (Broché)
Alors, bien sûr, il y a le style, l'écriture.
C'est d'ailleurs ce qui frappe au début, cette écriture torrentielle à plusieurs voix simultanées.
Nous sommes dans l'intimité des pensées de chacun des personnages, impliqués, imbriqués dans toute action et toute intention de chacun d'eux (homme ou animal).
Effectivement, dans un seul et même paragraphe, parfois même dans une même phrase, on se retrouve lecteur d'une polyphonie de personnages, comme une vision panoramique.
Ou comme une illustration des multiples portes de la perception chers à Ken Kesey et aux Merry Pranksters.
Ce qui permet de ne pas se fier à une vérité, de saisir toute la complexité des individus.
Une virtuosité vertigineuse, et aussi, un lyrisme étourdissant, des références shakespeariennes.
De plus, pour un amateur de country, de folksong traditionnels, quelles références!
Mais en rester à ce stade, ce serait tellement réducteur.

Il y a aussi, la nature (magnifique et sauvage Oregon, le vol des oies du Canada, la rivière qui bouffe tout sur son passage, berges et maisons, la moiteur du climat qui gangrène les corps) l'Histoire (les pionniers de la conquête de l'Ouest, le mépris pour les Indiens, le retour de la guerre de Corée), le caractère des personnages (bûcherons, commerçants, tenancier de bistrot, musiciens, syndicalistes, pute...) l'histoire familiale, le poids du passé qui s'impose, les non-dits, les rancœurs, les jalousies, les vengeances à assouvir, l'amour sans les mots qu'il faudrait pour le dire, le monde qui change, l'individualisme du rêve Américain qui cède la place au sociétal, au syndicalisme, la bombe atomique qui est une réalité...
Faire gaffe.

La famille Stamper, avec le patriarche Henri, « gueulard » et dur au mal, les fils Hank le « cogneur » et Lee « l'intellectuel », le neveu Joe Ben « le défiguré »
Une hiérarchie stricte, chacun a sa place, chacun à sa place.
Le noyau dur.
et les autres Stamper.
Tu as raison, Viv, il faut remonter très loin pour comprendre.
Une histoire virile, d'hommes bourrés de testostérone où les femmes ne sont parfois qu'un enjeu, un trophée voire un moyen d'arriver à ses fins (Myra, Viv)
Faire gaffe.

Une famille et une terrible vengeance à assouvir.
Seuls, mais unis contre les autres, contre le changement des règles.
Ne rien lâcher.

L'inexorable avancée de ce qui est inéluctable.
Les forts n'ont pas le droit à la moindre faiblesse, toujours ils doivent être forts, ils ne peuvent faire semblant.
Le fleuve et l'érosion.
Ne rien lâcher.

On entend les hurlements, on y ressent dans son propre corps la haine, la force, la violence, les corps et les cœurs fracassés.
On y avance sans pouvoir éviter les dégâts collatéraux.
Ne rien lâcher.

Il est impossible, je m'en rend compte, de parler de ce livre, je n'ai pas ce talent-là non plus.
Pour reprendre la phrase d'un libraire:
« J'ai mis 60 pages pour entrer, je vais peut-être mettre 60 ans pour en sortir »

« You're either on the bus, or you're off the bus »
Quel beau travail d'éditeur, quel boulot de traducteur.
Merci, encore cette fois, Monsieur Toussaint Louverture, le résultat est bien là.
Fort !


Tribulations d un Precaire
Tribulations d un Precaire
par Levison Iain
Edition : Broché
Prix : EUR 8,50

3.0 étoiles sur 5 Pas le meilleur Iain Levison, 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tribulations d un Precaire (Broché)
Le premier roman de Iain Levison paru en Anglais (la chronologie n'est pas forcément la même en France) n'est pas celui que je préfère.
Je n'y retrouve pas totalement l'humour dévastateur de « Un petit boulot » (très jouissif) ou du dernier en date « Arrêtez-moi » par exemple.
Certains moments sont quand même d'une drôlerie, d'une cocasserie, d'un burlesque qui font l'image de marge de l'auteur.
L'autre caractéristique de tout roman de Iain Levison, les dérives du système Etats-Unien, à l'échelle de la micro-économie, c'est à dire au travers du destin d'un quidam qui essaie de résister au broyage de son mode de vie par la crise économique, est par contre toujours là.
Une succession de petits boulots, inattendus, précaires par définition, qui ont forgé notre héros, rompu à toutes les supercheries des petites annonces. Il tentera donc ici d'éviter de devenir « associé » (nouveau nom pour esclave) dans le fast-food, sera déménageur, poseur de câble (et un joli détournement de compétences au profit des rejetés, à la Robin des Bois), employé dans des « bateaux-usines de traitement de crabe » ou sur des bateaux de pêche en Alaska (passage assez long et éprouvant).
Un chapitre jubilatoire consacré à la bulle internet, vision de la nouvelle économie de l'ère du numérique très justement décrite avec le fameux décalage Levinsonien.
Drôle parfois quoique plus désabusé, caustique...


Arrêtez-moi là !
Arrêtez-moi là !
par Iain Levison
Edition : Broché
Prix : EUR 9,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Iain Levison m'a "baisé"...., 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Arrêtez-moi là ! (Broché)
Vais-je dévoiler ce que Iain Levison nous raconte, puis-je?
Je vais commencer comme il l'aurait fait:
Iain Levison m'a baisé.
Ne jamais faire confiance à un mec qui vous présente les choses de façon décalée, déjantée, drôle, qui semble vous démontrer par l'absurde les déviances de notre société...

Parce que c'est un peu de çà dont il est question.
Je venais de terminer « Un petit boulot » lorsque j'ai commencé la lecture de « Arrêtez-moi là ».
Deux romans dévorés chacun en une journée tellement l'écriture est captivante, tellement le style est vivant, proche et édifiant.
Ce mec à l'art de vous décrire les dérives de notre système au travers de la vie quotidienne, de ses vicissitudes, dérives mises en évidence par l'histoire d'un individu lambda écrasé par l'une des roues qui maintiennent notre moteur, notre châssis, notre confort, notre bien être d'enfant gâté de la société occidentale.
Ici, c'est Jeff Sutton, chauffeur de taxi, malaxé par le système judiciaire Texan, broyé par les policiers, les procureurs, les défenseurs, les juges, la prison, les gardiens, les condamnés, Etats-Uniens, qui se trouve être un coupable présentable dans une sombre affaire de rapt d'enfant.
Jeff est un pauvre type qui peut raisonnablement passer pour un coupable, il ne sera pas bien rebelle, ne pourra pas faire beaucoup de tort à la machine a broyer bien huilée de la justice expéditive Texane.
Le bouquin, du moins dans mon cas, démarre sur les traces de « Un petit boulot » léger, absurde, immoral (a-moral, serait plus vrai). Il m'a fait rire par certaines des tournures typiquement « Levisoniennes ».
J'ai bien ri au dépens de cette absurdité qu'est la Loi, le système judiciaire.
Vers le milieu du roman, Iain semble ne pas trouver de nouveau ressort burlesque, alors, on se dit qu'il perd un peu son souffle désopilant.
Vers la fin du deuxième tiers de l'histoire, il semble en avoir terminé avec Jeff et ses démêlés judiciaires...Alors, pourquoi diable reste-il un tiers?

Iain Levison m'a baisé.


Les Oiseaux et deux autres nouvelles
Les Oiseaux et deux autres nouvelles
par Daphné Du Maurier
Edition : Poche
Prix : EUR 4,60

5.0 étoiles sur 5 Quelles nouvelles !, 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Oiseaux et deux autres nouvelles (Poche)
Je viens de retrouver ce livre dans ma bibliothèque (eh oui, il me faut parfois, comme vous, je suppose, me séparer de quelques uns d'entre eux pour laisser la place à d'autres).
Je n'ai pu me résoudre à m'en séparer, non pas que « les oiseaux » soit une nouvelle dont je garde vive la trace, plus impressionné par ce qu'en a tiré Alfred Hitchcock, certes un peu éloigné du roman mais tellement terrifiant.
Non, si je n'ai pu me résoudre à la séparation c'est plus volontiers du fait des autres nouvelles publiées dans ce recueil et plus particulièrement l'une d'elle, « mobile inconnu ».
J'ai lu ces nouvelles il y a bien longtemps, plus de 30 ans au moins et aujourd'hui encore la trace en est intacte.
Là, assis par terre, je me suis mis à relire...
Et tout m'est revenu, ce que j'avais enfoui, comme Lady Farren, moins tragiquement, plus lucidement mais tout aussi violemment...
Il faut relire Daphné Du Maurier, elle était décidément une conteuse hors du commun !


Un petit boulot
Un petit boulot
par Iain Levison
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Belle découverte, 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un petit boulot (Broché)
Une petite ville industrielle du Wisconsin, qui, jusqu'à ce que les propriétaires trouvent qu'il serait encore plus rentable de produire au Mexique, ne comptait qu'une industrie.
Alors, l'usine a fermé, laissant la quasi-totalité de la population au chômage, en déshérence totale.
Fin du rêve américain, et simple attente des maigres allocations-chômage, entre injonction des maisons de crédit et désocialisation.
Le « héros », Jake Skowran perd son boulot, sa copine, son auto, son abonnement au câble mais conserve ses dettes auprès de son bookmaker.
Lequel lui propose, pour un nouveau départ, un job de tueur à gages.
Alors Jake fera ce boulot avec autant de conscience professionnelle que lorsqu'il était responsable des livraisons pour « l'usine ».
Son immoralité fera écho à cette société dépourvue de valeurs morales, à cette police qui falsifie ses propres statistiques.

Caustique et drôle voire burlesque, joyeux, déjanté, échevelé, cynique et jouissif.
Iain Levison fusionne réalité quotidienne et récit rocambolesque un peu à la manière d'un Ken Loach, comme lui, il a l'art de susciter l'empathie pour ses héros laissés pour compte par la crise, quelles que soient leurs actions du point de vue moral.


Patients
Patients
par Grand Corps Malade
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

4.0 étoiles sur 5 Une belle humanité., 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Patients (Broché)
Immobilisé, "sans aucun contact" avec l'extérieur pour quelques jours d'hospitalisation, je viens d'en achever la lecture.
Le style tout en phrases concises au sein de courts paragraphes, regroupés eux-mêmes en chapitres de 4 ou 5 pages, rarement plus, est assez percutant. Néanmoins, la langue de facture assez soignée, épurée, entrelardée de mots empruntés au "parler banlieue" ou au verlan, tout à fait incongrus, me semblait un peu artificielle.
Tout au moins dans la première partie du livre.
Connaissant un peu la vie des centres dont parle Fabien (le prénom de Grand Corps Malade) pour avoir fréquenté moi-même ce genre d'établissement à la suite d'un accident de voiture qui m'a amené dans le service « TC » de l'hôpital Hélio-marin de Berck, j'y ai reconnu l'univers dont parle l'auteur, même si ma petite expérience n'a fort heureusement rien à voir avec les cas dramatiques décrits.
Et fort bien décrits d'ailleurs, la vie quotidienne d'un handicapé lourd, des détails les plus triviaux aux moments cocasses.
De l'humanité de beaucoup à la bêtise de certains praticiens.
De l'importance d'un kinė "doux et expérimenté" à l'ingéniosité de l'ergo thérapeute.
On passe très vite (trop vite?) d'un patient à l'autre sans pouvoir s'attarder, s'attacher.
La seconde partie, lorsqu'il abandonne les "relou" "rebeu" et autre "fais chier" (qui semblent insérés un peu par coquetterie identitaire) et qu'on s'attarde sur quelques destins, est nettement plus intéressante, plus sensible, plus émotionnelle.
Le style devient plus généreux,l'empathie devient possible, les histoires de vie plus fortes, de la belle Samia au désespéré Eddy.
Au final, un beau livre, indispensable témoignage pour rappeler que chaque être humain, valide ou handicapé, est avant tout un être humain avec son caractère, son histoire parfois douloureuse.
Enchaîner quelqu'un à ce vocable « handicapé » c'est le réduire, lui nier cette humanité.


Mauvais Genre
Mauvais Genre
par Chloé Cruchaudet
Edition : Cartonné
Prix : EUR 18,95

23 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 ...Ma première BD (ou presque), 8 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mauvais Genre (Cartonné)
Autant commencer tout de suite par une note personnelle qui éclairera probablement, la platitude de mon commentaire, je ne lis jamais de BD.
C'est un tort, je sais, et beaucoup de mes amis m'y incitent mais c'est ainsi.
Cette fois, j'ai été totalement et littéralement subjugué !
L'histoire d'abord, celle d'un déserteur de 17, l'un de ceux qui se mutilèrent pour échapper à l'absurde boucherie. Paul Grappe, c'est son nom, se retrouve à Paris chez son amie Louise, contraint de se cacher pour échapper à son sort, car on ne faisait pas de quartier avec les déserteurs en ce temps où la vie de pauvres hères ne valait rien que mépris. Pour échapper à l'enfermement dans une chambre d'hôtel Paul se travestira en femme, petite main avant que de devenir, quelques fantasmes plus loin dans cette époque qu'on a coutume d'appeler les « années folles », une reine des nuits du Bois de Boulogne.
Paul ne saura pas revenir à la vie "banale"...
Plus encore que l'histoire, les personnages sont extrêmement bien campés avec leurs fêlures, leurs frustrations, leur beauté, l'histoire qui les dépasse et les écrase quoi qu'il arrive.
Guerre, Liberté, célébrité, amour, les destins brisés les vies gâchées, une histoire d'Amour tragique et singulière.
« Adieu la vie, adieu l'amour, Adieu toutes les femmes C'est bien fini, c'est pour toujours De cette guerre infâme … nous sommes tous condamnés Nous sommes les sacrifiés » disait la chanson de Craonne qui me hantait lors de la lecture.
On y échappe pas.
Je m'aperçois que j'ai parlé de ce livre comme d'un roman, et c'est un beau et grand roman, mais c'est un peu plus que çà.
Car il y a le dessin !
Et quel talent !
Chaque page mérite et attire l'attention, c'est beau, c'est sensuel, c'est sensible.
Un talent qui sait nous plonger dans l'horreur de la guerre, frôler la féminité, toucher du doigt la déchéance, c'est beau et brûlant, vive la BD, je vais m'y mettre cette fois, c'est sûr!


L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
par Romain Puértolas
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

Aucun internaute (sur 2) n'a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Loufoque et rafraichissant!, 3 octobre 2013
Un livre comme un one-man show...Un tour d'horizon(s) réjouissant.
Il assez rare de lire le burlesque, le loufoque, genres qui se pratiquent plus souvent au parlé voire au visuel qu'à l'écrit.
Ici, tout est savoureux, jouissif, on y suit les aventures déjantées d'Ajatashatru (on pense très vite à Peter Sellers version Hrundi Bakshi dans « la partie » de Blake Edwards) avec ce personnage d'Indien perdu dans une société dont il découvre les fonctionnements, les mécanismes compliqués le tout avec une naïveté désarmante.
Avec aussi, une tendance à la maladresse et une faculté hors du commun à se jouer des frontières comme des conventions.
Ce livre n'a pas grande prétention littéraire, si ce n'est celle de distraire le lecteur, et d'un ton léger nous délivre quand même un regard sur notre quotidien tout à fait rafraichissante.


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