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Les boxeurs finissent mal... en général
Les boxeurs finissent mal... en général
par Lionel Froissart
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

4.0 étoiles sur 5 Les boxeurs finissent mal ... en général, 8 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les boxeurs finissent mal... en général (Broché)
Lionel Froissat, journaliste sportif passionné, nous narre en « 12 rounds » 12 portraits de boxeurs. Le titre ne vous aura pas induit en erreur, Les boxeurs finissent mal en général retrace le parcours de 12 personnages dont le parcours aura marqué la boxe, et dont la fin aura défrayé les chroniques…
En va-t-il comme des histoires « d’A » pour reprendre la chanson ? Les boxeurs finissent-ils mal en général ? Pour beaucoup, la violence de ce sport ne peut qu’entraîner la déchéance de celui qui s’y adonne avec trop d’enthousiasme ; tôt ou tard, il rencontre plus fort que lui. Mais ne nous y trompons pas, la boxe n’est même pas dans le top 5 des sports les plus dangereux, et arrive bien après l’alpinisme, l’équitation ou les courses automobiles…Peu de boxeurs sont réellement morts sur le ring. Quelques cas célèbres, contredisent cet énoncé ; celui des combats de Benny Kid Parret contre Emile Griffith, et Deuk-Koo Kim contre Ray Mancini, dans les années 80. Ces combats avaient tellement choqués l’opinion publique que la boxe ne fut plus retransmise en direct sur les chaînes gratuites aux Etats-Unis pendant près de 10 ans. Deuk-Koo Kim et Benny Kid Parret ont ceci de touchant, c’est d’avoir incarné un peu le rêve américain du sportif qui avait tout misé sur la boxe pour s’en sortir. Pour le jeune coréen, c’était même son premier combat face à un détenteur du titre. Sa mort, des suites du combat quelque jours plus tard, entraînera le suicide de sa mère et de l’arbitre, mais aussi des réformes importantes dans le domaine de la réglementation : de 15, les rounds furent ramenés à 12, et autorisation fut donnée à l’arbitre de compter jusqu’à 10 quand il le juge nécessaire.
Mais la mort sur le ring n’est presque pas la fin la plus tragique qui soit embusquée sur le chemin du boxeur. Comme pour beaucoup de jeunes pour qui la gloire survient trop tôt, trop fort, trop vite et de façon trop éphémère, le succès et ses vices firent tourner beaucoup de têtes. L’alcool et la drogue reviennent comme les principaux fléaux du sportif, qui doit pourtant s’entretenir dans une discipline de fer. Le célèbre Charles Sonny Liston perdit sa ceinture de champion du monde des poids lourds face à un jeune Mohammed Ali déchaîné. Il reste un boxeur emblématique mais sera retrouvé mort chez lui à Las Vegas, d’overdose vraisemblablement.
Le boxeur français Laurent Dauthuile, dit le Tarzan de Buzenval, faillit arracher de peu sa ceinture des poids moyens à un Jake Lamotta revenu à lui au 15ème round. Sa carrière impressionnante, qu’il prolongea en tant que catcheur, ne l’empêcha pas de sombrer dans la bouteille et de disparaître dans l’anonymat.
La boxe, on le sait, a souvent fait que trop bon ménage avec la mafia. L’histoire des paris, il faut le reconnaître, est intimement mêlée à celle de la boxe. Le jeu d’argent a souvent pris l’ascendant sur le sport. Si Jake Lamotta reconnu avoir truqué son combat avec Billy Fox afin que la mafia le laisse concourir au titre de champion, il a toujours nié que son match avec Cerdan, match au cours duquel il devint champion du monde des suites d’une blessure à l’épaule de son challenger ait pu être arrangé. C’est un milieu, on l’aura compris, où il fait bon avoir de bonnes relations sociales et politiques. Mélangeant toujours engagements politiques et combats sur le ring, le boxeur nicaraguayen Alexis Arguello milita farouchement au côté de la cause sandiniste, avant d’être privé par son propre parti de toutes ses possessions. Il sera retrouvé mort, une balle dans la poitrine, des années plus tard, après avoir prolongé son engagement en devenant maire.
Lionel Froissat évoque également quelques accidents célèbres ou spectaculaires : celui bien sûr du boxeur Marcel Cerdan, mort d’un accident d’avion alors qu’il retournait aux Etats-Unis disputer un match retour face à Jake LaMotta. Ou encore l’accident des suites d’une anesthésie de Harry Greb, qui ne se réveilla jamais après une opération chirurgicale du nez.
D’autres parcours mériteront la lecture encore, tant il est vrai les boxeurs finissent mal mais ont également la peau dure.
Lionel Froissat adopte un style différent pour chaque round, entre dans la peau de son personnage et adopte ses manies, ses peurs, ses passions et ses folies. Il s’agit bien sûr d’un roman, ce que l’on serait presque tenté de regretter. Après-tout on voudrait en savoir d’avantage sur le combat « de l’année » qui permis à Jake Lamotta de revenir à la vie au dernier round et de triompher de Laurent Dauthuille qui le menait largement aux points. Ou encore sur le combat qui opposa Sonny Linston, à un jeune Mohammed Ali prêt à en découdre.
On regrettera que certains passages soient trop convenus. Celui de Marcel Cerdan évoque l’inévitable relation amoureuse avec Edith Piaf, et sombre dans un sentimentalisme attendu.
Ce livre a le grand mérite de nous familiariser à ces figures incroyables du sport, ces hommes différents, et pourtant communs dans leur goût de l’extrême, cette quête qui trouve difficilement sa satisfaction.
Le livre se conclue sur un chapitre dédié à Myke Tyson, comme pour nous laisser sur un boxeur qui ne finit pas si mal, finalement, preuve que les généralités sont là pour être contredite.
Emma Breton

Toussaint Louverture
Toussaint Louverture
par Alain Foix
Edition : Poche
Prix : EUR 8,17

4.0 étoiles sur 5 Toussaint Louverture, 3 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Toussaint Louverture (Poche)
Toussaint Louverture. Un nom qui évoque à celui qui le prononce le respect des saints et l’horizon des possibles. Le nom de l’esclave devenu gouverneur, qui défia l’empire français.

Toussaint Louverture est né Toussaint Bréda aux environs de 1743, à Saint-Domingue, l’actuelle Haïti. Fils d’esclave, il sera affranchit, et deviendra l’acteur majeur de l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue. Mort en 1803, il ne verra jamais la proclamation de l’indépendance de son île par son lieutenant Dessalines, bien qu’il en soit l’investigateur principal. Son acte de rédaction d’une Constitution pour Saint-Domingue entraînera son arrestation par les forces napoléoniennes qui y virent le pas de trop vers l’indépendance.

Il y a quelque temps, France Télévision consacrait une série au destin de cet homme hors du commun, qui réussit à renverser le système colonial de Saint-Domingue, et à inquiéter Napoléon Bonaparte. Preuve que l’histoire de l’actuelle Haïti n’est pas complètement sortie de nos mémoires, à une époque où l’île se relève difficilement des diverses secousses, tant sismiques que politiques, qui l’ont traversées.

Alain Foix signe ici un livre passionnant, sur les pas de celui qu’enfant malingre on surnommait « fatras bâton ». Il est rare d’ailleurs qu’une biographie soit maîtrisée avec un tel talent littéraire. S’échappant du carcan de la chronologie linéaire, ce texte nous entraîne de Fort de Joux où Toussaint Louverture fut enfermé jusqu’à en mourir de froid, dans l’humidité d’un cachot, aux rives chaudes de Saint-Domingue, où il mena une guerre sans merci ni relâche aux opposants de la liberté pour les Noirs.

Toussaint Louverture n’était pas un idéaliste, un rêveur. De fait il ne fut pas considéré comme une figure romantique de la liberté, comme un Che Guevara ou un Ghandi. C’était un homme rationnel, sérieux. Un homme du concret, et de la loi. Controversé dans ses rangs et dans l’histoire, lui qui, après son affranchissement, avait été propriétaire d’esclaves, autorise les colons à reprendre en main l’organisation des plantations sur l’île. Alors que beaucoup de ses lieutenants plus radicaux prônaient un pouvoir noir, et au premier rang desquels son neveu Moïse, lui concevait une réhabilitation rapide du commerce et de l’agriculture, pour l’enrichissement de l’île et de ses habitants, mais aussi pour leur indépendance, pour laquelle le retour des colons était indispensable. Intransigeant, Toussaint fera exécuter les désobéissant, de quelques origines qu’ils soient…Pris au piège de sa propre loi et de son intégrité face à elle, il sera contraint d’exécuter l’insolent Moïse, acte pour lequel il concevra un chagrin et un remord profond. Acte fondateur aussi de son rôle politique et de l’impartialité qu’il tenait à afficher devant tous.

Toussaint Louverture restera une figure d’indépendance et de force. On ne connaît que très peu de portraits de lui, et le peu que nous en avons n’en rendent pas des traits identiques. Il reste de fait autour de lui comme une certaine aura de légende.

Toussaint ne croyait pas tant en lui-même qu’en la force d’un mouvement. Son sacrifice n’était pas vain, mais la première pierre d’un chemin qu’il savait mener à la liberté. Nous conclurons sur cette célèbre citation : «En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ».

Emma Breton

Impurs
Impurs
par David Vann
Edition : Broché
Prix : EUR 21,95

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3.0 étoiles sur 5 Impurs, 30 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Impurs (Broché)
Impurs est le titre du nouveau livre de David Vann. Un auteur que nous connaissons bien, pour Sukkwan island, et Désolations, deux ouvrages intenses sur la solitude, l’incompréhension et la violence. L’auteur publie fidèlement chez Gallmeister, une maison d’édition qui lui correspond bien, spécialisée en autres choses dans ce que l’on appelle le « nature writing ». Originaire d’Alaska, David Vann a pour habitude de plonger ses personnages dans l’immensité glacée des paysages qui lui sont familiers, dans des îles sauvages ou dans des déserts naturels…

Impurs a de quoi surprendre au premier abord. Déjà il y fait chaud ! Son titre original, Dirt, aurait pu trouver une traduction comme « malsain », et donnerait un bon aperçu du fil de ce récit, bien que le héros, Galen, soit hanté par une quête spirituelle de « pureté » et de vie saine.
Galen est un jeune homme d’une vingtaine d’année, qui vit encore chez sa mère dans une sorte de fusion amour/haine étouffante. Sa mère elle-même vit dans la dépendance de sa propre mère sénile, archétype de la vieille radoteuse acariâtre, résidante d’une maison de retraite, et distribuant des rentes financières aléatoires à ses deux filles, dont la jalousie et la haine réciproque ne fait que s’accroître au fil du favoritisme ambiant dont l’une ou l’autre fait l’objet.
Cette situation déjà crispée trouve son apogée dans un séjour rassemblant la famille dans la maison de campagne. Tous les éléments d’un classique scénario de David Vann sont rassemblés : une maison coupée du monde dans la nature, une famille qui se déteste enfermée ensemble pour assouvir des motivations pécuniaires et retorses.
Seulement là où les choses se gangrènent d’avantage, c’est que Galen est complètement obsédé par sa cousine Jenifer, et que cette dernière n’a de cesse que de manœuvrer et d’enflammer celui qu’elle considère comme un marginal méprisable.
La deuxième partie du roman s’enfonce encore d’avantage dans la dérive et la psychose familiale, ce coup-ci dans un huis-clos entre la mère et le fils, asphyxiant et malsain.
Ce livre laissera une sensation amère et un peu écœurante, que l’auteur maîtrise complètement.
Dans une précédente interview que David Vann nous avait accordée à l’occasion de la sortie de Désolations, l’auteur nous parlait en ces termes de Dirt : « Ce coup-ci il n’y aura pas d’Alaska, pas de père, pas de suicide ni d’île. Mais une mère et son fils dans un paysage brûlant ».
La problématique familiale n’a pas fini de hanter David Vann. Si ses deux premiers livres abordaient la figure paternelle, associée des paysages froids et glacés, c’est à présent la figure maternelle, incarnée dans une chaleur sèche et envahissante qui est ici décortiquée.
C’est un livre intéressant, dur et sans pitié, peut-être moins abordable que ce à quoi nous avions été habitués. La deuxième partie souffre de beaucoup de longueurs, mais les amateurs de cet auteur ne seront pas complètement déçus.

Emma Breton

De la Boxe
De la Boxe
par Oates Joyce Carol
Edition : Broché
Prix : EUR 8,50

5.0 étoiles sur 5 De la boxe, 28 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : De la Boxe (Broché)
« De la boxe » est un essai de Joyce Carol Oates sur ce sport si brutal et si masculin qu’enfant elle aimait suivre avec son père. La plus part des lecteurs connaissent l’auteure pour son roman sur Marylin Monroe, « Blonde », et parce que son nom est régulièrement cité pour le Nobel de Littérature. Publié aux Etats-Unis en 1987, cet essai tente de cerner l’étrange engouement que suscite la boxe, entre fanatisme et controverses. Décrié, dénigré, surmédiatisé, un combat de boxe, même visionné à la télévision, ne laisse pas indifférent. Est-ce parce que l’on sait tous au fond de nous que ce n’est pas parce que l’on détourne les yeux que la violence disparaît de ce monde ? interroge Joyce Carol Oates. Car c’est avant tout bien de violence qu’il s’agit. Qu’elle soit ritualisée, encadrée, elle est toujours risque de mort. L’auteure rappelle d’ailleurs quelques combats marquants pour leurs fins tragiques, celui de Lupe Pintor/Johnny Owen en 1982, et celui de Ray Mancini/Duk Koom Kim la même année par exemple. Un boxeur doit-il avoir envie de tuer pour gagner ? Joyce Carol Oates a rencontré dans les années 80 celui qui n’était encore alors qu’un jeune champion plein d’avenir, Mike Tyson. Il lui a expliqué vouloir enfoncer le nez de son adversaire dans son cerveau lorsqu’il combattait… Aimer la boxe, est-ce encourager un spot de gladiateur ? Cette passion vient-elle chercher une pulsion de voyeurisme, qui viendrait exciter notre propre agressivité, bridée par la société ? En ce sens, analyse l’auteure, la boxe pourrait presque être comparée à la pornographie, qui a suivi un développement tout aussi impressionnant en Amérique. Elle écrit : « le spectacle d’êtres humains luttant l’un contre l’autre, qu’elle qu’en soit la raison, y compris à certains moments bien médiatisés, pour des sommes d’argents stupéfiantes, est excessivement perturbant, car il viole l’un des tabous de notre civilisation. De nombreux hommes et femmes, même s’ils se sont blindés contre ça, ne peuvent regarder une rencontre de boxe parce qu’ils ne peuvent s’autoriser à voir ce qu’ils sont en train de regarder (…) A cet égard, la boxe comme spectacle public est proche de la pornographie : dans les deux cas, il est fait du spectateur un voyeur distancié, mais surement impliqué intimement dans un événement qui n’est pas censé se dérouler comme il se déroule ». A ceci prêt bien sûr que la boxe n’a (a priori) rien de la mise en scène et du trucage. Elle est l’instantanéité même. On serait alors tenté de penser la boxe comme la catharsis de la violence, la ritualisation qui permettrait, à l’image des sacrifices antiques sur l’autel, de domestiquer l’agressivité de la foule en la concentrant sur une victime émissaire. Pour Joyce Carol Oates, cette comparaison n’est pas non plus valide dans sa globalité. Des études de sociologie pencheraient même à faire penser que les jours qui suivent de grands combats de boxe très médiatisés le nombre d’agression aurait tendance à augmenter de 10% aux USA! Mais ne nous y trompons pas, la boxe n’est pas pour autant le sport le plus dangereux. Elle arrive largement derrière des sports comme l’alpinisme, l’équitation, les courses automobiles et le football américain. Mais elle choque d’avantage en ce que la violence qu’elle déchaîne n’est pas canalisée par la poursuite d’un ballon ou d’un palet ! Non l’enjeu est clairement de faire du mal à l’autre. Le vrai combat est d’ailleurs celui qui s’achève par un KO, un non un KO technique, lorsque l’arbitre est obligé d’arrêter le match. De même si le KO arrive trop tôt le match sera considéré comme frustrant. La pratique des paris est également particulière à ce sport dont elle fait partie intégrante de l’histoire (avec celle des courses de chevaux également). De fait, c’est un milieu par lequel transite énormément d’argent, et grâce au quel beaucoup d’hommes issus des classes populaires ont pu prospérer. A un schisme déjà présent entre boxeurs populaires et boxeurs plus aisés, s’ajoute celui très longtemps difficile entre boxeurs blancs et boxeurs noirs. L’histoire de Mohamed Ali / Cassius Clay est assez emblématique du parcours du combattant du sportif noir aux Etats-Unis dans les années 70. Au-delà de ses exploits sur le ring, il incarne le combat contre la discrimination aux USA. Son titre de champion du monde de boxe, maintes fois reconquis, en fait une figure majeure du sport et de l’endurance. Mais il fut tout autant médiatisé pour son implication dans la religion islamique, son changement de patronyme (que de nombreux journaux sportifs ne respectèrent pas toujours, alors qu’il était d’usage que les boxeurs aient un autre nom de boxeur), mais aussi et surtout pour son refus d’être mobilisé pendant la guerre du Vietnam, annoncé par une phrase choc qui allait marquer son époque : « moi, je n’ai aucun problème avec le Viet-cong », et la sanction exemplaire qui allait en suivre (10 000 dollars d’amende, 5 ans de prison – qu’il ne fera pas – et la suspension pendant 7 ans de sa licence de boxe, qui, s’ajoutant à la suspension de son passeport lui interdisait de boxer dans d’autres pays). Mais il fut aussi remarqué pour son retour sur le ring, à 35 ans passés. Des victoires, des combats historiques, mais aussi des échecs cuisants, des coups, beaucoup, et une santé qui se dégradait plus vite que les années ne passaient. Il est difficile pour un sportif de savoir prendre sa retraite au bon moment et de partir sur un succès (à l’exception du boxeur Rocky Marciano qui ne connût aucun échec avant sa retraite). Joyce Carol Oates fait un tour d’horizon passionnant de ce sport extrême, pratique du dépassement, qui sut si bien cheviller à l’histoire d’une société. Au-delà de la violence, c’est l’histoire de la mise en scène de la violence, de sa cristallisation sur le ring qui ne manquera pas de nous intéresser.

Emma Breton

Pour aller plus loin sur le sujet : notre critique de « Raging Bull » de Jake LaMotta

Inde
Inde
par Pauline Garaude
Edition : Broché
Prix : EUR 14,25

5.0 étoiles sur 5 Inde Societe Culture, 24 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Inde (Broché)
Nous avons tous plus ou moins des rêves de voyages et des destinations rêvées.Pour ceux qui envisagent l’Asie,et plus précisément l’Inde,le livre de Pauline Garaude nous livre certains aspects de l’histoire et de la culture indiennes.

Et,même si nous ne sommes pas encore sur le point d y aller,ce livre nous y prépare et nous enrichit sur ce que peut être la vie vécue autrement qu à l’occidentale et par plus d’un milliard d’habitants !
La première partie est historique. Nous y découvrons les aborigènes,ces peuples primitifs qui étaient là avant tout le monde, dont survivent 70millions d’habitants,certains retirés dans les montagnes et les forêts,utilisant encore l’arc, nous faisant penser aux aborigènes d’Australie,eux aussi chassés de leurs territoires…d’autres vivent petitement,mêlés aux paysans indiens.
Puis,se forma la première grande civilisation du pays en 2300 avant JC ,implantée dans l’actuel Pakistan,le long de l’Indus.Comme dans tous les pays du monde,les invasions se sont alors succédé,mêlant les cultures.
Il y eut les Aryens,venus d’Asie centrale auxquels on doit le sanskrit et les grands textes sacrés de l’hindouisme,les Védas.
Le Bouddha marquera la culture de son pays et de celle de beaucoup de pays d’Asie, au 5ème siècle avant JC.

Le point de départ de l’histoire proprement in dienne date de Chandragupta,qui, en 320 avant JC fonda la 1ère dynastie autonome de l’Inde.
En 269 avant JC,Ashoka ,empereur bouddhiste oeuvrera contre le système des castes, car le bouddhisme ignore cette façon de classer les êtres.
D’autres invasions encore dont celle des Huns que nous avons connus aussi en France,et l’Inde se disloque en royaumes hindous distincts.
Le pays ne sera réunifié que par les invasions musulmanes et mogholes. Cette nouvelle religion au sein du pays hindou va causer bien des massacres.

Après des siècles d’occupation musulmane,les Britanniques vont peu à peu s’emparer de l’Inde pour 3 siècles!

Mais, après 3 siècles, dépassés par l’hostilité indienne organisée par Gandhi,que les Indiens appelleront le Mahatma Ganddhi(=la grande âme Ganddhi),
et par les heurts de plus en plus violents et ingérables entre Hindous et Musulmans, les Anglais vont être obligés de quitter le pays.
L’Inde est depuis lors enfin libre de devenir elle même!

Ces heurts violents entre Hindous et Musulmans ne sont pas pour autant réglés par le départ des Anglais;ils le seront en grande partie par la création d’un pays indépendant ,le Pakistan,attribué aux Musulmans en 1947,et du Bangladesh en 1971.
Des millions de Musulmans ont cependant préféré rester en Inde plutôt que d’émigrer vers le Pakistan ou le Bangladesh,l’Inde reste ainsi le second pays musulman au monde et les conflits avec les Hindouistes perdurent.
Dans ce pays qui a vu naître Bouddha,les bouddhistes sont très minoritaires,le bouddhisme est par contre très répandu dans de nombreux pays d’Asie.
L’hindouisme est majoritaire avec le dur système des castes et de la dot exigée aux femmes d un côté et l’héritage de non-violence de Gandhi,le respect des animaux et la multitude des végétariens d »autre part.
Chez les hindouistes des castes basses et les intouchables,beaucoup se sont convertis au bouddhisme qui refuse ce système cruel.

Malgré l’essor formidable que connaît l’Inde depuis une quinzaine d années,le mariage des filles prépubères existe encore ainsi que la mise au ban de la société des veuves censées porter malheur et qu il y a peu on brûlait dans le bûcher crématoire de leur défunt mari.
La femme continue à vivre sous l’autorité totale de sa belle famille et à avoir un devoir de soumission.
Depuis le départ des Anglais,l’Inde est une démocratie et sa constitution interdit,théoriquement,les castes et la dot. De fait,ces deux traditions là perdurent,la jeune femme est donc toujours obligée de fournir à sa belle famille une grosse somme d ‘argent pour son mariage, sa dot.
Pour une famille,avoir une fille est donc un malheur et en avoir plusieurs est une ruine. Ceci entraîne un grand nombre d’avortements si l’échographie annonce une fille et même de meurtres des bébés filles.L’Inde se trouve donc déficitaire en femmes !

La pauvreté, l existence encore de bidonvilles, font que 15 millions d enfants travaillent, dès l’âge de 5 ans dans les campagnes. On trouve encore des enfants mutilés par leur parents pour faire la quête.
Ces enfants souhaitent travailler car ils savent que leurs parents ne peuvent les nourrir et ne les reprendraient peut-être pas,qu’ils seraient alors livrés aux dangers de la rue. On ne peut pas supprimer le travail des enfants sans leur fournir des solutions de rechange !
On compte plus de 200 000 suicides de paysans depuis 1997, rongés par les dettes ,parfois causées pour fournir les dots des filles.
Depuis, l’état s »efforce de leur prêter de l’argent à des taux plus raisonnables que ceux proposés par des particuliers,mais étant illettrés, ils n arrivent pas forcément à remplir les dossiers nécessaires pour y accéder.
Des classes riches et moyennes se constituent depuis les progrès économiques du pays et prennent des habitudes de vie et de pensées occidentales. Dans ces classes là, les femmes peuvent travailler,prendre la parole.

Mais l’Inde est toujours très imprégnée de sa culture religieuse dans laquelle tout est régi par un ensemble de codes définis par les notions de pureté et d’impureté; ainsi la caste des Intouchables et les basses castes sont considérées comme impures,il y a peu, leur ombre même était impure et pouvait souiller autrui.
Balayer devant sa porte est possible mais ramasser les déchets est impur et ne peut être fait que par un impur. La rue elle même est impure car toutes les castes y marchent. Aucun rapport avec notre rapport à la rue dont la propreté est l affaire de tous.
On quitte ses chaussures dans les lieux sacrés car les semelles ont marché dans cette rue où toutes les castes marchent; on se salue les mains jointes sur la poitrine, serrer la main serait prendre le risque de serrer une main impure.

On ne finirait pas de décrire toutes ces traditions, ces différences,et de réaliser qu elles sont vécues par un milliard de personnes.
Le livre fourmille ainsi de détails passionnants.
L’Inde est en train de changer,le changement sera long mais il aura lieu.
Nul ne sait ce que sera l Inde de demain entre sa modernisation certaine et son respect pour ses valeurs traditionnelles…

On trouve en Inde de nombreuses croix gammées appelées des svastikas, tournées dans les deux sens,ce sont des signes religieux très anciens,que l’on trouvait aussi en mésopotamie.
Autour d’Hitler,on s’était imaginé que les Aryens dont nous avons parlé au début,qui ont envahi l’Inde,avaient par la suite envahi l’Europe,que les Allemands étaient leur descendants, qu’ils étaient la race supérieure,d’où l’adoption des svastikas indiens,supposés aryens, et appelés croix gammées en Europe à cause de la ressemblance avec la lettre grecque gamma

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
par Jonas Jonasson
Edition : Poche
Prix : EUR 7,70

4.0 étoiles sur 5 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, 15 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Poche)
Allan Karlsson n'est pas n'importe quel héros de roman. D'abord, il est centenaire, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Peu d'auteurs nous invitent (dès le titre du livre d'ailleurs) à suivre durant plus de quatre cents pages les péripéties d'un très vieil homme. Ensuite, Allan possède deux secrets d'une importance capitale : le secret de la fabrication de la bombe atomique et celui de la réalisation d'alcool à partir de lait de chèvre. Étrangement, c'est surtout le premier de ces deux secrets qui va retenir l'attention de bon nombre de ses contemporains.

Quand on ouvre ce roman, on est loin de se douter de tout ce qui nous attend. Jonas Jonasson nous dresse le portrait mi attendrissant mi comique d'un vieil homme un peu fatigué mais surtout très déterminé. Comme il n'a aucune envie de fêter ses cent ans en maison de retraite, en la triste compagnie de sœur Alice et de l'adjoint au maire, il enfile ses plus beaux chaussons et se sauve par la fenêtre de sa chambre, située tout de même au premier étage de l'établissement. Se rendant ensuite à la gare, il décide de voler une valise à un jeune homme pas très fréquentable dans l'espoir d'y trouver une paire de chaussures. C'est là que l'aventure commence : les péripéties invraisemblables et pour le moins comiques se succèdent à toute vitesse : une simple valise volée va conduire Allan à se lier d'amitié à un vieil homme kleptomane, à un vendeur de saucisses surdiplômés, à une éléphante prénommé Sonja, à un gansgter repenti (ou presque), ou encore au frère un peu benêt d'Albert Einstein...

A travers une écriture à deux voix très réussie, l'auteur nous entraîne à la fois dans le présent d'Allan mais aussi dans son passé, ce qui permet de mieux appréhender ce fameux héros qui, malgré ses cent ans, sait se tirer de toutes les situations et ne se fâche jamais (sauf à la mort de son chat Molotov) car après tout : « les choses sont ce qu'elles sont et seront ce qu'elles seront ». Allan possède un flegme à tout épreuve, rien d'étonnant pour cet ancien génie des explosifs, voire peut-être génie tout court.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est un premier roman suédois très bien construit, qui offre au lecteur une bonne dose d'humour et de bonne humeur.

Elodie Soury-Lavergne

Chronique d'un meurtre annoncé
Chronique d'un meurtre annoncé
par David Grann
Edition : Poche
Prix : EUR 2,95

5.0 étoiles sur 5 Chronique d'un meurtre annoncé, 15 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Chronique d'un meurtre annoncé (Poche)
David Grann, journaliste et écrivain américain, revient dans un court ouvrage – tout d’abord publié en tant qu’article d’investigation dans le New Yorker – sur l’affaire Rodrigo Rosenberg, qui avait enflammé le milieu politique, mais aussi la société guatémaltèque en 2009.

Le célèbre avocat Rodrigo Rosenberg a été assassiné non loin de son domicile le 10 mai 2009 ; coïncidence ou non, il enquêtait sur l’exécution, le mois dernier, de son ami Khalil Musa, homme d’affaires renommé, et de sa fille, Marjorie, avec qui il entretenait une relation tenue secrète. Une affaire trouble puisque Khalil Musa, connu pour sa probité dans des milieux économiques qui semblent avoir oublié jusqu’à l’existence de ce mot, avait été pressenti pour entrer au conseil d’administration de la Banrural ; problème, la Banrural est soupçonnée d’avoir été utilisée par certains (très) proches du pouvoir pour détourner et blanchir de l’argent.

Le jour de sa mort, Rodrigo Rosenberg fait diffuser une vidéo où il accuse explicitement le président en place, Alvaro Colóm, d’être responsable de sa mort, lui demande de quitter le pouvoir et appelle le vice-président à le remplacer. S’en suit alors une partie de billard à trois bandes entre déstabilisation politique, mobilisation populaire et ouverture d’une enquête internationale menée par Carlos Castresana. Une partie macabre de Cluedo où l’impunité prend trop souvent le pas sur une Justice et un État de Droit trop faibles pour contourner les innombrables chausse-trapes qui sont placées sur son chemin…

Enquête personnelle, milieux économiques et stratégies politiques s’entrechoquent alors dans ce qui ressemble à un entre-soi où la suspicion est reine. À qui profite le crime ? À l’opposant du Président, Otto Perez Molina, aujourd’hui élu ? À fomenter un coup d’État ? À protéger des intérêts économiques bien ancrés ? Rosenberg aurait-il découvert des éléments trop compromettants sur l’épouse du Président, candidate officieuse à sa succession ? On laissera ici cependant au lecteur – averti comme novice sur l’affaire – le loisir et le plaisir de se (re)plonger dans les méandres de cette enquête palpitante qui ne ménage pas ses effets et surprises jusqu’à la dernière page.

L’un des grands mérites de l’auteur est de parvenir à planter en quelques lignes un décor historique, social et politique, sans jamais quitter de vue la dramaturgie de son récit. À mi-chemin entre l’Histoire, le documentaire, l’enquête et l’intime, il navigue habilement entre l’action de ses personnages et la constat sociétal sans jamais assécher ou désincarner son récit.

Pour cela, il dispose d’une galerie de personnages en “or“ massif : de Mendizabal, vrai-faux ami, l’incontournable intrigant ayant “roulé” pour tout le monde et s’étant frayé un chemin dans la jungle touffue de l’Histoire nationale ; de Sandra de Colóm, vaporeuse, ambitieuse et trouble éminence grise manoeuvrant dans l’ombre ses intérêts et son accession fantasmée au trône ; de Castresana, héros dramatique de sa splendeur à sa misère, dont le destin est une éloquente métaphore de la machine à broyer les hommes que représente ce fourmillement d’intérêts contradictoires (politiques, économiques, formels, informels) qui n’a que faire d’un État de Droit.
Le véritable personnage principal de l’œuvre est pourtant à chercher ailleurs : pas du côté de Rosenberg, mais de celui de ce “ils” omniprésent, ce “leur”, ce “eux”, ce “tous”, ce “pouvoir parallèle”, ces “forces des ténèbres”, ce “on ne sait jamais” : dans sa description – assez systématique – d’un système de corruption généralisé où nul ne peut avoir confiance en personne, l’Autre est avant tout un pion dans une immense partie d’échecs régulée par les mécanismes de la peur, de la violence, de l’intimidation et de l’intérêt. Les institutions policières et judiciaires se trouvant au beau milieu de toutes les attentions, leur faiblesse est patente : mise en scène de preuves, soustraction de témoins à l’enquête internationale, jeu d’information et de contre information dont, in fine, l’opinion publique n’est que le jouet.

Car la population n’est pas exempte du récit de David Grann, bien au contraire : il sait, en quelques phrases, placer en toile de fond la répression politique face aux embryons de mouvements sociaux ou encore la place grandissante du web – classique comme 2.0 – dans la diffusion d’une autre information. Mais le propos de l’auteur se révèle plus ambitieux encore : dans ce conflit d’intérêt permanent qui anime les sphère de pouvoir, la population n’est que la victime d’un cercle vicieux qui joue contre la démocratie. Échaudée par les affaires et autres coups de Trafalgar permanents, l’opinion publique devient toujours plus pulsionnelle que rationnelle, gagnée par le rejet et la résignation, donc malléable et toujours plus sensible à chaque retournement de situation, à chaque campagne “négative” de dénigrement ou de désinformation… Les héros d’hier peuvent, en quelques semaines et quelques rumeurs, devenir les oubliés de demain.

Rosenberg et Castresana connaîtront, entre autres, ce triste sort : tour à tour hérauts d’un Guatemala renouvelé puis pauvres diables décrédibilisés, remisés au fond d’un obscur tiroir de la commode délabrée de l’Histoire nationale. Cette enquête a failli coûter sa raison à Castresana, et la campagne de dénigrement qui a suivi lui a bel et bien coûté son mariage et une partie de sa réputation. Dans ce jeu d’échecs – à tous les sens du terme –, ce sont aussi bien la démocratie que l’espoir qui peut être placé en quelques hommes qui sont les premières victimes.

Le célèbre politologue Guillermo O’Donnell rappelait que la notion d’État de droit ne se limite pas au respect du pluralisme politique et à la polyarchie, mais aussi et surtout au respect des droits civils de toute la population ainsi qu’à l’établissement de réseaux de responsabilité pour contrôler la légalité de tous les actes des agents de l’État. L’État de droit ne se limite pas à la question du régime, mais “à la relation particulière entre l’État et les citoyens, entre les citoyens eux-mêmes et sous une sorte de gouverne de loi qui garantit la citoyenneté politique, mais aussi la citoyenneté civile et un réseau complet de responsabilité”. Quatre lignes simples auxquelles le récit (bien réel) de David Grann offre un écrin aussi passionnant que glaçant.

TM

En français : David Grann, « Chronique d’un meurtre annoncé », trad. Damien Aubel, Allia, 112 p., 3.10 euros.

En anglais : David Grann, A murder foretold

Pour en savoir plus sur la situation au Guatemala :[...]

Les carnets de L.A
Les carnets de L.A
par James Brown
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Les carnets de L.A., 14 mai 2013
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Les Carnets de L.A. sont le témoignage écorché d’un addict tabassé par la vie. L’incarcération maternelle, le suicide fraternel et les incapacités paternelles plongent James Brown dans une spirale d’alcool et de drogues dont il se repent (ou non) dans ce recueil.

C’est une course poursuite après la vie, après lui même dans laquelle nous plonge ce professeur de littérature ravagé mais jamais dépourvu de second degré et de dérision quant à sa situation. L’homme est faible, son esprit vif!

Les Carnets de L.A. est un recueil féroce qui éloigne des clichés californiens. On y croise une population américaine fragile et intense à l’image de cet auteur qui se livre ici avec la pudeur de la franchise.

L’humour noir de James Brown est malheureusement survendu. Il y’a dans son écriture la brutalité assassine de Bukoswski et l’authenticité de Jerry Stahl (Perv, une histoire d’amour) -qui préface d’ailleurs le recueil-.

La légèreté apparente qui hante le récit est une drogue, d’un genre un peu différent de celles qu’ingère l’auteur, mais aux appels desquelles on cède avec dévotion.

Les Carnets de L.A. raconte l’errance impitoyable et la survie probablement malgré lui d’un auteur sidérant.

James Brown a publié une suite à ses Carnets de L.A. dont on espère une traduction prochaine par les éditions 13e note.

FJ

Raging Bull
Raging Bull
par Patrice Carrer
Edition : Poche
Prix : EUR 8,55

5.0 étoiles sur 5 Raging Bull, 6 mai 2013
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Raging bull. Pour beaucoup ce nom évoque le film de Martin Scorcese, 1981, et un Robert DeNiro incarnant complètement un Jake LaMotta déchaîné. Pour d’autres, c’est le surnom du champion du monde des poids moyens, titre qu’il arrache au champion français Marcel Cerdan en 1949.

Mais c’est aussi le titre de l’autobiographie du boxeur, que les éditions 13ème notes ont eu la bonne idée, et certaines difficultés, de dénicher.

Martin Scorcese s’était également basé sur ce texte pour la réalisation de son film mais n’avait pas adapté toute la jeunesse dans le Bronx de LaMotta.

Le récit assez incroyable commence en effet dans l’appartement gelé de la famille dans un quartier pauvre, où ce fils d’immigrés italiens rentrait en pleurs chez lui après s’être fait battre par d’autres enfants de l’école. Sa première leçon, Jake Lamotta la prend de son père, qui lui met entre les mains un pic à glace (il a moins de 10 ans !) pour se défendre et il ne se laissera plus jamais maltraiter sans rendre coup pour coup. Dès lors, il adopte pour devise de ne faire confiance à personne.

A 16 ans, après divers braquages, faits de violence, et un meurtre qu’il pense avoir commis accidentellement et dont la dissimulation le ronge, il se retrouve incarcéré en maison de correction. Celui qui n’est pas encore « le taureau du Bronx » tourne comme un lion en cage. Battu, humilié, il est finalement affecté à l’entretien de la salle de boxe. Très vite, en prenant une première raclée sur le ring, il comprend les combats de rue auxquels il était habitué n’avaient rien à voir avec la boxe, et qu’il allait devoir s’entraîner sérieusement pour prétendre à un niveau de professionnel.

Décidé à ne plus trainer dans les magouilles de la mafia omniprésente, Jake LaMotta prend alors la ferme résolution de devenir champion de boxe.

Dans les années 50, les salles de boxes fleurissent aux Etats-Unis, et il n’est pas impossible de gagner quelques sous grâce au système des paris qui semble intimement liés à l’histoire de ce sport.

Loin d’être un tableau élogieux de la rédemption d’un enfant terrible du Bronx, LaMotta se confie humblement : son caractère terrible, son manque de confiance en autrui, qui le rend violent, même envers les successives femmes de sa vie et son meilleur ami, qu’il manquera de tuer parce qu’il le soupçonne d’entretenir des relations avec sa femme (alors que lui-même abuse sexuellement suite à un « malentendu » de sa compagne). Il raconte sa culpabilité inexprimable d’avoir laissé pour mort un bookmaker dont il voulait faire les poches, sa peur des femmes qui le laissent dans un état d’impuissance frustrant…

Il décrit également l’univers de danger de la boxe des années 50, ainsi que les règles de la mafia, auxquelles il refuse de se plier, et qui lui interdisent de fait l’accès pour concourir au titre.

« Raging bull » est un parcours de rage et de peur d’un homme mal dans sa peau, incapable de faire confiance aux autres, souvent trahi et mal aimé des siens, et qui n’est arrivé à canaliser sa violence qu’en donnant des coups, mais aussi et surtout en en recevant…Dans le jargon de la boxe, on appelle « avoir du cœur » le fait d’être prêt à encaisser une dizaine de coups rien que pour pouvoir en placer un précis, à l’exemple d’un combat célèbre contre le français Laurent Dauthuile, qu’il remporta à quelques secondes de la fin par KO alors qu’il était largement mené depuis le début.

Mais dans l’assouvissement de son désir on perd aussi une partie de soi-même.

Lamotta décrit une scène incroyable le soir de sa victoire face à Cerdan, où tous son entourage est à la fête alors que lui pleure tout seul dans le noir, incapable de comprendre les raisons de son abattement.

Commence pour lui une toute aussi impressionnante descente aux enfers : il perd son titre face à Sugar Ray Robinson, ouvre un night-club, et se fait arrêter pour proxénétisme avec une mineure (fait pour lequel il se clame encore innocent)…où comment des années plus tard, le champion du monde de la boxe retourne à la case prison.

Mais le taureau furieux du Bronx ne s’est jamais laissé complètement abattre. Ce livre témoigne d’une introspection sincère, avec un style certain (même si le livre est co-écrit avec un journaliste et son meilleur ami Pete Sauvage) et franc. Jake LaMotta nous entraîne réellement dans ses multiples vies et c’est sans surprise que l’on comprend que ce texte aura inspiré à Scorese le chef d’œuvre qu’est « Raging Bull » qui fera définitivement entrer le boxeur dans les mémoires.

Emma Breton

Ci-gît l'amour fou
Ci-gît l'amour fou
par Vorpsi Ornela
Edition : Broché
Prix : EUR 17,58

5.0 étoiles sur 5 Ci-gît l'amour fou, 2 mai 2013
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« Ne marche pas sur mon ombre, Tamar », tels sont les mots étranges que Tamar lit sur la tombe de son frère Rafi, qui s’est noyé volontairement en mer. Si mon nom est gravé sur une stèle, se demande la jeune fille, ne suis-je pas déjà morte, moi aussi ?
Rafi était un garçon marginal, « une génie » disait Esmé, sa mère, qui l’aimait d’un amour fou, un amour qui ne supporte pas la perte.
Peut-on se remettre de l’amour fou ? Telle semble être la question que soulève ce très beau roman d’Ornela Vorpsi. Peut-on survire d’avoir aimé à la folie ? Est-ce vraiment cela le véritable amour ? Le problème du sentiment fou, c’est qu’il ne peut jamais vraiment se partager, se communiquer, faute de quoi il devient raisonnable et apprivoisé.

Tamar se vit comme une spectatrice de la vie, et se veut étrangère à l’amour des hommes. Elle voue à sa mère seule une passion totale, frustrée et solitaire.
Tamar était présente sur la plage, ce jour où Rafi est entré dans l’eau pour ne jamais en ressortir. Coupable dans le cœur de sa mère, d’avoir poussé au suicide ce fils qu’elle aimait serrer contre son corps, et qui lui seul avait le droit de l’appeler par son second prénom, Anastasia, comme si elle était une autre pour lui, que pour lui. Usant et abusant de ce sentiment de culpabilité avec Tamar, elle la menace perpétuellement de mettre fin à ses jours elle aussi. Est-ce pour cela que Tamar se sent « attirée », comme envoûtée par l’embrasure de la fenêtre ouverte ?
Tamar évolue presque indifférente, grise, dans un monde passions saturées.
Après Rafi le « trop aimé », elle côtoie le beau Dolfi, son voisin de quartier, qui éveille chez toutes les femmes un amour démesuré. Même Lali, sa tante à la plastique parfaite, s’éprend du bel indifférent. Celui-ci semble pourtant indifférent aux assauts dont il est la cible, bien que sa gentillesse naturelle maintienne allumés l‘espoirs de se faire remarquer de ses prétendantes.
Certaines, comme Manuella, aiment à ne plus en dormir la nuit, à ne plus penser qu’à cela, aiment à aimer sans raison ni discernement.
Ne possédant, à son sens, comme attrait que celui de pouvoir être une jeune morte, chacun connaissant leur pouvoir de fascination, Manuella met en scène son suicide, avec la complicité de l’éternel témoin de l’amour fou, Tamar.
Après sa mort, toute la rue semble changer de couleur. La jeune morte a réussi son œuvre, son absence est d’avantage palpable que sa présence vivante. Et comme pour boucher cet appel d’air que laisse le fantôme, Tamar se chausse des sandales vertes de la suicidée, laissées aux pieds du lit de son amoureux, dont elle n’aura atteint le lit que par sa mort, alors que les passants l’y allonge en attendant les secours.

« Ci-gît l’amour fou » est un roman incroyable, d’une grande maîtrise et d’une profondeur très poignante. Toujours subtil et doux, le ton poétique narre la démesure et le malheur de l’amour fou, voué à ne jamais être partagé sereinement. Ce roman évoque la folie, l’amour et la mort en un même langage, une seule passion, qui se voue à la tristesse, comme en atteste la terrible histoire que Rafi racontait à sa sœur, sur la tombe de l’homme qui avait gravé comme épitaphe « ci-gît l’homme le plus malheureux du monde », une tombe à jamais vide, car l’homme le plus malheureux du monde ne peut être que vivant.

Emma Breton

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