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Contenu rédigé par CéCédille
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Commentaires écrits par
CéCédille "C.C." (Bordeaux -France-)
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Le naufrage de la Méduse: Relation du naufrage de la frégate la Méduse
Le naufrage de la Méduse: Relation du naufrage de la frégate la Méduse
par Alexandre Corréard
Edition : Poche
Prix : EUR 8,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La machine de La Méduse, 24 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le naufrage de la Méduse: Relation du naufrage de la frégate la Méduse (Poche)
Il s'agit du récit de deux survivants du radeau construit pour 150 naufragés de la Frégate "La Méduse". L'aide chirurgien de marine Savigny, et l'ingénieur-géographe Corréard éditent leur récit en 1817, avec un grand succès. Cette expérience de survie extrême (massacres, cannibalisme) a frappé les lecteurs autant que la tableau de Géricault qui s'en est étroitement inspiré. L'édition Folio reprend le texte de la cinquième édition que l'on trouve sur Gallica, amputé du jugement du capitaine fautif et des ennuis judiciaires du libraire Corréard, comme des poèmes lyriques sur l'évènement, mais augmenté d'une excellente préface d'Alain Jaubert et de diverses reproductions et cartes fort utiles, dont le plan de la fameuse « machine », nom terrible du radeau d'infortune ! D’intéressantes observations sur les Maures, le désert, St Louis du Sénégal et Gorée à l'époque de la traite des noirs.


Le maître: roman
Le maître: roman
par Patrick Rambaud
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

4 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Le premier écrivain, 31 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le maître: roman (Broché)
C'est toujours avec gourmandise que l'on ouvre un livre de Patrick Rambaud. Cet auteur-Frégoli, renait toujours différent. Tantôt comme le romancier de l'ascension et de la chute de Napoléon, dans le grand style de Balzac rêvant d'écrire La bataille d'Essling, tout ce qui précède et tout ce qui suit. Il peut aussi prendre l'habit de Saint-Simon (le duc) -mâtiné de Canard enchaîné-, pour se faire le chroniqueur scrupuleux et irrésistible du règne de Nicolas Ier. Se glissant dans les fantasmes et le pantoufles de Marcel Aymé, il peut aussi rapporter une étrange rencontre avec lui-même dans L'idiot du village....

Cet écrivain là peut tout faire !

Le Maître, son dernier roman, amène son lecteur 25 siècles en arrière pour accompagner Tchouang Tchéou tout au long de sa vie dans une Chine antique, farouche et agitée.

Doué d'une sagesse naturelle, le héros du roman fréquente avec un égal bonheur amusé les tyrans et les manants, donnant à toute chose sa juste valeur, loin des vaines ambitions. Il préfère la simplicité aux grandeurs, la frugalité aux intempérances (le vin excepté), la contemplation aux agitations.

Picaresque, enjoué, probablement farceur (surgissent dans une bibliothèque, p. 68, les mémoires de Bill Gates...), drôlement dépaysant, mais souvent rustique, le récit prône une sagesse à contre courant des frénésies de son temps- qui ressemble souvent au nôtre. Mais Tchouang Tchéou a vraiment existé entre 300 et 400 ans avant Jésus Christ. C'est un maître du taoïsme. C'est le premier écrivain.

Sous la plume de Rambaud, c'est un peu -en plus truculent- Monsieur Teste dans l'empire du Milieu dont nous parle avec roublardise celui qui se décrit (en quatrième de couverture) comme un « écrivain précaire », bien dans le style de son héros.

Le dernier roman de Patrick Rambaud pourra laisser aussi déconcertés certains lecteurs, qu'il remplira d'aise et de sagesse d'autres. Mais comme un lecteur averti en vaut deux...


IRISCan Book Executive 3 - Scanner portable - 900 DPI
IRISCan Book Executive 3 - Scanner portable - 900 DPI
Proposé par AVIDES
Prix : EUR 119,44

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un peu difficile d'usage, 9 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : IRISCan Book Executive 3 - Scanner portable - 900 DPI (Fournitures de bureau)
L'appareil fait des images. Il fait aussi du PDF. Il glisse bien sur les pages avec ses petites roulettes. Il est assez maniable. Il est accompagné d'un étui de protection.
Au début la reconnaissante de caractères a pu paraître médiocre. C'étati dû à un mauvais usage de l'application ReadIris pro 14, livrée avec, et pas très ergonomique. A l'usage le résultat est cependant de bonne qualité quand la scanérisation a été faite avec soin.
La connexion WIFI est exclusive, ce qui signifie qu'il faut déconnecter son ordinateur de tout autre réseau pour l'établir. Il vaut mieux utiliser le câble de raccordement (fourni).
J'avais un Irispen, qui marchait bine mais seulement avec Windows XP.
Cet appareil ne le remplace pas tout à fait.Il ne permet pas de relever, à la volée, une citation dans un livre. En revanche il remplace avantageusement un scanner encombrant.


Les Enfants de la chance
Les Enfants de la chance
par Joseph Kessel
Edition : Broché
Prix : EUR 17,05

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Kessel mineur, 2 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Enfants de la chance (Broché)
Une petite bande de privilégiés de la société parisienne de l'entre-deux guerres mène grand train au prix d'un endettement aussi acrobatique que les exploits aériens des pilotes qui la composent. Héros sans cause et sans guerre, ces têtes brûlées sont toujours prêtes à en découdre pour l'honneur des dames. L'une d'elles d'ailleurs les accompagne, amazone libérée, mais qui se « range » avant le dénouement (la libération de la femme est pour la génération suivante : « pour Vivant je ne suis pas autre chose qu'un camarade qui porte une jupe, c'est à dire de race inférieure et qui compte beaucoup moins que son mécanicien. »). Sur l'aéroport de Casablanca, on est entre Saint-Exupéry et Buck Danny. Le premier pour les avions (d'époque), le second pour la bande de branquignols magnifiques qui sont les héros du roman. Néo romantisme d'hommes pressés, à l'ère mécanique. Toujours au bord de la chute, ils retombent sur leurs pieds grâce à des coups de théâtre opportunément disposés tout au long de ce roman-feuilleton futile et brillant, qu'on appellerait maintenant  page-turner .
A son crédit, tout de suite, l'agrément de lecture,la « patte » de l'auteur, son style nerveux, moderne. Avec le parfum d'aventure aussi, comme il se doit, chez Kessel. Des moments intéressants :
- L'élégance de Roberte qui assiste dans son bain à la saisie par les huissiers de tous les meubles de son bel appartement du quai de Passy.
- La manière dont Le Droz obtient son scoop pour Le Petit Français et rédige dans la fièvre, au mépris de ses conséquences, l'article à scandale qui le projettera dans la lumière. Tout notre journalisme d'investigation est croqué dans ces lignes !
Lecture plaisante, mais pas sûr que le livre ajoute à la gloire du grand Kessel, même s'il est révélateur de l'esprit d'une époque et des rêves néo-romantiques d'une génération en mal de sensations fortes que l'Histoire allait leur donner à foison !


Dernières nouvelles du martin-pêcheur
Dernières nouvelles du martin-pêcheur
par Bernard Chambaz
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Kingfisher, de Cape Cod à Los Angeles, 12 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dernières nouvelles du martin-pêcheur (Broché)
Bernard Chambaz est cycliste. Fier de son beau vélo Cyfac en carbone, sur lequel il a demandé que soit inscrit Kingfisher en italique vert menthe sur le cadre en carbone. Son pédalier est en aluminium, son guidon couvert d'une guidoline blanche. Il faut aller dans les Acknowlegdments de son livre pour compléter l'énumération par les roues Zipp et la selle Fi'zi:k, et se reporter au magazine Top Vélo (n° 173, 174, 175 en 2011 et 203 en 2014) pour le reste.

Alors qu'il relève d'une opération (ablation de la rate), Bernard Chambaz traverse d'une traite, à un rythme d'enfer et d'est en ouest, l'un des pays le moins bicycle-friendly au monde. Rien ne l'arrête dans les somptueux paysages des États-Unis, ni le vent, ni le relief, ni les chiens (p. 150) , ni les crevaisons (p. 148), ni le sheriff (p. 277) qui le menace de prison sur une route déserte s'il refuse de circuler à droite de la ligne blanche, sur le bas-côté, parsemé de verre et de cailloux coupants.

Comme Chambaz est professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand, il ne reste pas le nez dans le guidon. Sa conquête de l'Ouest est peuplée de figures historiques, galerie de portraits faussement hétéroclite, dont le récit révèle au fur et à mesure la raison intime. Il connaît bien son Amérique pour l'avoir parcourue en famille. En la traversant, il traverse aussi son histoire et ses mœurs les plus étranges, comme le baseball, enfin expliqué aux nuls que nous sommes (p. 195.)

La patch-work qu'il compose est plein de surprises, de beauté et de tristesse. Car cette fuite en avant est un voyage dans le passé. Celui d'avant l'accident de son fils Martin, qui hante son récit comme un fantôme familier, qu'il retrouve toujours, caché dans le dessin du paysage, quelquefois comme un oiseau, par exemple ce martin pêcheur étincelant, bien nommé, qui ouvre son texte.

Bernard Chambaz observe (p. 34) que l'enfant qui a perdu ses parents a le nom d'orphelin, mais qu'il n'y a pas de mot pour désigner le père ou la mère qui a perdu son enfant. Puisqu'il n'y a pas de mot, il en fera tout un livre qui raconte son extraordinaire entreprise pour retrouver celui qu'il n'a pas quitté. L'idée de Martin devient le mètre étalon de ses regards, de ses pensées, de ses efforts. Et Martin est partout. Dans les figures historiques qui surgissent au gré de son parcours : Th. Roosevelt, Lindberg ont perdu un enfant . Martin Luther King est né un 15 janvier, comme son Martin. Le pays entier, son histoire, les rencontres du voyage ont décidé de lui donner des signes qu'il est sur la bonne route, puisque son fils l'y accompagne et surgit à chaque instant.

Ce travail de deuil se fait donc dans la joie : « j’attirerais volontiers l'attention sur la part implicite du vélo dans les expressions rayonner de joie et être transporté de joie » dit l'auteur. Poésie, irrationnel, douleur du souvenir, bonheur de son évocation, s'accordent admirablement avec l'exploit intellectuel et sportif de ressusciter l'être aimé dans un extraordinaire road movie de l'amour paternel. Anne, son épouse, la maman de Martin, suit dans sa Cadillac aux sièges de cuir rouge. Elle est là qui veille à tout, comme son ange gardien.

Il faut prendre la roue de Bernard Chambaz et ne pas la lâcher !


LG - WCD-100 - Pad de charge à induction
LG - WCD-100 - Pad de charge à induction
Prix : EUR 35,05

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Commode, 11 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : LG - WCD-100 - Pad de charge à induction (Accessoire)
Remplit parfaitement sa fonction. L'appareil LG G3 -il n'est fait que pour cet appareil- se recharge très bien, sans enlever son Terrapin Étui Housse en Cuir Ultra-mince Avec La Fonction Stand pour LG G3 - Noir. Il s'alimenta avec la prise et le fil de recharge du téléphone. Seul regret : il est blanc. Je l'aurais préféré noir, comme mon smartphone, et un peu moins cher. Mais c'est un instrument commode, qui ménage la prise cordon du téléphone.


Vraie Vie du Capitaine Dreyfus (la)
Vraie Vie du Capitaine Dreyfus (la)
par Greilsamer Laurent
Edition : Broché
Prix : EUR 18,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La victime de "L'Affaire", 7 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vraie Vie du Capitaine Dreyfus (la) (Broché)
On croit tout savoir de l'affaire Dreyfus. Tant de livres y ont été consacrés, dont certains excellents. Mais la vraie vie du capitaine Dreyfus était passée au second plan. Le petit livre de Laurent Greilsamer vient combler une lacune, ou plutôt réparer une erreur, colportée par les plus beaux esprits (Clemenceau, Péguy...) : Dreyfus, en acceptant sa grâce n'a pas été à la hauteur de son « Affaire » !

Le simple récit de sa vie suffit à le rétablir à sa vraie place, celle d'un martyr de la justice militaire et de l'antisémitisme. Toujours digne, ferme sur ses principes, attaché aux valeurs de la République, loin de toute exploitation médiatique, héros involontaire d'un temps troublé par les démons qui finiront par emporter la démocratie.

Nul pathos dans le récit de cette vie qui devait être celle d'un militaire brillant et patriote. Mais ses origines et ses qualités seront paradoxalement retenues à charge, spécialement le fait qu'il parle parfaitement l'allemand par ses origines alsaciennes et sa scolarité à Bâle après la défaite de 1870.

Pétri de valeurs militaires, il ne met nulle véhémence dans l'affirmation de son innocence, voulant ignorer ses origines juives, ce qui le brouille avec son principal soutien, son ami Bernard Lazare. Les intellectuels, dont l'Affaire est l'acte de naissance, ont d'autres objectifs.

On tire beaucoup d'enseignements de cette vie d'Alfred Dreyfus.

Lors de son arrestation, le commandant Du Paty du Clam lui propose tout simplement de se suicider et lui présente un revolver d'ordonnance. Le ton est donné. L'armée préfère la justice expéditive.

La détention de Dreyfus à l’île du diable apparaît comme tentative d’assassinat minutieusement organisée. Il est mis aux fers, surveillé jour et nuit par 11 gardiens et 6 chiens. Les surveillants se plaignent, plus que lui, des conditions de sa détention, du climat, des insectes, des fièvres, qui devraient venir à bout de sa résistance. Des instructions sont d'ailleurs envoyées pour la conservation de son cadavre. Sa survie à la « guillotine sèche », comme on désigne la déportation en Guyane, tient du miracle.

Entre le 15 octobre 1894, date de son arrestation et la fin de l'année 1898, au secret, il ignore tout de son dossier et du développement de « l'affaire ». S'il accepte la grâce que lui offre le gouvernement le 19 septembre 1898, pressé par son frère Mathieu, c'est pour retrouver sa famille, ses enfants, sa santé : c'est tout simplement pour revenir à la vie.

Dans l'épreuve du bagne, c'est la lecture qui le sauve. Il apprend par cœur Shakespeare, trouve du réconfort dans la sagesse de Montaigne, dans les auteurs russes (Tolstoï, Dostoïevski). Il lit Fustel de Coulanges, Taine, Michelet. Il collectionne citations et maximes et couvre aussi ses carnets d'exercices mathématiques.

La sinistre comédie de la justice militaire donne dans cette affaire toute sa mesure : bordereau, dossier secret, persistance du Conseil de guerre de Rennes dans l’affirmation de la culpabilité alors même que la trahison d'Esthérazy a été établie. La cour de cassation résume ce parcours chaotique dans une inhabituelle, abrupte et mémorable formulation : Attendu, en dernière analyse, que de l'accusation portée contre Dreyfus, rien ne reste debout .

Mais rien n'y fait. Une grande partie de l'opinion (L'action française, La libre parole, Le gaulois) résiste à l'établissement de la vérité. Le publiciste Pierre Gégori, qui s'inscrit dans dans cette mouvance, tente d’assassiner Dreyfus lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon le 5 juin 1908. Nouvel exploit de la justice -qui n'est plus militaire- : il est acquitté, comme le sera, dix ans plus tard, Raoul Villain, l'assassin de Jaurès !

Alfred Dreyfus a toujours été patriote et même nationaliste. A l'égard de l’Allemagne, ce républicain, laïc, réformiste, prône la fermeté « pour en finir avec ces querelles que l'Allemagne nous suscite constamment ». Mobilisé à 55 ans, il n'a de cesse de rejoindre le front. En 1917 il est envoyé au Chemin des Dames, au cours de l'offensive Nivelle. Il se bat à Verdun. Lui, pourtant de santé fragile « s’accommode fort bien de ce régime de sauvages » comme il l'écrit à sa famille.En 1918, il est promu lieutenant-colonel de réserve avant de revenir à l'anonymat auquel il a toujours aspiré.

Comme un signe de son destin, c'est un jour de fête nationale, le 14 juillet 1935, qu'il est enterré au cimetière Montparnasse .
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 19, 2015 8:03 PM CET


Terrapin Étui Housse en Cuir Ultra-mince Avec La Fonction Stand pour LG G3 - Noir
Terrapin Étui Housse en Cuir Ultra-mince Avec La Fonction Stand pour LG G3 - Noir
Proposé par Clickjunkie
Prix : EUR 11,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un bon choix, 9 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Remplit très bien sa fonction de protection, sans épaisseur inutile et sans gêne pour les fonctions de l'appareil (son, image). La fonction de calage de l'écran pour regarder images ou vidéos est commode. L'aspect mat et granuleux de l'étui est agréable et fonctionnel, car il ne glisse pas des mains. Pour le prix c'est parfait.


Conjurer la peur : Sienne, 1338 : essai sur la force politique des images
Conjurer la peur : Sienne, 1338 : essai sur la force politique des images
par Patrick Boucheron
Edition : Broché
Prix : EUR 33,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le voyage dans la fresque, 11 juillet 2014
En analysant une fresque de la salle de la Paix du Palazzo Pubblico de Sienne, Patrick Boucheron emporte son lecteur dans l'Italie du XIVème siècle. Sienne,ville prospère, est alors gouvernée par ses marchands. Une junte de neuf personnes dirige la ville, durant une période aussi longue que celle de notre troisième république (1287 -1355). La période est agitée qui oppose guelfes et gibelins. Il faut convaincre le peuple des bienfaits de la Paix. La junte est bienveillante et didactique. Ce ne sont pas Les Onze imaginés par Michon, soucieux seulement de leur gloire, car les neuf n'apparaissent pas dans la fresque édifiante commandée à Ambrogio Lorenzetti et à son atelier. La salle du palais communal est décorée durant l'année 1338 sur trois de ses murs avec comme sujet : Les Effets du bon et du mauvais gouvernement, illustrés par l'exemple.

La publicité politique est inventée, bien avant la réclame pour l'huile céphalique de César Birotteau. Sur un mur, la paix, la prospérité de la ville où s'activent les artisans, la richesse de la campagne où montent les récoltes. Sur le mur d'en face la guerre, ruine et désolation, champs ravagés, habitations détruites. Le tout sous le patronage tutélaire des vertus théologales (Foi, Charité et Espérance), cardinales (Force, Prudence, Tempérance et Justice), et autres allégories : la Paix, la Force, mais aussi les maléfiques Tyrannia qui emprisonne la Justice à ses pieds, Avaritia aux ailes de chauve-souris, Superbia, à l'épée dégainée, Vanagloria, la Vanité au miroir et Misère, avec son escorte d'Abus, de Destruction et de Famine.

Patrick Boucheron est un guide passionnant. Il fait revivre la fresque à travers les prédications de Bernardin de Sienne en 1427. Il met Lorenzetti à sa juste place : " En devenant théoricien de son art, le peintre accède à la dignité de l'intellectuel" (p. 70). Son discours doit être pesé au trébuchet, en évitant les rapprochement anachroniques, si tentants. Toutes les interprétations du tableau sont passées au tamis de son érudition.

Dans cette apologie sur la dégénérescence des régimes est en cause moins la peur de la tyrannie que de la séduction seigneuriale (p.231). La lecture du tableau est aussi un cours d'histoire des idées politiques dans l'Italie du trecento, où défilent Marsile de Padoue, Aristote, Cicéron, Saint Thomas, Pétrarque, Dante, Machiavel.

Machiavel, justement, selon lequel les bonnes lois ne naissent pas d'un gouvernement vertueux, mais de l'opposition entre les humeurs des grands et celles des démunis, "car jamais les États ne s'ordonneront sans danger" (p.60).

"Sienne est alors la capitale de l'art politique, ou plus précisément de la politisation de l'art" observe Patrick Boucheron (p. 26). Mais le 25 mars 1359, c'est la chute le gouvernement des neuf. Leurs archives sont brûlées et la fresque en réchappe de justesse. Dans l'été 1348, la peste noire s'abat sur Sienne, tuant plus de la moité des habitants, dont Ambroggio Lorenzetti et les peintres de son école.

Reste la peinture que l'on ne pourra plus regarder sans le livre de Boucheron à proximité. "Une image est transformée par la longue histoire des regards qui se sont portés sur elle" (p.49).


Une enfance de rêve
Une enfance de rêve
par Catherine Millet
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Les rêves de Catherine Millet, 1 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une enfance de rêve (Broché)
Le titre, "Une enfance de rêve", pourrait être trompeur : pas de cuillère d'argent dans la bouche de la petite Catherine Millet, (prononcer mi-laid, comme lui dit son père). Elle vient d'un milieu tout-petit-bourgeois pauvre, comme tant d'autres, dans la France des prétendues trente glorieuses, pas si glorieuses pour la majorité des gens. le père est vendeur des voitures. La mère est secrétaire. L'appartement est exigu. le couple ne s'entend pas, après le retour de captivité du père, après la guerre. La petite Catherine n'a pas de chance. le frère meurt dans une accident de voiture. La mère, dont la raison vacille, se défenestre. le cancer du fumeur emporte le père. Destin douloureux d'une famille, résumé dans un dernier chapitre tranchant comme la guillotine du temps qui passe et emporte tous les proches.
On pourrait craindre l'ennui d'un énième récit d'enfance. Il n'en est rien. Ce qui tire le récit vers la littérature, c'est une sorte de grâce qui transfigure les paysages et les personnages. le Bois-Colombes des Millet devient le Combray de Marcel Proust ("Ils étaient du coteau, nous étions de la vallée" écrit-elle en écho à son écrivain fétiche). Ce pourrait être aussi - la pluie en moins - la Loire-inférieure des Champs d'honneur. "Faire de ce milieu de nulle part un lieu mythique" est pour Millet, comme pour Jean Rouault, le coup de baguette magique de la fée littérature. Car il y a un enchantement dans cette reconstruction à la fois minutieuse et légendaire des souvenirs d'enfance. La grand mère Jeanne, le docteur van der Stegen sont, sous sa plume, des figures qu'on n'oublie plus.
Un autre trait de cette narration est l'approche dédoublée de l'auteur. Catherine Millet se met en scène à la première personne. Mais le nous vient aussitôt se substituer au je, pour un développement sociologique, éducatif, historique ou analytique sur le comportement des enfants de son âge. Par exemple (p. 254) : "Je mentais... Pourquoi dissimulons-nous...". Cette oscillation du subjectif à l'objectif crée un effet de tremblé dans l'analyse aiguë des frustrations, des émois et des résolutions de cette petite fille singulière qui est en même temps de sa génération et de tous les temps.
Le souci de la petite Catherine est de devenir écrivain. Elle découvre avec fierté qu'elle peut reconnaitre aussitôt Balzac dans un texte anonyme lu à la radio : "je devenais un membre de la confrérie des connaisseurs en littérature"... "En attendant d'avoir une plume, j'avais l'oreille" (p. 243). Elle analyse sa vie dédoublée : "Les imaginatifs de mon espèce marchent à la surface du monde comme sur un anneau de Möbius... ce renversement en continu du réel produit une étrange perception du temps... (p. 253).
Et le miracle se produit, pour cette petite fille qui croit si fort en Dieu : c'est le récit de cet apprentissage si difficile ("c'était un travail de terrassier qui m'attendait" p. 245) qui fait d'elle, d'un trait de plume, l'écrivain qu'elle a toujours rêvé d'être !


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